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Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire
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Louis


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MessagePosté le: Jeu 19 Juin - 18:14 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

Plusieurs catholiques "tradis" sont atteints par un virus révolutionnaire tout en pensant qu'ils sont de bons combattants contre-révolutionnaire (extrême-droite, droite nationale, etc.) Ce virus est le nationalisme.


Voici la dernière partie d'un long et intéressant article, Charles MAURRAS entre Positivisme, Empirisme organisateur et Nationalisme, sur la pensée d'un fils de la modernité très influent: Charles Maurras.


"Dans le monde royaliste on présente volontiers Maurras comme le restaurateur des principes monarchiques sur des bases rationnelles. Dans le monde catholique on fait de ce penseur agnostique un champion du droit naturel qui a défendu l’Église, de l’extérieur contre les attaques républicaines, et de l’intérieur contre le catholicisme libéral. Or, sur les plans politique et religieux, le Maître de l’Action Française revendique sa filiation à plusieurs philosophies et doctrines dont le Positivisme, l’Empirisme organisateur et le Nationalisme. Nous analyserons ici les fondements du modèle monarchique maurrassien ainsi que sa pertinence en tant que solution alternative à la monarchie traditionnelle de droit divin." (Extrait de l'introduction).


L'article au complet disponible sur ce lien: http://www.viveleroy.fr/?Charles-MAURRAS-entre-Positivisme&lang=fr#tdm

Le lien du chapitre sur le Nationalisme: http://www.viveleroy.fr/?Charles-MAURRAS-entre-Positivisme&lang=fr#LE-N…



LE NATIONALISME


La religion de la déesse France





       



Le nationalisme est une religion


En 1901, Maurras écrit à Maurice Barrès :         

         
Citation:

Comme il convient d’être dupe de quelque chose, je l’ai été et je le suis encore de cette idée de nationalisme. Elle peut remplacer le vieux juif* des philosophes déistes et tenir lieu de la déesse Humanité, chère à notre Auguste Comte.
(62)
 
* Le vieux juif semble bien désigner ici Dieu le Père (Note de Vive Le Roy, VLR)
        

         
Le nationalisme est une religion avec un dieu ou plutôt une déesse : la « déesse France » :         

         
Citation:

J’ai vu sur l’Acropole, jonchant la terrasse où s’élève la façade orientale du Parthénon, les débris du petit temple que les Romains, maîtres du monde, avaient élevé en ce lieu à la déesse Rome, et j’avoue que la première idée de cet édifice m’avait paru comme une espèce de profanation. En y songeant mieux, j’ai trouvé que le sacrilège avait son audace sublime.

À la beauté la plus parfaite, au droit le plus sacré, Rome savait préférer le salut de Rome, la gloire des armes romaines et, non content de l’en absoudre, le monde ne cesse de lui en témoigner de la reconnaissance. L’Angleterre contemporaine a donné des exemples de la même implacable vertu antique. Le nationalisme français tend à susciter parmi nous une égale religion de la déesse France. (63)
         

         
Et dans un texte de 1937, Maurras précise ce qu’il entend par les mots « nation » et « déesse » :         

         
Citation:

L’idée de nation n’est pas une nuée ; elle est la représentation en termes abstraits d’une forte réalité.

La nation est le plus vaste des cercles communautaires qui soient (au temporel) solides et complets. Brisez-le, et vous dénudez l’individu. Il perdra toute sa défense, tous ses appuis, tous ses concours. Libre de sa nation, il ne le sera ni de la pénurie, ni de l’exploitation, ni de la mort violente.

Nous concluons, conformément à la vérité naturelle, que tout ce qu’il est, tout ce qu’il a, tout ce qu’il aime est conditionné par l’existence de la nation : pour peu qu’il veuille se garder, il faut qu’il défende coûte que coûte sa nation.

Nous ne faisons pas de la nation un dieu, un absolu métaphysique, mais tout au plus, en quelque sorte, ce que les Anciens eussent nommé une déesse.

Nous observons que la nation occupe le sommet de la hiérarchie des idées politiques. De ces fortes réalités, c’est la plus forte, voilà tout.

Subsumant tous les autres grands intérêts communs et les tenant dans sa dépendance, il est parfaitement clair que, en cas de conflit, tous ces intérêts doivent lui céder, par définition : lui cédant, ils cèdent encore à ce qu’ils ont de plus général. (64)
         

         
Dans ce passage Maurras semble donc atténuer la portée de la signification qu’il faut attribuer au mot « déesse » : il ne fait pas de la nation un dieu — ce n’est ni le Dieu des métaphysiciens, ni un Dieu révélé — mais seulement une déesse à la manière antique. Cependant rappelons que Maurras est agnostique, il ne croit pas en Dieu, donc en réalité seule demeure « la déesse de la Patrie » (65), la déesse France avec son culte.

        

Laissons au Pape Pie XI (en fait au futur Pie XII qui a rédigé l’Encyclique), le soin de juger de tout ceci :         
  
Citation:



Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l’État, ou la forme de l’État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine — toutes choses qui tiennent dans l’ordre terrestre une place nécessaire et honorable,- quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d’une conception de la vie répondant à cette foi.  (66)



        


Explication : l’erreur métaphysique d’une nation substance

         
Maurras ne distingue jamais racenation et Cité, et il attribue à cet ensemble une volonté propre :         

         
Citation:

Mais une race, une nation, sont des substances sensiblement immortelles ! Elles disposent d’une réserve inépuisable de pensées, de cœurs et de corps. Une espérance collective ne peut donc pas être domptée.
(67)
        

         
Il y a ici une erreur métaphysique : on assimile la nation à une substance alors qu’elle n’est qu’un accidentExpliquons : un accident est un être qui a besoin d’un autre être pour exister, un être qui n’existe pas par soi.
         
  • La couleur blanche est un accident, elle n’existe pas par soi, elle a besoin d’une substance pour exister (on n’a jamais vu la couleur blanche exister toute seule : c’est cet homme qui est blanc, c’est ma chemise qui est blanche).
  • De même, la nation est un accident, car elle a besoin d’une substance — au moins d’un homme — pour exister : la nation Mohican existait tant que son dernier représentant vivait, puis disparût à sa mort.

Dans l’ordre de l’Être la nation est inférieure à l’homme car l’homme est une substance et la nation un accident. Remarquons cependant pour ne point tomber dans l’individualisme libéral, que dans l’ordre de l’Agir, dans l’ordre moral, la cité est supérieure à l’homme comme le tout est supérieur à la partie.

La nation de Maurras, ainsi affublée d’une existence par soi, d’une volonté, d’une intelligence, d’une âme qui « espère », devient plus grande que l’homme dans l’ordre de l’Être. Nous comprenons maintenant pourquoi, dans cette conception, la nation peut légitimement jouer le rôle du « Grand-Être » et faire l’objet d’une religion et d’un culte.         




Notes

 
        
(62) Maurice Barrès, Charles Maurras. La République ou le Roi, correspondance inédite 1888-1923, Plon, 1970, p. 323.

(63) Charles Maurras, Le Soleil, 2 mars 1900.

(64) Charles Maurras, Revue d’Action française, 1901. Repris dans Nos raisons pour la Monarchie contre la République, 1925. Mes Idées politiques, 1937.

(65) Charles Maurras, Op. cit., p. 217, Mademoiselle Monk.

(66) Pie XI, in Mit brennender Sorge, Encyclique contre le nazisme.

(67) Charles Maurras, Op. cit., p. 35, L’avenir de l’Intelligence.




(à suivre...)
_________________
"La libre pensée, en faisant le vide de toute croyance a fait de toute philosophie un désert, jusqu'à atteindre la faculté même de penser."

Auguste Nicolas, Études Philosophiques sur le Christianisme, T.2 p. 390 (1843)


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MessagePosté le: Jeu 19 Juin - 18:14 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Louis


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MessagePosté le: Sam 21 Juin - 12:50 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

                                                                      




Le Génie national ou l’âme de la nation



La naissance de la « substance » nation française


En 1902, l’article Deux témoins de la France paru dans Minerva décrit ainsi la naissance de nation française : 
    
 
    
Citation:

De l’union violente de la Gaule avec Rome date, au sens organique du mot, notre conception.
 Avant ce grand évènement, les traits du génie national ne sont ni assemblés, ni même tous présents : aussitôt après, la figure se dessine, embryonnaire mais complète, il ne lui manque que son nom, quand l’invasion franque se fait.

Religion, langue, civilisation, administration, unité, tout jaillit comme un sang généreux du cœur romain de la France. [68]
 
 

 
    
Ces phrases très fortes montrent combien Maurras personnifie la France : 
    
  • Elle est conçue par une union organique, charnelle : celle de la Gaule et de Rome.
  • À sa conception, elle reçoit une âme, le génie national, et forme dès lors un être complet.
  • Elle est baptisée à l’occasion de l’invasion franque.
 
    
Or, cette nation unique et primitive porteuse d’une identité homogène n’a jamais existé. Au temps de Clovis coexistaient plusieurs peuples très hétérogènes : Gallo-Romains, Burgondes, Alamans et Francs. La royauté est le seul ciment d’une unité qu’aucune communauté identitaire ne déterminait a priori. Et le même processus vaut pour l’ensemble des peuples européens. Dans Les origines Franques [69], l’historien allemand Karl-Ferdinand Werner montre que les ethnogenèses qui s’opèrent lentement entre le VIIe et le XIe siècles sont la résultante, non voulue pour elle-même, de l’organisation mérovingienne et carolingienne du territoire en regna. Clovis est le fondateur de l’identité franque, tandis que Charlemagne suscite une identité catalane à partir de la Marche d’Espagne et réalise par la conquête une unité saxonne inédite. Même la Bretagne est une fondation de Louis le Pieux réalisée par le haut par le biais du missaticum confié à Nominoë à partir d’un substrat hétérogène encore actuel (Haute et Basse Bretagnes). 
 
    
La contre-épreuve est fournie par les nombreux cas de peuples dont l’intégration politique ne s’est pas réalisée, sinon par intermittence, et qui peinent à se définir aujourd’hui comme une nation en dépit d’une réelle cohérence culturelle : 
    
  • les Wallons/Picards ;
  • les Souabes d’Alémanie : Alsace, Suisse alémanique, Souabe d’Allemagne ;
  • les Occitans : Catalogne, Languedoc ;
  • les Lombards : Tessin et Grison Suisses, Italie du Nord.


    
Ne laissons pas croire non plus que l’idée de « nation unique » qui émerge au XVIIIe siècle serait l’aboutissement historique d’un processus unitaire de nationalismes régionaux : il s’agit d’un concept politique forgé par les parlementaires qui réclament un partage du pouvoir et auquel Louis XIV a répondu par avance : 
 
 
    
Citation:

La nation ne fait pas corps en France ; elle réside tout entière dans la personne du roi.
 [70]  
    

 
    
Autrement dit : la nation n’est pas un corps politique, ni un corps naturel, pas même un corps intermédiaire, elle n’a pas d’existence propre, ce n’est pas une substance, mais seulement un accident. Une identité collective, réelle ou rêvée, ne saurait constituer le fondement d’une quelconque légitimité politique. Louis XV le rappelle lui aussi aux parlements frondeurs : 
 
 
    
Citation:

Les droits et les intérêts de la nation, dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens, et ne reposent qu’en « mes mains. »
 [71
  
 

La nation maurrassienne plaquée artificiellement sur l’histoire est donc un anachronisme, un mythe — le même que celui de l’historien républicain Ernest Lavisse, son contemporain — mais c’est un mythe nécessaire pour remplacer la transcendance d’un Dieu créateur. Maurras a d’ailleurs du mal à définir cette nation qu’il identifie tantôt au peuple, à la race, au territoire, à la Cité (en tant que communauté politique), voire même à l’armée — institution à laquelle les maurrassiens vouent un véritable culte, observe Jean de Viguerie dans Les deux patries (p150). 
 


    
Les institutions sont l’expression du génie national


Le développement précédent montre que l’institution est première chronologiquement ; elle permet à des monarques fidèles et soumis à ses lois, de construire peu à peu un pays en agrégeant plusieurs peuples et en les faisant coexister. Au fil du temps une certaine homogénéité peut apparaître et ainsi donner naissance à une nouvelle culture commune. Pour Maurras, au contraire, « la » nation, « la » race est première : l’institution n’est que le fruit de son « génie propre », de son « Intelligence », ce qui le conduit logiquement à accorder une légitimité aux assemblées révolutionnaires ; en effet ne sont-elles pas, elles-aussi, l’expression du « génie national » ? 
 

    
Citation:

Puissent les gouvernements républicains d’aujourd’hui s’inspirer du grand modèle de réalisme donné par les conventionnels dans la conduite de la guerre et les affaires extérieures. [72
  
 
Citation:


Nous saluons les Carnot, les Cambon et tous les membres de la Convention qui réussirent le sauvetage de la Patrie. [73
 
 


La nation, substance immortelle, subsiste donc quel que soit le régime politique. 




   
Immanence du Génie national
 
 
    
Pour Maurras la civilisation française est la plus achevée et le fruit du génie national, de la « volonté collective de nos ancêtres » dont le pouvoir est toujours latent : 
    
 
    
Citation:

L’histoire universelle ne cite pas de trésor intellectuel et moral qui puisse être égalé à l’ensemble des faits acquis et des forces tendues représenté par la civilisation de la France. La masse énorme des souvenirs, le nombre des leçons de raison et de goût, l’essence de la politesse incorporée au langage, le sentiment diffus des perfections les plus délicates, cela nous est presque insensible, à peu près comme l’air dans lequel respire et va notre corps. Nous ne saurions nous en rendre compte.

Cependant nul être vivant, nulle réalité précise ne vaut l’activité et le pouvoir latent de la volonté collective de nos ancêtres. [74]
 
 

Le génie national se communique aux nationaux et peut leur permettre de se hisser vers le divin : 
 
    
Citation:

Le génie national correspond aux façons qui nous sont le plus naturelles et faciles de nous élever à un type supérieur d’humanité.
 [75

   

    
Notons l’aspiration toute gnostique de cette dernière phrase : celle d’un homme insatisfait de sa nature actuelle et qui entend s’élever dans l’échelle des êtres. Dans l’approche nationaliste, le génie national est latent dans le cœur de chacun comme une partie de son être propre ; il est à la fois : 
    
  • immuable, c’est-à dire trans-historique : présent dès la conception il est transmis intégralement de générations en générations.
  • inaliénable : si des influences extérieures, toujours artificielles, peuvent le mettre en sommeil ou l’empêcher de se révéler, elles sont en revanche dans l’incapacité de l’éliminer.
  • irréfragable : il ne saurait être renié ou récusé par ses porteurs.
 
    
Le nationalisme constitue de ce fait une expression particulière de la doctrine proprement gnostique de l’immanence de la divinité dans l’homme. Pour réveiller l’Intelligence, pour manifester le Génie national, la mission des nationalistes consiste à révéler à leurs compatriotes la parcelle divine qui sommeille en eux, la parcelle de la « déesse France ». Remarquons par ailleurs que ce caractère déterministe et immanent du concept de nation chez les nationalistes s’oppose à celui, tout aussi moderne et artificiel, mais volontariste, de la nation-contrat de Rousseau. 
 
 
   


Notes



[68] Charles Maurras, art. « Deux témoins de la France », Minerva, 15 avril 1902, Tome.I. p. 538.
 
[69] Karl-Ferdinand Werner, Les origines Franques, Histoire de France, sous la direction de Jean Favier, Tome 1, Fayard, Paris, 1992. 

[70] Manuscrit d’un cours de droit public de la France, composé pour l’instruction du duc de Bourgogne ; citation faite par Lemontey, Œuvres complètes, t. V, p. 15. 

[71Procès-verbal du lit de justice du 3 mars 1766. — Mercure historique de mars, p. 174-181. cité par J.C.L. Simonde de Sismondi, Histoire des Français, tome XXIX, Treuttel et Würtz libraires, Paris, 1842, p. 360-364.  

[72] Charles Maurras, Action française, 3 septembre 1914.
    
[73] Charles Maurras, Action française, 11 septembre 1914.
  
  
[74] Charles Maurras, Op. cit., p. 152, Le Romantisme féminin. Madame de Régnier.
  
  
[75] Charles Maurras cité par le Marquis de Roux. Charles Maurras et le nationalisme de l’Action française. Éd. Grasset, 1927.

 

(à suivre...)
  
  

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"La libre pensée, en faisant le vide de toute croyance a fait de toute philosophie un désert, jusqu'à atteindre la faculté même de penser."

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Louis


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MessagePosté le: Jeu 26 Juin - 13:30 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

 
      
L’immanence développe forcément chez le nationaliste un certain pharisaïsme : 
      
  • l’excellence native de sa nation propre ne fait aucun doute. On est bon par soi, on naît bon du fait de naître Français.
  • La nation s’identifie à l’universel, à l’Humanité elle-même :
Citation:


Il nous faut propager la culture française non seulement comme française, mais encore comme supérieure en soi à toutes les autres cultures de l’Univers.

La France a hérité de Rome et d’Athènes les caractères de la présidence et de la royauté, par rapport au reste des peuples civilisés. Il convient donc à des nationalistes complets de lui donner des titres que l’antique Rutillius décernait à la patrie : « Roma pulcherrima rerum » (Rome est la plus belle des choses NDLR).


Donc, en recommençant l’énumération par la fin :
  • préséance de la culture française et de la tradition française ;
  • identité de l’humanité et de la France, de la civilisation et de la France, de la cité du monde et de la France ;
  • définition de l’héritage français, théorie de la France conçue comme dépositaire et continuatrice de la raison classique, de l’art classique, de la politique classique et de la morale classique, trésors athéniens et romains qui font le cœur, le centre de la civilisation ;
  • opposition profonde des théories protestantes et révolutionnaires avec ce legs sacré ;
  • caractère hébraïque, anglo-saxon, helvétique de ces théories de liberté, d’égalité et de justice métaphysiques ;
  • leur caractère de désordre, d’incohérence et, si l’on va un peu profondément, d’absurdité. [76]
 


 
      
Le texte précédent pourrait fort bien constituer le credo des nationalistes français. Le maurrassien Jean Madiran, ne déclare-t-il pas dans un numéro de la revue de l’Institut Civitas 
      

      
Citation:

S’il y a un nationalisme qui est consubstantiel à l’universalité naturelle et surnaturelle, c’est bien le nationalisme à la française. Encore faut-il se souvenir que, selon l’observation de Jules Monnerot, il n’est de nationalisme que d’une nation.
 [77
    
 
 
      
Analysons le sophisme : 
      
  • Quand Jean Madiran dit que le nationalisme français « est consubstantiel à l’universalité naturelle et surnaturelle », il réduit l’universel au particulier et érige le particulier en universel avec un terme métaphysique et religieux très fort : « consubstantiel » est un mot construit au Concile de Nicée pour signifier l’identité de substance divine entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
  • Par ailleurs, en précisant qu’« il n’est de nationalisme que d’une nation », il reconnaît que chaque nationalisme est différent dans son essence et a son évolution propre.
  • Donc seul le nationalisme français, seule la nation française, seul le Français peut prétendre à l’archétype de l’humanité — rôle dévolu dans le christianisme au Christ seul.

En filigrane, on reconnaît toujours cette même erreur métaphysique d’une nation substance, quasi rédemptrice car possédant les attributs divins. 
      


Le concept de génie national emprunté au philosophe allemand Herder

 
      
En réalité, et sans l’avouer, Maurras emprunte, via Ernest Renan (dans La réforme intellectuelle et morale), le concept de « génie national » ou « Volksgeist » du philosophe allemand Herder dans sa maîtresse œuvre Pour une autre philosophie de l’Histoire (1774). L’historienne Ariane Chebel d’Appolonia résume ainsi la pensée de Herder : 
      
 
      
Citation:

Sur la base de la défense des traditions nationales, Herder élabore une philosophie de l’histoire selon laquelle la communauté a une essence qui lui est propre et qui constitue la base de sa culture. 
Cette association historiciste du devenir national — l’idée que l’évolution historique de la nation obéit à des lois fondées sur la nature des choses — et de l’antirationalisme, constitue le point nodal de toute la réflexion de Herder. 


Dans cette optique, la finalité de chaque nationalité n’est pas de tendre vers l’universalité, mais au contraire de poursuivre, à l’abri des influences qui pourraient altérer la pureté de l’esprit national, un processus continu de différenciation. Xénophobe dans ses fondements, l’analyse de Herder développe la notion d’un noyau identitaire, source de la cohérence interne de la nation, et dont les référents sont essentiellement psycho-culturels. Le système culturel d’un peuple est pour lui une structure de perception-interprétation du monde, d’où l’intérêt qu’il porte au langage en tant qu’expression de la puissance et de la beauté du génie national. Cette approche irrationnelle de l’identité collective porte en germe la dérive nationaliste. [78
    
 

 
      
Avec sa conception d’une nation/personne, substance douée dès l’origine d’une identité complète, d’une intelligence et d’une volonté propres, Maurras se pose donc en disciple inattendu de Herder, ce qui ne manque pas de piquant pour un germanophobe. Cet éclairage permet aussi de mieux comprendre la critique ethno/littéraire à laquelle Maurras se livre sur les œuvres de femmes écrivains de la fin du XIXe siècle. Tout en leur reconnaissant un certain talent, après une démonstration laborieuse, il leur reproche, moins l’immoralité de leurs œuvres que leur individualisme, leur manque d’esprit national. La faute au romantisme : 
      
 
      
Citation:

[…] le romantisme, dans son rapport avec nos âges littéraires, se définit par un arrêt des traditions dû à l’origine étrangère des auteurs et des idées qu’ils mettent en œuvre […] [79
    
 
 
      
Pour expliquer le caractère « romantique » des œuvres Maurras s’ingénie donc à trouver des influences étrangères dans les écrits et dans la vie de ces femmes. 
      

 
      
RENÉE VIVIEN 

      
Dans sa Sapho, libre interprétation des vers de Sapho la poétesse grecque du VIIe siècle av. J.C. : 
      
 
      
Citation:

Renée Vivien soutient qu’elle réincarne la grande lesbienne : ses chants ne sauraient donc être sans concordance avec les vrais chants de Sapho.[…] le style de cette transposition française ne manque pas de finesse, ni même de pureté.
Que manque-t-il donc ? La patrie.

On aura défini ce défaut, en disant que ce sont des bords de la Méditerranée vus et rendus par une fille de l’Océan. [80]
 
 
 
      
En effet : 
      
Citation:

Renée Vivien est une étrangère, pétrie de races différentes, née de climats aussi divers que le Sud et le Nord.
 [81
    
 

 
      
LUCIE DELARUE 
      
 
     
Quant à Lucie Delarue, elle a malencontreusement épousé le Dr Mardrus, certes lettré, mais oriental d’origine égyptienne : 
      
 
      
Citation:

En devenant Mme Mardrus, Mlle Lucie Delarue est un peu sortie de nos races.
 [82
    
 

 
      
CONCLUSION SUR CES ÉCRIVAINS 
 
      
Maurras approuve alors un critique nationaliste qui reproche à ces « métèques indisciplinées » de « bénéficier des avantages français, mais de ne point accepter la discipline nationale » [83], pour conclure par cette généralisation : 
      
 
      
Citation:

depuis que l’influence française diminue et qu’elle procède d’un génie moins pur, la barbarie universelle n’a pu que s’accroitre. 
 [84
    
 
 
     
Ailleurs il dit encore : 
      
Citation:

Depuis un siècle environ, tandis que décroissait l’intelligence nationale, il est certain que la sensibilité fit chez nous d’inquiétant progrès. [85
    
 

 
      
Maurras constate bien une décadence de la société mais il l’attribue à la corruption du génie national par une Révolution réduite au seul individualisme libéral, ou « romantisme », forcément d’origine étrangère. Il ignore que nationalisme et libéralisme ont en commun la négation de la transcendance d’un Dieu créateur, autrement dit la négation du droit divin. Il ne voit pas que la civilisation traditionnelle et son ordre naturel harmonieux sont les fruits de cette transcendance et que la décadence résulte précisément de son abandon. 
      

 
      
Le nationalisme et sa dérive raciste


Comme une démonstration cocasse de l’absurdité du nationalisme, Maurras le retourne contre l’Allemagne, patrie de Herder l’inventeur du concept de « génie national », et dans des termes résolument racistes : 
      
 
      
Citation:

La distinction que l’on cherche à introduire entre les peuples allemands et les castes ou les dynasties qui les dirigent est plus que faible. L’État teuton est l’expression de la nature, de la situation, de l’intelligence et de la volonté teutonnes, ni plus, ni moins. [86
      
 
      
Que peut-on attendre des institutions politiques de ce pays forcément limitées par le génie national obtus et barbare de l’Allemagne ?  
      
Citation:

C’est la barbarie allemande qui déferle une fois de plus sur l’Occident… il est bien évident que la race allemande prise en corps était incapable de promotion. Son essence profonde, sa destinée originelle était de s’enivrer comme d’un vin grossier des fumées de la force pure. [87
      
 
      
Plus tard il dit encore : 
      

Citation:


Exception faite pour quelques grands Germains, candidats à l’humanité, qui ne laissèrent qu’une rare descendance, l’apogée naturel de ces romantiques-nés se reconnut toujours au même goût de la domination. L’orgueil butor, tiré d’un cas d’infériorité obtuse, exprime à merveille l’épaisseur et la présomption d’une race.
 [88]


 
      
 
      
(À suivre...)  
      

Notes


[76] Charles Maurras, Intelligence et Patriotisme, 1903, repris dans l’Almanach d’Action française, 1923.

[77] Jean Madiran cité par la Revue Civitas. La France (1) Actualité du nationalisme no20, juin 2006, article De l’emploi légitime du mot nationalisme dans le vocabulaire catholique(extraits)

[78] Ariane Chebel d’Appolonia, L’extrême droite en France de Maurras à Le Pen. Éditions Complexe, 1999.

[79] Charles Maurras, Op. cit., p. 181, Le Romantisme féminin. Leur principe commun.

[80] Charles Maurras, Op. cit., p. 137-138, Le Romantisme féminin, Renée Vivien.

[81] Charles Maurras, Op. cit., p.132, Le Romantisme féminin, Renée Vivien.

[82] Charles Maurras, Op. cit., p. 181, Le Romantisme féminin, Leur principe commun.

[83] Charles Maurras, Op. cit., p. 181-182, Le Romantisme féminin, Leur principe commun.

[84] Charles Maurras, Op. cit., p.181, Le Romantisme féminin, Leur principe commun.

[85] Charles Maurras, Op. cit., p. 284. Trois idées politiques, Note III, Les déistes.

[86] Charles Maurras, Action française, 4 août 1914.

[87] Charles Maurras, Action française, 5 août 1914.

[88] Charles Maurras, Dictionnaire politique et critique, 1932.
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Louis


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MessagePosté le: Lun 30 Juin - 13:07 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

                                                                   




Nationalisme et institution monarchique
 


Le problème de la transcendance


Comme Comte, et pour maintenir un ordre garant du progrès de l’Humanité, Maurras ambitionne de constituer une autorité, une monarchie mais sans la transcendance d’un Dieu créateur. Or l’historien du droit Guy Augé donne de la monarchie la définition suivante : 
 
 
  
Citation:

Qu’est-ce que la monarchie, en première approximation ? C’est, substantiellement, ce régime qui légitime son autorité sur une transcendance, sur la primauté du spirituel. La monarchie, pour peu qu’elle ait un sens profond, repose sur une mystique d’origine surhumaine.
 [89
 
  

Ce que confirme la philosophe Hannah Arendt : 
 
   
Citation:

La source de l’autorité dans un gouvernement autoritaire [un gouvernement traditionnel (note de VLR)] est toujours une force extérieure et supérieure au pouvoir qui est le sien ; c’est toujours de cette source, de cette force extérieure qui transcende le domaine politique, que les autorités tirent leur « autorité », c’est-à-dire leur légitimité, et celle-ci peut borner leur pouvoir. [90
 
  


En effet, un régime monarchique traditionnel fonde sa légitimité sur la transcendance : 
   
  • sur la transcendance du droit naturel, autrement dit la reconnaissance d’un ordre, d’une nature humaine indépendants de la volonté humaine, auquels le monarque doit lui-même se soumettre pour être obéi.
  • sur la transcendance du droit divin, qui reprend le droit naturel avec en plus la reconnaissance publique du Dieu créateur de cet ordre, de cette nature humaine.



Nationalisme et droit divin


Si le droit divin n’existe pas, autrement dit, si la souveraineté ne peut venir d’un Dieu qui n’existe pas, la seule solution est qu’elle vienne de la nation elle-même, et Maurras ne peut que le concéder : 
 
 
   
Citation:

Le principal bienfait d’une propagande monarchiste établie sur le Salut public est d’identifier, au-dessus des partis concurrents, des confessions rivales, au-dessus de tout ce qui divise, l’identité du principe royal et du principe national.
 Plus nous y réfléchissons, moins nous pensons qu’il y ait lieu de regretter cette œuvre de fusion entreprise et menée par les hommes de l’Action française


Cela fait, il faut aussi garder la France, mais par des moyens appropriés, dont nul autre que les Français ne sont juges, nulle souveraineté n’étant constituée, contre la souveraineté populaire, dont il faut bien atténuer ou limiter les dégâts. [91]
 
  

Dans un autre texte, Maurras est encore plus explicite : 
 
   
Citation:

Le citoyen français abandonnera par un « fidéicommis » solennel et irrévocable à la branche survivante de la famille Capétienne l’exercice de la souveraineté.
 Par là, l’autorité se reconstituera au sommet de l’État. Le pouvoir central sera délivré des compétitions des partis, des assemblées, des caprices électoraux : l’État aura son libre jeu. [92
 
  

Maurras réaffirme ici que la nation est bien le dépositaire ultime de la souveraineté mais en confie l’exercice à une dynastie.


Si le citoyen abandonne sa souveraineté à un roi, c’est uniquement en raison de l’impossibilité pratique d’exercer son propre pouvoir : 
 
   
Citation:

En résumé, l’État, représenté par le pouvoir royal dans toutes les hautes et lointaines questions de politique générale qui échappent à la compétence et à la réflexion des particuliers, sera rétabli dans ses droits naturels et rationnels, qui sont l’Indépendance et l’Autorité.Le citoyen les lui abandonnera d’autant plus volontiers que, étant lui-même dans l’impossibilité d’exercer ces pouvoirs nécessaires, il est aujourd’hui le premier à souffrir, dans sa fortune aussi bien que dans sa fierté, de l’absence de protection et de direction nationale. [93]
 
  


Dans ce système, le roi est le représentant du peuple, de la nation : 
 
   
Citation:

Voilà pourquoi nous demandons le pouvoir souverain non pour un homme, non pour un peuple, mais pour une famille représentante de ce peuple et elle-même représentée par un homme. [94
 
  


On retrouve ici la théorie de la représentation du révolutionnaire Sieyès dans Qu’est-ce que le Tiers-État publié en 1788, avec cette différence que la représentation nationale n’est plus assurée par une assemblée de députés issus des élections, mais confiée de manière permanente à une dynastie … nationale
 
 
   
Sur le fond, la monarchie maurrassienne est totalement compatible avec l’article III de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : 
 
 
   
Citation:

Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. [95
 
  

À l’encontre de la doctrine traditionnelle qui affirme que la souveraineté procède de Dieu dont le Roi est le lieutenant, Maurras imagine donc une restauration de la monarchie par la volonté populaire
 
   
Certes Maurras est opposé à l’exercice direct de la souveraineté par le peuple et à la théorie de la volonté générale établie par Rousseau, ceci en raison d’une incompétence aggravée par une instabilité qui conduisent à l’anarchie. 
 
 
  
En revanche, l’origine de la souveraineté du roi réside bien dans un acte primitif et fondateur de la volonté populaire (ou nationale) en faveur du roi, fût-elle inspirée par la raison et l’intérêt public dont seul le peuple est juge. Ce contrat originel ne semble qu’une application de celui imaginé par Thomas Hobbes dans le Léviathan en 1651. 
 
 
   
On est loin des enseignements que le cardinal de Richelieu prodiguait au roi dans son Testament politique : 
 
 
   
Citation:

Dieu étant le Principe de toutes choses, le souverain Maître des Rois, et celui seul qui les fait régner heureusement, [si Votre Majesté] ne suit les volontés de son Créateur, et ne se soumet à ses lois, elle ne doit point espérer de faire observer les siennes, et de voir ses sujets obéissants à ses ordres.

[…] Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États. [sc]
 
  

Relevons encore un paradoxe : en attribuant l’origine de la souveraineté au peuple, Maurras se fait l’héritier des théories de ce protestantisme qu’il exècre tant par ailleurs. En effet Louis de Bonald remarque quelques dizaines d’années auparavant :

 
Citation:
Deux opinions sur la première et la plus fondamentale des questions sociales, la souveraineté, partagent les politiques modernes.
  • Les catholiques la placent en Dieu, c’est-à-dire dans les lois naturelles conformes à la volonté et constitutive de l’ordre social, lois dont l’hérédité du pouvoir, sa masculinité, sa légitimité et son indépendance sont les premières et les plus naturelles.
  • Les protestants et ceux qui suivent leurs doctrines, la placent dans le peuple et dans les lois qui sont l’expression de ses volontés, et qui constituent un ordre ou plutôt une apparence de société tout à fait arbitraire, sans hérédité de pouvoir, sans légitimité, sans indépendance.

[…] la souveraineté du peuple est la négation de la souveraineté de Dieu, l’athéisme politique et social […] [96]



NOTES



[89] Guy Augé, Qu’est-ce que la monarchie ?, in La Science Historique, printemps-été 1992.
 
   
[90] Hannah Arendt, La crise de la culture, Folio Essais, p. 130.
 
 
  
[91] Charles Maurras, Journal L’action française, 3 décembre 1937 (source en ligne Gallica) cité également par Jacques Prévotat in L’Action française, Que sais-je ? PUF, Paris, 2004 p. 87.
 
 
  
[92] Charles Maurras, Petit manuel de l’Enquête sur la monarchie. Bibliothèque des œuvres politiques, Versailles, 1928, in Appendices Le Régime royal, p. 212-213 (note p. 212)
 
 
  
[93] Charles Maurras, Petit manuel de l’Enquête sur la monarchie. Bibliothèque des œuvres politiques, Versailles, 1928, in Appendices Le Régime royal, p. 214.
 
 
  
[94Charles Maurras, Petit manuel de l’Enquête sur la monarchie. Bibliothèque des œuvres politiques, Versailles, 1928, in Appendices Le Régime royal, p. 218.
 
 
  
[95Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, Art. III.
 
 
  
[sc] Richelieu cité par Stéphane Rials, Le testament politique du grand cardinal, revue Mémoire, No III, Paris, 1985, Institut des Sciences Historique, p. 74-75.
 
   
[96] Louis de Bonald. Réflexions sur la Révolution de Juillet 1830 et autres inédits. Éd. DUC/Albatros, 1988, p. 79-80.
 
 
   
(À suivre...)
  

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MessagePosté le: Sam 5 Juil - 14:02 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

                                        







Nationalisme et droit naturel

 
  
Dans la monarchie traditionnelle, les lois de l’institution — ou Lois Fondamentales du Royaume de France sont considérées comme une expression de la loi naturelle. En effet, ce sont elles qui assurent la pérennité du bien commun par delà les vicissitudes de la vie humaine, les limites, les faiblesses, les erreurs mêmes du monarque. En particulier, à la mort du Roi, elles garantissent l’unité de la paix en désignant sans ambiguïté la nouvelle autorité qui ne dépend donc plus d’un choix humain. Bien des convoitises, des coteries et des luttes pour la conquête du pouvoir sont ainsi épargnées au Pays et la transmission de la souveraineté peut s’effectuer en douceur.

 
  
À leur propos, Torcy, ministre de Louis XIV, résume bien la conviction générale de l’Ancienne France : 
  
 
  
 
  
Citation:

La loi de succession est regardée comme l’ouvrage de celui qui a établi toutes les monarchies et nous sommes persuadés, en France, que Dieu seul la peut abolir.
 [97
  
 
  
Maurras, pour qui la souveraineté vient de la nation, ne considère pas la loi de succession comme intangible et le citoyen peut l’abroger en désignant telle ou telle famille pour régner. 
  
 
  
Citation:

Le citoyen français abandonnera par un « fidéicommis » solennel et irrévocable à la branche survivante de la famille Capétienne l’exercice de la souveraineté. [98
  

 
  
Ce n’est plus la Loi qui désigne le roi qui exerce l’autorité au nom de Dieu, mais le citoyen qui désigne la famille qui doit exercer le pouvoir en son nom. D’ailleurs, de même que Machiavel prétendait que la vertu d’un prince pouvait s’opposer à son intérêt et à celui de l’Etat, pareillement, Maurras prétend que les Lois Fondamentales du Royaume peuvent s’opposer au bien de la nation : 
  
 
  
Citation:

Le droit dynastique était incontestablement avec le Duc de Bordeaux, les forces légitimistes lui appartenaient à coup sûr. Cela veut-il dire que Louis-Philippe ait été un usurpateur ? C’est ce que j’ai déclaré plus que douteux à mon sens. Car, nommé Lieutenant-général du royaume par le vieux roi Charles X, Louis-Philippe conçut tout aussitôt sa tâche comme celle d’un Régent….  
  
Citation:


Le règne fut illégitime. Mais il ne fut pas usurpé, puisque le souverain légitime était en fuite et que la révolution, maîtresse de Paris, devait être matée, matée à tout prix, comme la France sauvée, sauvée à tout prix. [99
  


 
  
Le droit dynastique n’est donc plus la condition nécessaire de la pérennité du bien commun, la nation a sa vie propre dont la préservation est l’unique impératif politique. Mais laissons à Louis XV le soin de répondre à Charles Maurras — en réalité, le Roi s’adressait aux Parlements qui prétendaient, eux-aussi, représenter une nation personnifiée, douée d’une volonté propre distincte de celle du monarque : 
  
 
  
Citation:

Entreprendre d’ériger en principes des nouveautés si pernicieuses, c’est […] méconnaître les véritables lois fondamentales de l’État, comme s’il était permis d’oublier que c’est en ma personne seule que réside la puissance souveraine, dont le caractère propre est l’esprit de conseil, de justice et de raison ; […] 
  
Citation:


  • que l’ordre public tout entier émane de moi : que j’en suis le gardien suprême ;
  • que mon peuple n’est qu’un avec moi,
  • et que les droits et les intérêts de la nation, dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens, et ne reposent qu’en « mes mains ».

[…] Enfin, ce spectacle scandaleux d’une contradiction rivale de ma puissance souveraine me réduirait à la triste nécessité d’employer tout le pouvoir que j’ai reçu de Dieu, pour préserver mes peuples des suites funestes de telles entreprises. [100]
 
 


CONCLUSION


 
  
La monarchie maurrassienne est d’une autre nature que la monarchie traditionnelle et ces deux monarchies sont inconciliables. La monarchie de la Constitution de 1791 — qui fut une tentative de conciliation des deux principes — échoua lamentablement au bout de quelques mois seulement. En effet, comment Louis XVI qui avait reconnu institutionnellement la souveraineté de Dieu lors de son sacre, pouvait-il par ailleurs assumer son serment de fidélité à la Constitution qui proclamait la souveraineté de la nation ? Si Léon XIII, par le Ralliement de 1892, convertit énormément de catholiques au régime républicain moderne bien que celui-ci niât expressément dans sa constitution le droit divin, une frange importante résistait aux injonctions pontificales et restait royaliste. Maurras réussit le tour de force d’un ralliement de cette frange à la Modernité en dénaturant la monarchie par une doctrine prétendument scientifique qui visait d’abord, nous l’avons vu, à remplacer le droit divinMalgré cette approche soi-disant rationnelle de la monarchie, il ne put se passer du droit divin qu’au prix de trois actes de foi, générant trois cultes, trois religions selon les propres termes de Maurras : 
  
  • l’acte de foi positiviste en une « déesse Humanité » en devenir,
  • l’acte de foi de l’Empirisme organisateur en la « déesse Raison »,
  • l’acte de foi nationaliste en la « déesse France ».

Le grand historien anglais Arnold Toynbee résume ainsi semblable démarche : 
  
 
  
Citation:

Étant donné que l’homme ne peut vivre sans religion, quelle qu’en soit la forme, le recul du christianisme en Occident a été suivi par la montée de religions de remplacement sous la forme des idéologies post-chrétiennes — le nationalisme, l’individualisme et le communisme.
 [101
  
 
  
À l’instar du libéralisme (l’individualisme) et du socialisme, le nationalisme maurrassien se présente aussi comme une idéologie fille de la Révolution ; il en a en effet toutes les apparences et les prétentions que relève un François Furet : 
  
 
  
Citation:

L’idéologie est un système d’explication du monde à travers lequel l’action politique des hommes a un caractère providentiel, à l’exclusion de toute divinité.
 [102
  

 
  
L’amour légitime de tout être humain pour son pays ne saurait se confondre avec le nationalismeUn pays n’est pas une personne, il y a véritablement escroquerie à lui attribuer une volonté et une âme — qui plus est immortelle. Ce qui anime l’ancienne France, son principe organisateur, sa forme pour parler comme les métaphysiciens, est… son prince, ou plutôt son institution. En ce temps, l’amour du pays se confond avec l’amour du roi : 
  
 
 
  • l’amour de cette figure de Dieu sur Terre, son lieu-tenant et son auxiliaire, qui tire et conserve son autorité de sa fidélité au projet divin,
  • l’amour de cette incarnation de l’institution qui garantit le bien commun.
 
  
C’est la raison pour laquelle depuis Henri V, chaque successeur désigné par les Lois Fondamentales du Royaume ne cesse de réaffirmer : « Ma personne n’est rien, mon principe est tout ». Ce n’est qu’à la Révolution que naissent politiquement les idéologies et leur culte de l’homme. L’idéologie nationaliste est le culte que le citoyen se rend à lui même en prétendant être bon par soi, du seul fait d’appartenir à sa nation. La nation devient alors rédemptrice, Dieu n’est plus nécessaire et elle le remplace. Malgré les haines que les idéologies se vouent les unes aux autres, il y a donc, par nature, moins de différence 

  
  • entre un nationaliste — fût-il monarchiste — et un libéral ou un socialiste,
  • qu’entre un nationaliste et un tenant de la monarchie traditionnelle, la monarchie de droit divin.
 
  
Aussi est-il difficile de comprendre ces catholiques qui s’engagent dans des partis politiques tous inféodés à une idéologie. En particulier, les partis nationalistes qui — en rassemblant actuellement dans un œcuménisme dévoyé néopaïens, nationalistes révolutionnaires, identitaires disciples d’Evola ou de Guénon —, n’ont jamais cessé d’instrumentaliser les catholiques de tradition ; Maurras nous en a donné la raison : ces derniers fournissent des troupes qui « POSSÈDENT UNE DISCIPLINE DU PLUS GRAND PRIX »La méthode est bien rodée avec toujours les mêmes slogans mobilisateurs : 
  
 
  
  • « la patrie est en danger » selon le mot de Danton qui en appelle à l’union nationale pour sauver la Révolution et légitimer la Terreur (les massacres de septembre).
  • « laissons pour le moment le droit divin, il est urgent de faire l’unité de tous les défenseurs de la nation. »
 
  
Or parmi les nationaux-catholiques, ceux qui du bout des lèvres évoquent encore la doctrine du Christ-Roi, n’y croient plus vraiment. En effet, s’est-elle jamais concrétisée hors de la monarchie traditionnelle ? À la manière moderniste ils finissent par la considérer comme une thèse à reléguer au rang des abstractions. En revanche l’hypothèsele compromis nationaliste, les amène en pratique à l’apostasie du droit divin et à hurler avec Maurras et les autres modernes : « NOUS NE VOULONS PAS QU’IL RÈGNE ! » 
  

Notes

[97] Jean-Baptiste Colbert de Torcy cité par Th. Derisseyl in Mémoire sur les droits de la maison d’Anjou à la couronne de France, Fribourg, 1885.

[98] Charles Maurras, Petit manuel de l’Enquête sur la monarchie. Bibliothèque des œuvres politiques, Versailles, 1928, in Appendices Le Régime royal, p. 212-213 (note p. 212)

[99] Charles Maurras, Action française, 4 juillet 1941.

[100] Louis XV, Procès-verbal du lit de justice du 3 mars 1766. — Mercure historique de mars, p. 174-181, cité par J.C.L. Simonde de Sismondi, Histoire des Français, tome XXIX, Treuttel et Würtz libraires, Paris, 1842, p. 360-364.

[101] Arnold Toynbee cité par Jean-Pierre Sironneau, Sécularisation et religions politiques, 1982, Paris, Mouton Publisher, p. 206.

[102] François Furet, Le passé d’une illusion, Éd. Livres de poche 1995, p. 17.
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MessagePosté le: Ven 11 Juil - 14:17 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

Pour ce qui est du fameux supposé "Ralliement" des catholiques à la République maçonnique proposé par Léon XIII dans son encyclique Au Milieu des Sollicitudes (1892), voici une bonne explication de la situation:


                                                                   



Léon XIII et le ralliement (mise au point)


Publié le 09/08/2013

par sedevacantisme
"Le Pape Léon XIII ordonna aux catholiques de se coucher devant la république antireligieuse. Il est donc le responsable de l’apostasie actuelle.", affirment les impies manipulateurs.


Face à ces calomnies, à ces insultes, nous nous devions de réagir.


Encyclique Au milieu des sollicitudes (cliquez)


Certains affirment  donc que le Pape demanda, par cette encyclique, aux Catholiques français de « se rallier » à la République antireligieuse.
Manipulation !


Le Pape demanda aux catholiques, non pas de se coucher devant les ennemis de Dieu, mais bien de faire abstraction de leurs différences politiques afin de se rallier entre eux pour lutter contre les lois antireligieuses et les tendances maçonniques de la république !


Le Pape laisse même le loisir aux monarchistes de conserver leur préférence politique… Il leur demande seulement de s’unir aux autres Catholiques, toutes tendances politiques confondues, pour contrer la secte anti-France.


Car, à l’époque, malheureusement, les Catholiques n’étaient pas tous monarchistes et parmi ceux qui l’étaient beaucoup de divisions régnaient.


Il y avait tout le panel des royalistes : des légitimistes qui étaient les uns pour la descendance d’Espagne, les autres pour celle de Louis XVII, jusqu’aux orléanistes ; il y avait les bonapartistes, etc. ; et, il y avait aussi parmi ceux qui se réclamaient catholiques, des partisans de la république, soit d’une république catholique, soit même, pour les faux catholiques, de la République telle qu’elle existait en France sous le fallacieux prétexte qu’il faut bien vivre avec son temps.


Or, répétons-le, Sa Sainteté Léon XIII n’a pas demandé aux Catholiques français de « se rallier » à une république qui est « une république antireligieuse », mais il leur a demandé de s’unir entre eux, en faisant abstraction pour cela de leurs tendances politiques respectives, afin de lutter contre les francs-maçons et les lois antireligieuses de la République.


L’accusation de ces gens contre le Pape Léon XIII est donc proprement calomnieuse et n’est certes pas digne de fils de la Sainte Église sur laquelle ces impies rejettent la cause des maux qui nous accablent aujourd’hui !


Ils feraient mieux de battre leur propre coulpe et celle de tous les Français responsables, au moins par leurs péchés si ce n’est directement, de l’existence de ce régime merdique (excusez le terme, mais il devient malheureusement à propos avec les événements actuels…) !…


Ce n’est certes pas la faute des Papes si la République en France est ce qu’elle est, mais bien plutôt la faute des Français.
On récolte ce que l’on a semé.


Ces impies accusent Léon XIII d’avoir « désarmé les Catholiques » !


Lesquels n’auraient su être armés, désunis qu’ils étaient, face à des ennemis qui savaient, eux, fort bien, trop bien, ce qu’ils voulaient…


Les Catholiques français était d’autant moins unis, et donc d’autant plus désarmés avant que Léon XIII n’intervienne, que, parmi les monarchistes mêmes, il y avait des boulangistes qui venaient de se ramasser une ridicule mais cuisante défaite, et c’est parce qu’après la débandade scandaleuse du “boulangisme” il n’y avait plus d’autre gouvernement possible en France que la triste 3ième République, sinon l’anarchie venait régner en maîtresse, que le Pape demanda aux catholiques français de s’unir entre eux en faisant abstraction de leurs préférences politiques (qu’il reconnaissait être légitimes ! il faut lire l’Encyclique “Au milieu des sollicitudes” entièrement…) au sein des institutions républicaines, que le Pape croyait encore possible qu’elles devinssent catholiques (et, dans l’histoire, cela a existé…), pour œuvrer afin que la République devînt catholique.


Cela, malheureusement, n’est pas arrivé.


Non seulement parce que les loges ont manœuvré pour que cela n’arrivât point mais surtout et principalement parce que les Catholiques ont refusé le conseil du Pape de s’unir entre eux : les Catholiques français républicains en déformant, à l’instigation des loges qui les noyautaient, la pensée du Pape et en criant à la face de leurs frères monarchistes la prétendue défaite de ceux-ci qui auraient été ainsi désavoués par Léon XIII (alors qu’à l’origine il n’en était rien) et les Catholiques français monarchistes, eux aussi – ne soyons pas dupes – infiltrés par la maçonnerie, en refusant d’écouter le Pape.


La faute ne revient donc pas à la Sainte Église mais aux Français eux-mêmes et l’analyse que font de nos jours, soit plus de cent ans après, certains impies qui profitent que nous soyons hors du contexte de l’époque pour salir la Papauté, est entièrement faussée, tendancieuse :suspect:et irrespectueuse pour notre Mère, l’Église Catholique !

Ces impies n’appartiennent pas à son âme
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MessagePosté le: Lun 21 Juil - 12:15 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

                                                                           


http://www.viveleroy.fr/Decret-de-condamnation-de-l-Action
Décret de condamnation de l’Action Française, par saint Pie X et Pie XI


29 JANVIER 1914 - 29 DÉCEMBRE 1926
samedi 3 mars 2012 par MabBlavet



Oui les papes Pie X et Pie XI ont légitimement condamné des ouvrages fondamentaux de Charles Maurras comme contraires à la Foi − l’étude de Faoudel et Savéan* le montre clairement. Cependant, Pie XI aurait dû argumenter ce décret. Or non seulement aucune justification ne fut donnée, mais les catholiques maurrassiens durent subir une persécution impitoyable de la part d’un certain clergé pro-démocrate-chrétien revigoré par la condamnation de ses adversaires. Cette absence de mise au point semble bien expliquer la pérennité, tant du libéralisme catholique qui triomphe au funeste concile Vatican II, que du national-catholicisme qui gangrène les milieux de la tradition jusqu’à aujourd’hui.
 
 
Table des matières



* Pour découvrir le caractère antichrétien de la pensée maurrassienne ainsi que son affiliation à la modernité, nous recommandons la lecture préalable de l’article de Faoudel et Savéan : Charles MAURRAS entre Positivisme, Empirisme organisateur et Nationalisme.

Introduction de Vive le Roy 
Le texte du Décret de condamnation de l’Action Française par le Saint Office, ainsi que la Déclaration des Cardinaux et Évêques de France qui le suit, ont été tirés du livre L’Église catholique et l’Action Française, documents romains, Éditions Spes, Paris, 1927.


REMARQUE IMPORTANTE : Pour faciliter la lecture en ligne, Vive le Roy a ajouté des titres notés (VLR).


(À suivre...)
 
 

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Auguste Nicolas, Études Philosophiques sur le Christianisme, T.2 p. 390 (1843)


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Louis


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MessagePosté le: Lun 4 Aoû - 17:29 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

Décret de condamnation de l’Action Française






Citation:
http://www.viveleroy.fr/Decret-de-condamnation-de-l-Action




Décret de la Suprême congrégation du saint-office condamnant certaines œuvres de Charles Maurras et le journal «  L’Action Française » [1]
Le 29 janvier 1914 et le 29 décembre 1926


Pie XI ordonne la recherche du dossier sur L’Action Française commandé par saint Pie X (VLR)


Comme plusieurs ont demandé qu’il fût fait une enquête diligente sur la pensée et l’intention de ce Siège Apostolique et surtout sur celles de Pie X d’heureuse mémoire touchant les œuvres et écrits de Charles Maurras et le périodique intitulé L’Action Française, S. S. le Pape Pie XI m’a ordonné à moi, soussigné, assesseur du Saint-Office, de rechercher avec soin les Actes et les dossiers de la Sacrée Congrégation de l’Index — qui, comme tous le savent, a été jointe et incorporée au Saint-Office — et de lui en faire un rapport.


Cette enquête achevée, voici ce qui a été constaté :


I. Dans la Congrégation préparatoire le jeudi 15 janvier 1914 :


Tous les Consulteurs furent unanimement d’avis que les quatre œuvres de Charles Maurras :
 
Le Chemin de ParadisAnthinéaLes Amants de Venise et Trois idées politiques, étaient vraiment mauvaises et donc méritaient d’être prohibées ;


à ces œuvres, ils déclarèrent qu’il fallait ajouter l’œuvre intitulée l’Avenir de l’intelligence.


Plusieurs Consulteurs voulurent qu’on y ajoutât aussi les livres intitulés la Politique religieuse et Si le coup de force est possible.




II. Dans la Congrégation générale tenue le lundi 26 janvier 1914 :


L’Éminentissime cardinal préfet a déclaré qu’il avait traité de cette affaire avec le Souverain Pontife et que le Saint-Père, en raison du nombre de pétitions à lui adressées de vive voix et par écrit, même par des personnages considérables, avait vraiment hésité un moment, mais enfin avait décidé que la Sacrée Congrégation traitât de cette affaire en pleine liberté, se réservant le droit de publier lui-même le Décret.


Les Éminentissimes Pères, entrant donc au cœur de la question, déclarèrent que, sans aucun doute possible, les livres désignés par les Consulteurs étaient vraiment très mauvais et méritaient censure, d’autant plus qu’il est bien difficile d’écarter les jeunes gens de ces livres, dont l’auteur leur est recommandé comme un maître dans les questions politiques et littéraires et comme le chef de ceux dont on doit attendre le salut de la patrie.


Les Éminentissimes Pères décidèrent unanimement de proscrire, au nom de la Sacrée Congrégation, les livres énumérés, mais de laisser la publication du Décret à la sagesse du Souverain Pontife.


Pour ce qui concerne le périodique L’Action FrançaiseRevue bimensuelleles Éminentissimes Pères estimèrent qu’il fallait en décider comme des œuvres de Charles Maurras.




III. Le 29 janvier 1914 :


Le secrétaire, reçu en audience par le Saint-Père, a rendu compte de tout ce qui s’est fait dans la dernière Congrégation.


Le Souverain Pontife se met aussitôt à parler de L’Action Française et des œuvres de M. Maurras, disant que de nombreux côtés il a reçu des requêtes lui demandant de ne pas laisser interdire ces œuvres par la Sacrée Congrégation, affirmant que ces œuvres sont cependant prohibées et doivent être considérées comme telles dès maintenant, selon la teneur de la proscription faite par la Sacrée Congrégation, le Souverain Pontife se réservant toutefois le droit d’indiquer le moment où le décret devra être publié, s’il se présente une nouvelle occasion de le faire, le décret qui prohibe ce périodique et ces livres sera promulgué à la date d’aujourd’hui.




IV. Le 14 avril 1915 :


Le Souverain Pontife (Benoît XV d’heureuse mémoire) a interrogé le secrétaire au sujet des livres de Charles Maurras et du périodique L’Action Française.
Le secrétaire a rapporté en détail à Sa Sainteté tout ce que la Sacrée Congrégation avait fait à ce sujet et comment Son prédécesseur, Pie X, de sainte mémoire, avait ratifié et approuvé la proscription prononcée par les Éminentissimes Pères, mais avait différé à un autre moment plus propice la publication du décret.


Cela entendu, Sa Sainteté déclara que ce moment n’était pas encore venu ; car, la guerre durant encore, les passions politiques empêcheraient de porter un jugement équitable sur cet acte du Saint-Siège.




Conclusion (VLR)


Toutes ces choses ayant été rapportées avec soin à Notre Très Saint-Père par moi, soussigné, assesseur du Saint-OfficeSa Sainteté a jugé qu’il était devenu opportun de publier et de promulguer ce décret du pape Pie X et a décidé d’en effectuer la promulgation, avec la date prescrite par son prédécesseur d’heureuse mémoire Pie X.


De plus, en raison des articles écrits et publiés, ces jours derniers surtout, par le journal du même nom, L’Action Française et, nommément, par Charles Maurras et par Léon Daudet, articles que tout homme sensé est obligé de reconnaître écrits contre le Siège apostolique et le Pontife romain lui-même,Sa Sainteté a confirmé la condamnation portée par son prédécesseur et l’a étendue au susdit quotidien, L’Action Française tel qu’il est publié aujourd’hui, de telle sorte que ce journal doit être tenu comme prohibé et condamné et doit être inscrit à l’Index des livres prohibés, sans préjudice à l’avenir d’enquêtes et de condamnations pour les ouvrages de l’un et de l’autre écrivain.


Donné à Rome, au palais du Saint-Office, le 29 décembre 1926.
Par ordre du Saint-Père, CANALI, assesseur.




(À suivre...)
 
 
 
 
 

[1L’Église catholique et l’Action Française, documents romains, Éditions Spes, Paris, 1927. p. 61.







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Louis


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MessagePosté le: Lun 11 Aoû - 11:25 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

Déclaration des cardinaux, archevêques et évêques de France au sujet des récentes décisions du Saint-Siège concernant "L’Action Française". [2]


Rappel des condamnations pontificales (VLR)


Une crise douloureuse s’est ouverte chez les catholiques de France à l’occasion de L’Action Française
 
Après des avertissements paternels et solennels, qui étaient un appel à une réforme salutaire, le Saint-Père, gardien de la doctrine et de la morale catholiques, a porté une condamnation explicite : certains livres de M. Charles Maurras, déjà réprouvés par Pie X, et le journal L’Action Française, ont été mis à l’Index
 
Défense formelle est donc faite, et sous peine de faute grave, 
 
  • de les éditer,
  • de les lire,
  • de les conserver,
  • de les vendre,
  • de les traduire,
  • de les communiquer. (Can. 1398.)


Les motifs de la présente intervention des évêques (VLR)


Chacun des évêques de France a publié ces actes du magistère pontifical : en même temps, il traçait aux fidèles de son diocèse la seule ligne de conduite à suivre en la circonstance : soumission et obéissance
 
Mais la passion politique s’est ingéniée, dès les premiers jours de l’intervention du Saint-Père, à dénaturer les faits et les intentions ; l’autorité du Pape en cette matière a été discutée et pratiquement reniée. 
 

Un retentissant article intitulé : « Non possumus, Nous ne pouvons pas obéir », fut jeté aux quatre coins de la France comme un cri de révolte ; et, depuis lors, l’opinion publique, trompée chaque jour par des exposés fantaisistes, s’inquiète et s’égare au grand détriment des consciences et de l’esprit chrétien. 
 

Aussi, nous, évêques de France, croyons-nous de notre devoir de pasteurs et de Français, d’intervenir aujourd’hui par une déclaration collective et solennelle, pour faire écho à la voix du Souverain Pontife, défendre sa pensée contre des interprétations calomnieuses, rétablir la vérité outragée et témoigner enfin, par une solennelle attestation, que l’épiscopat français reste fidèle à sa mission patriotique, même et surtout quand il lutte avec le Pape pour la sauvegarde des principes qui sont à la base de la civilisation chrétienne. 
 
C’est avec un sentiment de profonde tristesse que nous voyons aujourd’hui, en France, des catholiques qui se disent sincères blâmer et rejeter les actes les plus légitimes du Souverain Pontife. 
 
L’intérêt politique — comme l’intérêt tout court — aveugle souvent les esprits les plus lucides ; mais la saine théologie dissipe facilement, d’un clair rayon, les nuages amoncelés pour voiler la vérité. 


 
Les maîtres de l’Action Française sont en opposition avec la foi et la morale catholiques (VLR)


L’école d’Action française a été condamnée, le journal L’Action Française est mis à l’Index : pourquoi ? 
 
  • Parce que cette école reconnaît pour principaux maîtres et chefs des hommes qui, par leurs écrits, se sont mis en contradiction avec la foi et la morale catholiques ;
  • parce que cette école a pour base des erreurs fondamentales desquelles résulte ce que le Saint-Père appelle un « système religieux, moral et social » inconciliable avec le dogme et la morale.
  • Le journal a été mis à l’lndex parce qu’il est comme le porte-voix de l’école susdite et encore à cause de ses articles irrespectueux, de ses calomnies et de ses injures contre le Saint-Siège, contre le Vatican et contre le Pape lui-même.
Les maîtres de l’Action Française n’ont aucun titre pour diriger les catholiques (VLR)

Qui ne voit que des maîtres professant de telles doctrines n’ont aucun titre à diriger des catholiques ? 
Ils ne sauraient leur apprendre à penser comme il convient 
 
  • sur Dieu,
  • sur Jésus-Christ,
  • sur l’Église et le Pape,
  • sur le sens de la vie,
  • sur la morale, ses fondements, ses règles, ses sanctions,
  • sur l’organisation de la famille, de la société, de l’État,
  • sur les rapports de l’État et de l’Église.
Nous sommes bien persuadés que beaucoup d’adhérents de l’Action française, en donnant leur nom à ce groupement, n’ont point entendu pour cela embrasser les doctrines philosophiques, religieuses, morales ou sociales de ses dirigeants. 
 
(À suivre...)



[2L’Église catholique et l’Action Française, documents romains, Éditions Spes, Paris, 1927. p. 78.
 
 
 

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Louis


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MessagePosté le: Lun 27 Oct - 12:08 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

Une conception païenne de la cité avec une Église réduite au rôle d’agent de l’ordre public (VLR)


Ceux-ci professent un « nationalisme intégral » qui n’est au fond qu’une conception païenne de la cité et de l’État, où l’Église n’a de place que comme soutien de l’ordre et non comme organisme divin et indépendant, chargé de diriger les âmes vers leur fin surnaturelle. 


 
La promotion du machiavélisme politique (VLR)

Ils laissent aussi dans l’ombre tout un côté de la morale catholique qui en est l’aspect le plus bienfaisant : douceur, charité, modération, bienveillance, apostolat des humbles : autant de vertus dont ils ne parlent guère. 
 
Les jeunes gens instruits à leur école rêvent d’une autre méthode d’action, et la maxime « Politique d’abord », qui demeure, en dépit de toutes les explications données, inacceptable pour les catholiques, tourne vers d’autres buts leur activité. 
 
Et cette activité même, qui devrait être sagement dirigée, les maîtres de l’Action française l’exercent à réaliser « par tous les moyens » une œuvre politique. Par tous les moyens ! Formule que la morale réprouve, ainsi exprimée sans aucune restriction, et que la conscience chrétienne ne saurait admettre. 
 
Que dire aussi des polémiques violentes dont L’Action Française s’est fait une spécialité ? Souvent contraires à l’esprit évangélique, elles ne font pas la lumière dans les esprits, mais excitent trop facilement les pires passions, — la haine et le mépris. 
 

La défiance envers une autorité spirituelle supranationale (VLR)


Enfin, il s’est révélé chez les disciples de cette école 
 
  • une absence complète de toute juste idée sur l’autorité du Pape et sa compétence ;
  • un manque absolu de tout esprit de soumission et de respect :
  • une attitude prononcée d’opposition et de révolte :
    Citation:
    Ce sont ces choses, dit le Saint-Père, qui ont mis le comble à la mesure, et Nous ont amené à proscrire le journal L’Action Française, comme Pie X avait proscrit la revue bimensuelle du même nom.


Voilà quelques-uns des plus graves reproches adressés à bon droit à L’Action. Française. Ils ne sont pas d’ordre politique, mais d’ordre doctrinal et moral. 
 

Le pourquoi d’une condamnation spécifique de l’Action Française ? (VLR)


Les partisans de L’Action Française observent qu’il y a bien d’autres journaux qui sont dirigés et rédigés par des incroyants, dont les doctrines sont répréhensibles au point de vue de l’enseignement catholique, et qui cependant ne sont pas l’objet d’une prohibition nominale. 
 
Nous n’en disconvenons pas ; 
 
  • mais ces journaux n’ont pas organisé de groupements politiques, ils n’enrôlent pas leurs lecteurs dans des Ligues,
  • ils ne les réunissent pas autour des chaires d’un Institut d’enseignement,
  • ils ne prétendent pas faire l’éducation politique et sociale de la jeunesse.
Or, c’est ce que fait L’Action Française, c’est ce qui la rend particulièrement dangereuse, et c’est une des raisons qui ont motivé les mesures spéciales dont elle est l’objet.


 
L’Action Française n’est pas condamnée en tant que monarchiste (VLR)

L’Action Française est monarchiste ; c’est son droit. Le Pape ne songe nullement à en entraver l’exercice. Mais il ne veut pas que sous prétexte de restaurer la royauté en France, on inculque aux catholiques français des doctrines erronées et des principes d’action réprouvés par la morale chrétienne. 
 
Non, le Pape ne condamne pas des opinions politiques légitimes, mais des idées fausses et des procédés répréhensibles, et il les condamne là où ils sont : 
 
  • dans des écrits qualifiés : pessima, « très mauvais », du temps de Pie X ;
  • dans un journal qui en est imprégné comme d’un poison subtil, dont on a peine à se défendre ;
  • dans une école qui, malgré les sentiments personnels de quelques-uns de ses membres, s’en inspire et les répand.
Il était grand temps que Pie XI intervînt pour assainir une atmosphère païenne qui contaminait insensiblement les âmes et corrompait jusqu’aux traditions les plus sacrées de la vieille monarchie française. 


(À suivre...)
 

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Michaël


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MessagePosté le: Lun 27 Oct - 16:25 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

 
Il n’est évidemment pas question, cher Louis, de réduire à néant la condamnation prononcée par Pie XI. Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’a fait Pie XII : les livres condamnés sont demeurés à l’Index, de même que les numéros du journal parus avant la levée de la condamnation.

Reste que le décret de 1939 ne peut pas non plus être tenu pour quantité négligeable :

Citation:
Mercredi 5 juillet 1939

Par décret du 29 décembre 1926 de cette même Suprême Sacrée Congrégation du Saint Office, le journal L’Action Française, tel qu’il était édité alors, fut condamné et inséré à l’Index des livres interdits, en considération de ce qui y était écrit, en ces jours-là particulièrement, contre le Saint-Siège et contre le Souverain Pontife lui-même.

Cependant, par lettre remise au Souverain Pontife Pie XI le 20 novembre 1938, le Conseil de direction de ce journal se soumit, et présenta une demande en vue de lever la prohibition du journal, demande qui fut soumise à l’examen de cette S. Congrégation.

Et récemment ledit Conseil, renouvelant sa demande, donna ouvertement de louables marques de respect envers le Saint-Siège, réprouva les erreurs et fournit des garanties concernant la révérence due au Magistère de l’Eglise, par lettre du 19 juin 1939 adressée au Pape Pie XII heureusement régnant ; le texte en est reporté dans l’Annexe I.

C’est pourquoi, lors de l’assemblée générale de la Suprême Sacrée Congrégation du Saint Office du mercredi 5 juillet 1939, les Éminentissimes et Révérendissimes Seigneurs Cardinaux chargés de protéger les choses concernant la foi et les mœurs, ayant entendu les Éminentissimes et Révérendissimes Seigneurs Cardinaux de la France, ont établi ce qui suit :

Du jour de la promulgation de ce Décret, l’interdiction de lire et de posséder le susdit journal L’Action Française est levée, restant interdits les écrits recensés jusque ici dans l’Index des livres interdits ; cependant cette Suprême Sacrée Congrégation n’entend porter aucun jugement sur les choses concernant les préférences strictement politiques, ni sur les finalités que se propose ce journal dans son combat politique, du moment qu’elles ne s’opposent pas à la loi morale ; et ce doit être bien compris.

L’idée est la suivante : restant sauf ce que le Saint-Siège a souvent proposé, tant concernant la distinction des choses religieuses vis-à-vis des affaires purement politiques, tant concernant la sujétion des affaires politiques à la loi morale, et tant concernant les principes et les responsabilités transmis pour promouvoir et protéger l’Action Catholique, on recommande instamment aux Révérendissimes Ordinaires de France de veiller à faire observer ce qui a déjà été statué en la matière par la Conférence des Cardinaux et Archevêques de 1936, et que reporte l’Annexe II.

Et le jeudi suivant, le 6 du même mois de la même année, Sa Sainteté Pie XII, Souverain Pontife de par la Divine Providence, au cours de l’audience habituellement concédée à l’Excellentissime et Révérendissime Assesseur du Saint Office, a approuvé la résolution des Éminentissimes Pères telle qu’elle lui a été rapportée, il l’a confirmée et a ordonné de la publier.

Donné à Rome, au Palais du Saint Office, le 10 juillet 1939.

Source : Acta Apostolicæ Sedis [1939], pp. 303-306. 
 


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Guillaume


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MessagePosté le: Sam 1 Nov - 10:17 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant



L'Eglise et le nationalsocialisme (source : clerus.org)


allocution de Pie XII devant les cardinaux, 2 juin 1945 a écrit:


En Europe la guerre est finie : mais quels stigmates elle y a imprimés ! Le divin Maître avait dit : « Tous ceux qui mettront injustement la main à l'épée périront par l'épée » (cf. Matth. Mt 26,52). Or, que voyez-vous ?


Vous voyez ce que laissent derrière elles une conception et une action de l'Etat qui ne tiennent aucun compte des sentiments les plus sacrés de l'humanité, qui foulent aux pieds les principes inviolables de la foi chrétienne. Le monde entier contemple aujourd'hui, stupéfait, l'écroulement qui en est la conséquence.


Cet écroulement, Nous l'avions vu venir de loin, et bien peu, croyons-Nous, ont suivi avec une plus grande tension d'esprit l'évolution et le rythme précipité de cette chute inévitable. Plus de douze années, qui comptent parmi les meilleures de Notre âge mûr, Nous avons vécu, par devoir de la charge qui Nous était confiée, au milieu du peuple allemand. Durant cette période, avec la liberté que permettaient les conditions politiques et sociales d'alors, Nous Nous sommes employé à consolider la situation de l'Eglise catholique en Allemagne. Nous eûmes ainsi l'occasion de connaître les grandes qualités de ce peuple et Nous Nous trouvâmes en relations personnelles avec ses meilleurs représentants. C'est pourquoi Nous avons confiance qu'il pourra s'élever une fois encore à une nouvelle dignité et à une nouvelle vie, quand il aura repoussé de lui le spectre satanique exhibé par le national-socialisme et quand les coupables (comme Nous avons déjà eu l'occasion de l'exposer d'autres fois) auront expié les crimes qu'ils ont commis.


Tant qu'il restait encore une lueur d'espoir que ce mouvement pût prendre une tournure différente et moins pernicieuse, soit par la résipiscence de ses membres plus modérés, soit par une opposition efficace de la partie non consentante du peuple allemand, l'Eglise a fait tout ce qui était en son pouvoir pour opposer une digue puissante à l'envahissement de ces doctrines aussi délétères que violentes.
 



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Guillaume


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MessagePosté le: Sam 1 Nov - 10:18 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant





allocution de Pie XII devant les cardinaux, 2 juin 1945 a écrit:


Au printemps de 1933, le gouvernement allemand pressa le Saint-Siège de conclure un concordat avec le Reich, idée qui rencontra aussi l'assentiment de l'épiscopat et de la plus grande partie tout au moins des catholiques allemands. En effet, ni les concordats déjà conclus avec quelques Etats particuliers de l'Allemagne (Lander) ni la Constitution de Weimar ne leur semblaient assurer et garantir suffisamment le respect de leurs convictions, de leur foi, de leurs droits et de leur liberté d'action. Dans de telles conditions, ces garanties ne pouvaient être obtenues qu'au moyen d'un accord, dans la forme solennelle d'un Concordat avec le gouvernement central du Reich. Il faut ajouter qu'après la proposition faite par celui-ci la responsabilité de toutes les conséquences douloureuses seraient retombées, en cas de refus, sur le Saint-Siège. 


Ce n'est pas que, de son côté, l'Eglise se laissât leurrer par d'excessives espérances ou que, en concluant le Concordat, elle entendît approuver de quelque manière que ce soit, la doctrine et les tendances du national-socialisme, comme déclaration et explication en furent alors expressément données (Cf. l'Osservatore Romano du 2 juillet 1933. Voir dans La Documentation catholique, t. XXX, 1933, col. 506, la traduction de ce document dans l'étude consacrée au Concordat du 20. 7. 1933 entre le Saint-Siège et le Reich allemand (n° spécial 672)). Toutefois il faut reconnaître que le Concordat, dans les années suivantes, procura quelque avantage ou du moins empêcha des maux plus grands. En effet, malgré toutes les violations dont il fut bientôt l'objet, il laissait aux catholiques une base juridique de défense, un camp où se retrancher pour continuer à affronter, tant qu'il leur serait possible, le flot toujours croissant de la persécution religieuse.
 


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Guillaume


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MessagePosté le: Sam 1 Nov - 10:20 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant



allocution de Pie XII devant les cardinaux, 2 juin 1945 a écrit:

En fait, la lutte contre l'Eglise allait toujours s'aggravant : c'était la destruction des organisations catholiques ; c'était la suppression progressive des écoles catholiques, publiques et privées, si florissantes ; c'était la séparation forcée de la jeunesse d'avec la famille et l'Eglise ; c'était l'oppression exercée sur la conscience des citoyens, particulièrement des employés de l'Etat ; c'était le dénigrement systématique, au moyen d'une propagande habilement et rigoureusement organisée, de l'Eglise, de son clergé, de ses fidèles, de ses institutions, de sa doctrine, de son histoire ; c'était la fermeture, la dissolution, la confiscation de maisons religieuses et d'autres institutions ecclésiastiques ; c'était l'anéantissement de la presse et de l'édition catholiques.


Pour résister à ces attaques, des millions de vaillants catholiques, hommes et femmes, se serraient autour de leurs évêques, dont la voix courageuse et sévère ne manqua jamais de se faire entendre jusqu'en ces dernières années de guerre ; autour de leurs prêtres, pour les aider à adapter sans cesse leur apostolat aux nécessités et aux circonstances nouvelles ; jusqu'à la fin, avec patience et fermeté, ils opposèrent au front de l'impiété et de l'orgueil le front de la foi, de la prière, de la conduite et de l'éducation franchement catholiques.

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Guillaume


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MessagePosté le: Mar 4 Nov - 12:24 (2014)    Sujet du message: Le nationalisme, idéologie virale révolutionnaire Répondre en citant

allocution de Pie XII devant les cardinaux, 2 juin 1945 a écrit:


Pendant ce temps, le Saint-Siège, sans hésiter, multipliait auprès des gouvernants allemands ses instances et ses protestations, les rappelant avec énergie et précision au respect et à l'accomplissement des devoirs dérivant du droit naturel lui-même et confirmés par le Concordat. Dans ces années critiques, Notre grand prédécesseur Pie XI, joignant à la vigilance attentive du Pasteur la patiente longanimité du Père, remplit avec une force intrépide sa mission de Pontife suprême.

Lorsque néanmoins, après avoir vainement essayé toutes les voies de la persuasion, il se vit de toute évidence aux prises avec les violations délibérées d'un pacte officiel et d'une persécution religieuse, dissimulée ou manifeste, mais toujours durement menée, le dimanche de la Passion 1937, dans son encyclique Mit brennender Sorge (Cf. La Documentation catholique, t. XXXVII, 1937, col. 901.), il dévoila au regard du monde ce que le national-socialisme était en réalité : l'apostasie orgueilleuse de Jésus-Christ, la négation de sa doctrine et de son oeuvre rédemptrice, le culte de la force, l'idolâtrie de la race et du sang, l'oppression de la liberté et de la dignité humaine.

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