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L'Eglise et la forme de gouvernement

 
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Guillaume


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MessagePosté le: Ven 31 Oct - 11:22 (2014)    Sujet du message: L'Eglise et la forme de gouvernement Répondre en citant

  
  
Pie XII, radiomessage du 24 décembre 1944 a écrit:
 
Béni soit le Seigneur ! Des lugubres gémissements de la douleur, du sein même de l'angoisse déchirante des individus et des pays opprimés, se lève une aurore d'espérance. Dans une partie toujours croissante de nobles esprits surgissent une pensée, une volonté de plus en plus claire et ferme : faire de cette guerre mondiale, de cet universel bouleversement, le point de départ d'une ère nouvelle pour le renouvellement profond, la réorganisation totale du monde. A cet effet, tandis que les armées continuent à s'épuiser en luttes meurtrières avec des moyens de combat toujours plus cruels, les hommes de gouvernement, représentants responsables des nations, se réunissent pour des conversations, pour des conférences afin de déterminer les droits et les devoirs fondamentaux sur lesquels devrait être reconstruite une communauté des Etats, de tracer le chemin vers un avenir meilleur, plus sûr, plus digne de l'humanité.

Antithèse étrange que cette coïncidence d'une guerre dont l'âpreté tend au paroxysme et du remarquable progrès des aspirations et des projets vers une entente pour une paix solide et durable ! On peut bien sans cloute discuter la valeur, l'applicabilité, l'efficacité de tel ou tel projet, le jugement à porter sur eux peut bien rester en suspens ; mais il n'en est pas moins vrai que le mouvement est en cours.
En outre — et ceci est peut-être le point le plus important — à la lueur sinistre de la guerre qui les enveloppe, dans la chaleur cuisante de la fournaise où ils se trouvent emprisonnés, les peuples se sont comme réveillés d'une longue torpeur. Ils ont pris en face de l'Etat, en face des gouvernants, une attitude nouvelle, interrogative, critique, "défiante. Instruits par une amère expérience, ils s'opposent avec plus de véhémence aux monopoles d'un pouvoir dictatorial, incontrôlable et intangible, et ils réclament un système de gouvernement qui soit plus compatible avec la dignité et la liberté des citoyens.

Ces multitudes inquiètes, bouleversées par la guerre jusqu'en leurs assises les plus profondes, ont acquis aujourd'hui l'intime persuasion — auparavant peut-être vague et confuse, mais désormais incoercible — que, si la possibilité de contrôler et de corriger l'activité des pouvoirs publics n'avait pas fait défaut, le monde n'aurait pas été entraîné dans le tourbillon désastreux de la guerre, et qu'afin d'éviter à l'avenir qu'une pareille catastrophe se répète il faut créer dans le peuple lui-même des garanties efficaces.

Dans cet état d'esprit, faut-il s'étonner que la tendance démocratique envahisse les peuples et obtienne largement le suffrage et le consentement de ceux qui aspirent à collaborer plus efficacement aux destinées des individus et de la société ?

Il est à peine nécessaire de rappeler que, selon l'enseignement de l'Eglise, « il n'est pas défendu de préférer des gouvernements modérés de forme populaire, pourvu que reste sauve la doctrine catholique sur l'origine et l'exercice du pouvoir public », et que « l'Eglise ne réprouve aucune des formes variées de gouvernement, pourvu qu'elles soient aptes en elles-mêmes à procurer le bien des citoyens » (1). 

 
(1) Léon XIII, Encyclique Diuturnum, 29 juin 1881 
 

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Il n'y a qu'une Église, une par l'unité de la doctrine comme par l'unité du gouvernement, c'est l'Église catholique (Léon XIII, lettre Testem benevolentiæ sur la condamnation de l'américanisme)


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MessagePosté le: Ven 31 Oct - 11:22 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Guillaume


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Inscrit le: 16 Oct 2014
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MessagePosté le: Sam 1 Nov - 10:26 (2014)    Sujet du message: L'Eglise et la forme de gouvernement Répondre en citant

Pie XII, radiomessage du 24 décembre 1944 a écrit:

Si donc, en cette solennité qui commémore à la fois la bonté du Verbe incarné et la dignité de l'homme (dignité entendue non seulement sous l'aspect de la personne, mais aussi dans la vie sociale),

Nous portons Notre attention sur le problème de la démocratie, pour examiner selon quels principes elle doit être réglée pour pouvoir se dire une vraie et saine démocratie, répondant aux circonstances de l'heure présente, il est clairement indiqué que la sollicitude diligente de l'Eglise ne va pas tant à sa structure et à son organisation extérieure — qui dépendent des aspirations propres de chaque peuple — qu'à l'homme lui-même qui, loin d'être l'objet et comme un élément passif de la vie sociale, en est au contraire et doit en être et demeurer le sujet, le fondement et la fin.

Si l'on admet que la démocratie, entendue dans son sens large, admet des formes diverses, et peut se réaliser aussi bien dans des monarchies que dans des républiques, deux questions se présentent à Notre examen :

1° Quels doivent être les caractères distinctifs des hommes vivant en démocratie et sous le régime démocratique ? 2° Quels sont les caractères distinctifs des hommes qui, dans une démocratie, détiennent le pouvoir public ?

Exprimer son opinion personnelle sur les devoirs et les sacrifices qui lui sont imposés ; ne pas être contraint d'obéir sans avoir été entendu, voilà deux droits du citoyen qui trouvent dans une démocratie, comme le nom l'indique, leur expression. C'est à la solidité, à l'harmonie, aux bons résultats de ce contact entre les citoyens et le gouvernement de l'Etat qu'on peut reconnaître si une démocratie est vraiment saine et équilibrée, et quelle est sa force de vie et de développement. Pour ce qui touche ensuite à l'extension et à la nature des sacrifices réclamés de tous les citoyens — en un temps comme le nôtre où l'activité de l'Etat est si vaste et si décisive — la forme démocratique du gouvernement apparaît à beaucoup comme un postulat naturel imposé par la raison elle-même. Cependant, quand on réclame « plus de démocratie et une meilleure démocratie », cette exigence ne peut avoir d'autre sens que de mettre le citoyen toujours plus en mesure d'avoir une opinion personnelle propre, de l'exprimer et de la faire valoir d'une manière conforme au bien commun.

De là découle une première conclusion nécessaire avec sa conséquence pratique. L'Etat ne contient pas en lui-même et ne réunit pas mécaniquement dans un territoire donné une agglomération amorphe d'individus. Il est, et doit être en réalité, l'unité organique et organisatrice d'un vrai peuple.

Peuple et multitude amorphe, ou, comme on a coutume de dire, « masse », sont deux concepts différents. Le peuple vit et se meut par sa vie propre ; la masse est de soi inerte, et elle ne peut être mue que de l'extérieur. Le peuple vit de la plénitude de la vie des hommes qui le composent, dont chacun, à la place et de la manière qui lui sont propres, est une personne consciente de ses propres responsabilités et de ses propres convictions. La masse, au contraire, attend l'impulsion du dehors, jouet facile entre les mains de quiconque en exploite les instincts et les impressions, prompte à suivre, tour à tour, aujourd'hui tel drapeau et demain tel autre. L'exubérance vitale d'un vrai peuple répand la vie, abondante et riche, dans l'Etat et dans tous ses organes, leur infusant, avec une vigueur sans cesse renouvelée, la conscience des propres responsabilités, le sens vrai du bien commun. La force élémentaire de la masse peut n'être aussi qu'un instrument au service d'un Etat qui sait habilement en faire usage. L'Etat lui-même, aux mains d'un ou de plusieurs ambitieux, groupés artificiellement par leurs tendances égoïstes, peut, en s'appuyant sur la masse, devenir une simple machine, imposer arbitrairement sa volonté à la meilleure partie du peuple : l'intérêt commun en reste lésé gravement et pour longtemps, et la blessure ainsi faite est bien souvent difficile à guérir.

Il résulte clairement de là une autre conclusion : la masse, telle que Nous venons de la définir, est l'ennemie principale de la vraie démocratie et de son idéal de liberté et d'égalité.

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Guillaume


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MessagePosté le: Mar 4 Nov - 12:17 (2014)    Sujet du message: L'Eglise et la forme de gouvernement Répondre en citant

Pie XII, radiomessage du 24 décembre 1944 a écrit:
Dans un peuple digne de ce nom, le citoyen a conscience de sa propre personnalité, de ses devoirs et de ses droits ; la conscience de sa propre liberté se joint au respect de la liberté et de la dignité des autres. Dans un peuple digne de ce nom, toutes les inégalités, qui dérivent non du libre caprice, mais de la nature même des choses, inégalités de culture, de richesses, de position sociale, sans préjudice, bien entendu, de la justice et de la charité mutuelle, ne sont nullement un obstacle à l'existence et à la prédominance d'un authentique esprit de communauté et de fraternité. Bien au contraire, loin de nuire aucunement à l'égalité civile, elles lui confèrent son sens légitime, à savoir que chacun a le droit, en face de l'Etat, de vivre honorablement sa propre vie personnelle, au poste et dans les conditions où l'ont placé les desseins et les dispositions de la Providence.

Par opposition à ce tableau de l'idéal démocratique de liberté et d'égalité dans un peuple gouverné par des mains honnêtes et prévoyantes, quel spectacle offre un Etat démocratique laissé au caprice arbitraire de la masse ! La liberté, en tant que devoir moral de la personne, se transforme en une prétention tyrannique de donner libre essor aux impulsions et aux appétits humains aux dépens d'au-trui. L'égalité dégénère en un nivellement mécanique, en une uniformité sans nuance aucune : sentiment de l'honneur vrai, activité personnelle, respect de la tradition, dignité, tout ce qui, en un mot, donne à la vie sa valeur, s'effondre peu à peu et disparaît. Il y survit seulement, d'une part, les victimes trompées par la fascination apparente de la démocratie, confondue ingénuement avec l'esprit même de la démocratie, avec la liberté et l'égalité, et, d'autre part, des profiteurs plus ou moins nombreux qui ont su, grâce à la puissance de l'argent ou de l'organisation, s'assurer par-dessus les autres une condition privilégiée et le pouvoir lui-même.  
  
L'Etat démocratique, qu'il soit monarchique ou républicain, doit, comme n'importe quelle autre forme de gouvernement, être investi du pouvoir de commander avec une autorité vraie et effective. L'ordre absolu des êtres et des fins, qui montre dans l'homme une personne autonome, c'est-à-dire un sujet de devoirs et de droits inviolables d'où dérive et où tend sa vie sociale, comprend également l'Etat comme société nécessaire, revêtue de l'autorité sans laquelle il ne pourrait ni exister ni vivre. Si donc les hommes, en se prévalant de la liberté personnelle, niaient toute dépendance par rapport à une autorité supérieure munie du droit de coercition, ils saperaient par le fait même le fondement de leur propre dignité et liberté, c'est-à-dire cet ordre absolu des êtres et des fins.

Ainsi établis sur cette même base, la personne, l'Etat, le pouvoir public avec leurs droits respectifs se trouvent tellement liés et unis entre eux qu'ils se soutiennent ou s'écroulent tous ensemble.

Et comme cet ordre absolu, aux yeux de la saine raison et surtout de la foi chrétienne, ne peut avoir d'autre origine qu'en un Dieu personnel, notre Créateur, il suit de là que la dignité de l'homme est la dignité de l'image de Dieu, que la dignité de l'Etat est la dignité de la communauté morale voulue par Dieu, que la dignité de l'autorité politique est la dignité de sa participation à l'autorité de Dieu.

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MessagePosté le: Mer 5 Nov - 09:57 (2014)    Sujet du message: L'Eglise et la forme de gouvernement Répondre en citant

Pie XII, radiomessage du 24 décembre 1944 a écrit:
 
Aucune forme d'Etat ne saurait se dispenser d'avoir égard à cette intime et indissoluble connexion ; moins que toute autre la démocratie. Par conséquent, si celui qui détient le pouvoir public ne la voit pas, ou s'il la néglige plus ou moins, il ébranle dans ses bases sa propre autorité. De même, s'il ne tient pas suffisamment compte de cette relation, s'il ne voit pas dans sa charge la mission de réaliser l'ordre voulu par Dieu, le danger surgira que l‘égoïsme du pouvoir ou des intérêts l'emporte sur les exigences essentielles de la morale politique et sociale, que les vaines apparences d'une démocratie de pure forme ne servent souvent que de masque à tout ce qu'il y a en réalité de moins démocratique.

Seule la claire intelligence des fins assignées par Dieu à toute société humaine, jointe au sentiment profond des sublimes devoirs de l'oeuvre sociale, peut mettre ceux à qui est confié le pouvoir en mesure d'accomplir leurs propres obligations dans l'ordre législatif, judiciaire ou exécutif, avec cette conscience de leur propre responsabilité, avec cette objectivité, cette impartialité, cette loyauté, cette générosité, cette incorruptibilité, sans lesquelles un gouvernement démocratique réussirait difficilement à obtenir le respect, la confiance et l'adhésion de la meilleure partie du peuple.

Le sens profond des principes d'un ordre politique et social, sain et conforme aux règles du droit et de la justice, est de particulière importance chez ceux qui, dans n'importe quelle forme de régime démocratique, possèdent, complètement ou en partie, comme représentants du peuple, le pouvoir législatif. Et puisque le centre de gravité d'une démocratie normalement constituée réside dans cette représentation populaire, dont les courants politiques rayonnent dans tous les domaines de la vie publique, tant pour le bien que pour le mal, la question de l'élévation morale, de l'aptitude pratique, de la capacité intellectuelle des députés au parlement, est pour tout peuple de régime démocratique une question de vie ou de mort, de prospérité ou de décadence, d'assainissement ou de perpétuel malaise.  
  
Pour accomplir une action féconde, pour se concilier l'estime et la confiance, tout corps législatif doit, comme l'attestent d'incontestables expériences, accueillir dans son sein une élite d'hommes spirituellement éminents et au caractère ferme, qui se considèrent comme les représentants du peuple tout entier et non pas comme les mandataires d'une foule, aux intérêts particuliers de laquelle sont souvent, hélas ! sacrifiés les vrais besoins et les vraies exigences du bien commun. Une élite d'hommes qui ne soit restreinte à aucune profession ni à aucune condition, mais qui soit l'image de la vie multiple de tout le peuple. Une élite d'hommes de conviction chrétienne solide, de jugement juste et sûr, de sens pratique et équitable, et qui, dans toutes les circonstances, restent conséquents avec eux-mêmes ; des hommes de doctrine claire et saine, aux desseins solides et droits ; avant tout, des hommes qui, par l'autorité qui émane de leur conscience pure et rayonne largement autour d'eux, soient capables d'être des guides et des chefs, spécialement dans les temps où les nécessités pressantes surexcitent l'impressionnabilité du peuple et le rendent plus facile à être dévoyé et à s'égarer ; des hommes qui, dans les périodes de transition, généralement travaillées et déchirées par les passions, par les divergences d'opinions et par les oppositions de programmes, se sentent doublement tenus de faire circuler dans les veines enfiévrées du peuple et de l'Etat l'antidote spirituel des vues claires, de la bonté empressée, de la justice également favorable à tous, et la tendance résolue à l'union et à la concorde nationale d'ans un esprit de sincère fraternité.

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MessagePosté le: Jeu 6 Nov - 12:53 (2014)    Sujet du message: L'Eglise et la forme de gouvernement Répondre en citant

Pie XII, radiomessage du 24 décembre 1944 a écrit:

Les peuples dont le tempérament spirituel et moral est suffisamment sain et fécond trouvent en eux-mêmes et peuvent donner au monde les hérauts et les instruments de la démocratie, qui vivent dans ces dispositions et savent les mettre réellement en pratique. Au contraire, là où manquent ces hommes, d'autres viennent occuper leur place pour faire de l'activité politique l'arène de leur ambition, une course au gain pour eux-mêmes, pour leur caste ou pour leur classe, et c'est ainsi que la chasse aux intérêts particuliers fait perdre de vue et met en péril le vrai bien commun.

Une saine démocratie fondée sur les principes immuables de la loi naturelle et des vérités révélées sera résolument contraire à cette corruption qui attribue à la législation de l'Etat un pouvoir sans frein ni limites, et qui, malgré de vaines apparences contraires, fait aussi du régime démocratique un pur et simple système d'absolutisme.

L'absolutisme d'Etat (qui ne saurait se confondre, comme tel, avec la monarchie absolue, dont il n'est pas question ici) consiste en effet dans le principe erroné que l'autorité de l'Etat est illimitée (*), et qu'en face d'elle, même quand elle donne libre cours à ses vues despotiques en dépassant les frontières du bien et du mal, on n'admet aucun appel à une loi supérieure qui oblige moralement.

Un homme pénétré d'idées justes sur l'Etat, l'autorité et le pouvoir dont il est revêtu en tant que gardien de l'ordre social, ne pensera jamais à léser la majesté de la loi positive dans les limites de sa compétence naturelle. Mais cette majesté du droit positif humain n'est sans appel que s'il se conforme, ou du moins ne s'oppose pas, à l'ordre absolu établi par le Créateur et mis en une nouvelle lumière par la révélation de l'Evangile. Elle ne peut subsister qu'autant qu'elle respecte le fondement sur lequel s'appuient également la personne humaine, l'Etat et le pouvoir public. C'est là le critère fondamental de toute forme saine de gouvernement, y compris la démocratie, critère qui doit servir à juger la valeur morale de toute loi particulière.


(*) [note de Guillaume :] „L'État, comme étant l'origine et la source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite.“ Erreur XXXIX réprouvée, proscrite et condamnée par le pape Pie IX dans l‘encyclique Quanta Cura (8-XII-1864)
Erreur dont le fascisme italien a fait un slogan: "Tout dans l’État, rien contre l’État, rien hors de l’État." (Benito Mussolini, 28 Octobre 1925)

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MessagePosté le: Jeu 20 Nov - 18:46 (2014)    Sujet du message: L'Eglise et la forme de gouvernement Répondre en citant

Pie XII, radiomessage au peuple helvétique (*) a écrit:

Samedi 21 septembre 1946


La particulière affection que Nous portons à la Suisse et la confiance dont Notre cœur est rempli à l'égard de ce peuple magnanime, Nous ont incliné sans peine à céder aux instances qui Nous ont été faites de la part de votre Radiodiffusion et à vous adresser la parole par son organe, comme Nous l'avons adressée récemment aux représentants de votre presse lors de leur voyage à Rome et de leur visite dont Nous gardons le meilleur souvenir.

À notre époque, où le concept de nationalité de l'État, exagéré souvent jusqu'à la confusion, à l'identification de deux notions, tend à s'imposer comme un dogme, le cas de la Suisse, exceptionnel, fait, aux yeux de certains, figure de paradoxe ; il devrait bien plutôt donner à réfléchir. Située géographiquement au point d'intersection de trois civilisations nationales puissantes, la Suisse les embrasse toutes les trois dans l'unité d'un seul peuple. En un temps où le nationalisme semble dominer presque partout, elle qui, plutôt qu'un État national, est une communauté politique transcendante, jouit de la tranquillité et de la force que procure l'union entre les citoyens et nul peuple peut-être n'a plus d'amour pour le foyer et pour la patrie que le peuple suisse, nul n'a plus vive et plus profonde la conscience des devoirs civiques. La vigueur, la puissance créatrice, que d'autres pensent trouver dans l'idée nationale, la Suisse la trouve, elle, à un degré tout au moins aussi élevé, dans l'émulation cordiale et dans la collaboration de ses divers groupes nationaux.

Tous les peuples du monde, surtout au cours des deux grandes guerres, mais aussi durant la pénible entre-guerres, ont senti, à des titres et sous des formes diverses, le bienfait de la charité helvétique et lui on rendu un reconnaissant hommage : accueil réconfortant des prisonniers, des fugitifs, des persécutés, secours matériels aux individus et aux nations, sollicitude délicate autant qu'empressée pour les enfants, pour les malades et les infirmes. Et cela avec une égale amabilité, un sourire égal pour tous, expression non certes de l'indifférence, mais au contraire d'une égale compréhension, car tous pouvaient, dans le peuple Suisse, reconnaître leurs frères. D'un cœur très paternel, en ce moment, Nous vous en remercions et Nous vous bénissons.

Vous êtes fiers du caractère démocratique de votre pays et vous avez raison d'en être fiers, car la démocratie, chez vous, n'est point une construction artificielle. Elle est le fruit longuement mûri de l'expérience des siècles ; elle harmonise heureusement les avantages et les bienfaits de l'autonomie fédérative avec ceux du pouvoir central. Grâce à Dieu, vous ne voulez pas faire des formes démocratiques une idole, vous avez conscience que l'âme de tout État, quel qu'il soit, c'est le sens intime, profond, du bien commun ; c'est le souci non seulement de se procurer à soi même la place au soleil, mais de l'assurer aussi aux autres, chacun dans la mesure de ses obligations et de ses responsabilités personnelles. C'est à quoi vise, autant que la loyauté et la justice, une saine et profitable politique sociale, génératrice de paix et de prospérité. Dès lors, au contraire, que ce sens du bien commun s'oblitère pour laisser place au règne brutal de l'égoïsme individuel ou collectif, la démocratie de bon aloi est en péril et la dictature de parti s'installe sournoisement à sa place.

Le mot « liberté » sonne franc chez vous. Or la vraie liberté celle qui mérite vraiment ce nom et qui fait la félicité des peuples, n'a rien de commun avec la licence effrénée, le débordement du dévergondage ; la vraie liberté est, tout au contraire, celle qui garantit la profession et la pratique du vrai et du juste dans le domaine des commandements divins et dans le cadre du bien public. Elle a donc besoin de justes limites, et ce fut la gloire de vos aïeux d'avoir pourvu par de sages et fortes règles à la défense et à la sauvegarde d'un bien si précieux.

Deux de ces règles méritent ici un souvenir spécial, parce qu'elles touchent au point le plus sensible, au point névralgique comme on dit, des relations entre précepte et liberté, relations dont la plus légère perturbation est grosse de conséquences fatales. La première de ces deux règles, c'est l'équité : « Suum cuique, à chacun son dû » : un seul poids et une seule mesure pour tous. L'autre est l'absolu respect de la loi souveraine de Dieu sur le mariage et la famille. Si le sens profond du bien commun est l'âme de tout État sain et fort ; la dignité et la sainteté de la vie conjugale et familiale en est comme la colonne vertébrale. Que celle-ci vienne à subir une grave lésion, c'en est fait de la vigueur de l'État et c'est, tôt ou tard, la ruine du peuple.

Dans toutes vos âmes retentit l'appel vibrant de votre cantique national : « Des grands monts vient le secours, — Suisse, espère en Dieu toujours ! — Garde la foi des aïeux, — Vis comme eux ». C'est un mot d'ordre. Plus que jamais, de nos jours où l'athéisme, à la façon du termite, ronge obscurément, mais sûrement, la base sur laquelle reposent les États, le monde a besoin, pour maintenir son appui et conserver son équilibre, de mains qui se joignent et de cœurs qui s'élèvent. Il a besoin, dans la vie politique tout comme dans la vie privée, de chrétiens croyants et priants. En ce temps où nous assistons au glissement même de civilisations délicates et raffinées vers une décadence dans laquelle, l'une après l'autre, elles risquent de s'abîmer, souvenez-vous que, pour conserver pure, intacte, la fleur d'humanité qui fait l'honneur de vos institutions et de vos mœurs, vous avez besoin de ces forces supérieures que seule la foi chrétienne est capable de donner aux peuples comme aux individus. Car, en vérité, seules la doctrine, la foi, la grâce de Jésus Christ assurent aux peuples le fondement durable de leur existence, de leur progrès, de leur prospérité, de la paix.

Par une providentielle expérience, vous le savez — vous dont le bienheureux protecteur, sauveur de votre unité et de votre paix intérieure, Nicolas de Flüe, tenait à ce fondement par toutes les fibres de son être — vous dont les pères ont bâti sur ce fondement l'édifice de votre Confédération. Restez-y imperturbablement attachés : tel est le vœu le plus propice, la bénédiction la meilleure que Nous puissions adresser au peuple suisse si cher à Notre cœur.


(*) Discours et messages-radio di S.S. Pie XII, VIII,
Huitième année de Pontificat, 2 mars 1946 - 1er mars 1947, pp. 237-239
Typographie Polyglotte Vaticane

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