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Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu
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Guillaume


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MessagePosté le: Dim 16 Nov - 15:02 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)



Citation:
INTRODUCTION A L'ÉDITION FRANÇAISE


Plus de dix années se sont écoulées depuis l'ouverture du deuxième Concile œcuménique du Vatican, et un grand nombre de détails, fort utiles pour la juste compréhension de ses Constitutions, Décrets et Déclarations, sont déjà tombés dans l'oubli. Aussi le besoin s'est-il fait sentir d'un ouvrage qui rappelât tout ce qui s'était passé au cours de ce Concile et permît au lecteur d'aujourd'hui de connaître non seulement les circonstances qui donnèrent naissance à ses divers do­cuments, mais aussi les influences qui s'exercèrent au cours de leur élaboration. Tel est le propos du présent livre.

Fondateur et directeur d'une agence de presse du Concile, indépendante et multilingue, je me suis toujours efforcé de permettre à mes lecteurs de se faire une idée précise de tous les aspects des questions à l'étude. Convaincu que se dé­roulait à ce moment un drame ecclésiastique vital, j'ai intentionnellement évité de prendre parti et même me suis tou­jours abstenu de proposer des interprétations, si valables qu'elles me parussent. En bref, ma tâche a consisté à informer le public, impartialement, de ce qui se disait et se faisait au Concile.

Quant à l'interprétation, j'ai estimé que mes lecteurs voudraient s'en charger eux-mêmes, et qu'ils n'avaient besoin de personne qui pensât à leur place.

En toute objectivité, j'ai donc fait connaître les points de vue auxquels se plaçaient tant les Pères conciliaires que les divers groupes de pensée qui ont peu à peu pris forme et consistance. La constitution de tels groupes était inévitable, car il eût été impensable que plus de 2 000 Pères conciliaires fussent du même avis sur un point déterminé, et encore moins que chacun d'eux eût à son sujet une opinion différente. Certains d'entre ces groupes exercèrent une influence plus dé­terminante que d'autres. Dans les bulletins du Divine Ward News Service que j'avais créé, individus et groupes avaient toute latitude pour exposer leurs sentiments, sans que j'intervinsse jamais pour les interpréter.

Comme peut s'en rendre aisément compte tout lecteur attentif des ouvrages publiés depuis le Concile, telle n'a pas toujours été la politique suivie par les auteurs. Des informations incomplètes, tendancieuses, voire fausses, ont malheu­reusement créé beaucoup de confusion, aussi bien pendant le Concile qu'après, tant à l'intérieur de l'Eglise qu'à l'exté­rieur.

MM. Hawthorn Books, de New York, ayant manifesté de l'intérêt pour cette méthode - sobre si j'ose m'exprimer ainsi - de faire connaître les événements du Concile, je me suis mis à la tâche et ai écrit le présent ouvrage, en me fondant sur les principes que j'avais adoptés pour mes bulletins de presse. Mais, faisant œuvre d'historien, j'ai pu incorporer un nombre beaucoup plus considérable de détails, et j'ai été à même, tout en demeurant objectif, de donner un récit à la fois structuré et vivant, susceptible de rendre également service à ceux que peut intéresser un examen critique des nom­breuses interprétations données par les journalistes et les théologiens d'hier et d'aujourd'hui. L'accueil chaleureux qu'a réservé à mon livre, sur le plan international, le monde anglophone (plus de cent recensions en ont paru) me laisse espé­rer que le monde francophone voudra bien maintenant lui réserver un accueil similaire.

Il ne me reste qu'à remercier de son intérêt mon éditeur français et à féliciter mon traducteur, qui me paraît avoir fort bien rendu la lettre et l'esprit de mon texte.

 
Rome, le 11 juillet 1973.

Ralph M. Wiltgen, S. V. D.



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Dernière édition par Guillaume le Ven 5 Déc - 07:24 (2014); édité 5 fois
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MessagePosté le: Dim 16 Nov - 15:02 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Guillaume


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MessagePosté le: Dim 16 Nov - 15:07 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)




Citation:
PRÉFACE


Cent ans avant la naissance du Christ, Juvénal, dans l'une de ses Satires, écrivait que l'Oronte, fleuve principal de la Syrie, s'était jeté dans le Tibre. Il entendait par là que la culture syrienne, qu'il méprisait, avait réussi à pénétrer la culture de sa Rome bien-aimée.

Ce qui s'est passé sur le plan culturel au temps de Juvénal s'est passé de nos jours sur le plan théologique. Mais, cette fois, l'influence est venue des pays riverains du Rhin - Allemagne, Autriche, Suisse, France et Pays-Bas - et de la voisine Belgique. C'est parce que les cardinaux, évêques et théologiens de ces six pays ont réussi à exercer sur le deuxième Concile du Vatican une influence prédominante que j'ai intitulé mon livre Le Rhin se jette dans le Tibre.

Le public a fort peu entendu parler de la puissante alliance établie par les forces rhénanes, et du rôle considérable qu'elle a joué dans l'élaboration de la législation conciliaire. Il a encore moins entendu parler des groupes minoritaires - une demi-douzaine - qui se sont constitués afin de contrebalancer cette alliance. A cause de l'ignorance où l'on est de cet aspect du Concile, et du fait que le présent ouvrage est consacré aux activités de ces groupes, j'ai choisi pour sous-titre Le Concile inconnu.

Peu après l'ouverture du Concile, devant le manque de précision des comptes rendus des débats fournis par le Bureau de presse officiel, j'entrepris d'inviter des Pères conciliaires à tenir des conférences de presse. Cette entreprise se développa en une agence de presse multilingue, le Divine Word News Service, spécialisée dans la publication d'informations détaillées sur le Concile. A la fin du Concile, nous avions plus de 3 100 abonnés dans 108 pays. Nous n'avions pas d'édition russe, mais le Patriarcat de Moscou se chargea de traduire nos bulletins.

En ma qualité de prêtre et de journaliste polyglotte, ainsi qu'en tant que membre de la Société missionnaire, internationale et interraciale, du Verbe Divin, j'avais de multiples occasions de prendre directement contact avec les Pères conciliaires. Ceux-ci ne tardèrent pas à reconnaître l'impartialité de mes comptes rendus, ce qui me permit d'obtenir des informations de première main, tant de la part des conservateurs que de celle des libéraux. En fait, les groupes minoritaires cherchèrent souvent à entrer en rapport avec moi, et ils me fournirent des renseignements exclusifs.

Pour écrire la présente histoire, j'ai eu accès à tous les documents officiels communiqués aux Pères conciliaires pendant les quatre sessions. J'ai pu en outre prendre connaissance de lettres privées ou officielles, des procès-verbaux des séances, et de nombreux documents diffusés par les conférences épiscopales. Ma présence à Rome pendant toute la rédaction de mon ouvrage s'est révélée extrêmement utile, car elle m'a permis d'obtenir, après la fin du Concile, des renseignements supplémentaires.

Pour terminer, je tiens à remercier mon éditeur pour l'intérêt qu'il m'a témoigné, et tous ceux qui, de quelque façon, ont contribué à la réalisation de mon projet. Je remercie en particulier les innombrables Pères conciliaires, experts, membres de la Curie romaine et journalistes qui pendant quatre années m'ont fait bénéficier de leur aide multiforme. J'adresse également mes remerciements publics aux supérieurs de ma Congrégation, qui m'ont permis de disposer du temps nécessaire pour écrire le présent livre, et au P. Vincent Fecher, S. V. D., qui a bien voulu revoir le manuscrit.


Collège du Verbe Divin, Rome, 8 septembre 1966
Ralph M. Wiltgen, S. V. D., Missionnaire du Verbe Divin.

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Guillaume


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MessagePosté le: Lun 17 Nov - 08:26 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)



Citation:
LA PREMIÈRE SESSION 11 OCTOBRE - 8 DÉCEMBRE 1962
NOVA ET VETERA


La longue procession blanche des évêques en mitre et chape semblait ne jamais devoir finir. Elle descendait l'Escalier royal, passait la Porte de bronze et s'avançait jusqu'à la moitié environ de la place Saint-Pierre. Là, elle tournait brusquement à droite, montait les marches et disparaissait dans la grande porte de la Basilique. C'était un jeudi, 11 octobre 1962, en la fête de la Maternité divine de la Bienheureuse Vierge Marie, jour fixé pour l'ouverture du deuxième Concile du Vatican.

Les pavés de la place étaient humides et brillants de la pluie qui n'avait cessé de tomber pendant la nuit, mais ils séchaient rapidement au brillant soleil matinal.

Je me trouvais sur les marches de la Basilique, regardant passer les 2400 Pères conciliaires. La plupart de ces hommes étaient inconnus hors de leurs diocèses. Mais certains d'entre eux, à cause de ce qu'ils allaient dire ou faire, devaient vivre à jamais dans l'histoire de ce concile. Frings, Ottaviani, Liénart, Meyer, Bea, Suenens, Léger, Maximos IV Saigh, de Proença Sigaud : quelques noms parmi les nombreux qui passeraient à la postérité.

Tous les évêques n'avaient pas le sourire aux lèvres. Nombre d'entre eux pensaient que ce Concile n'avait été convoqué que pour entériner des documents préparés d'avance. Certains évêques des Etats-Unis avaient laissé entendre qu'ils se contenteraient de faire acte de présence pendant deux ou trois semaines, après quoi ils rentreraient chez eux. Et les évêques du Paraguay avaient été informés par un haut dignitaire ecclésiastique que tout avait été si bien préparé à Rome que le Concile serait de brève durée.

Le Souverain Pontife, S. S. Jean XXIII, parut enfin, le visage radieux, sur la sedia gestatoria ; s'inclinant vers la foule, il la bénissait et accueillait avec une joie visible ses acclamations. Ce concile était, pour ainsi dire, son œuvre : le vingt et unième concile œcuménique de l'histoire de l'Eglise catholique, le deuxième qui se tînt au Vatican. (Il avait accédé depuis trois mois à peine au Souverain Pontificat que, le 25 janvier 1959, dans le monastère bénédictin de Saint-Paul-hors-les- murs, il avait fait part à dix-sept cardinaux étonnés de son intention de convoquer un concile œcuménique).

A l'entrée de Saint-Pierre, la sedia gestatoria fut abaissée, et le Pape remonta à pied la longue nef. Les Pères conciliaires, qui avaient pris place dans la Basilique, applaudissaient à son passage. Ils représentaient toutes les parties du monde : l'Europe (39 p. 100), l'Amérique du Nord (14 p. 100), l'Amérique du Sud (18 p. 100), l'Amérique centrale (3 p. 100), l'Asie (12 p. 100), l'Afrique (12 p. 100) et l'Océanie (2 p. 100).

Arrivé devant la Confession de Saint-Pierre, le Souverain Pontife s'agenouilla pour prier. Puis il entonna la première prière officielle du deuxième Concile du Vatican, le Veni Creator : d'une seule voix, le Pape et les Pères conciliaires implorèrent la lumière et la direction de l'Esprit Saint pour l'accomplissement de la tâche qu'ils avaient devant eux. Une Messe fut ensuite célébrée, après quoi, selon une coutume datant des premiers conciles, le Livre des Evangiles fut solennellement intronisé sur l'autel.

Enfin, le Pape prononça son allocution d'ouverture (1). Il se dit persuadé que l'Eglise tirerait du Concile une énergie, une vigueur nouvelles : elle «envisageait sans crainte l'avenir». Son optimisme contagieux éclata lorsqu'il dit : «Nous estimons devoir Nous dissocier entièrement de ces prophètes de malheur qui prédisent sans cesse le pire, comme si la fin du monde était proche... A les entendre, la société contemporaine ne serait que ruines et calamités ; comparée aux siècles passés, notre époque n'accuserait que détérioration ; ils se comportent comme si l'histoire, qui est maîtresse de vie, n'avait rien à leur apprendre». L'histoire, ajoutait le Pape, montrait que les choses n'avaient pas été plus satisfaisantes dans le passé.

Le Souverain Pontife tint à ne laisser planer aucun doute sur son orthodoxie. «Le principal souci du Concile Œcuménique, affirma-t-il, est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et exposé de manière plus efficace». L'Eglise ne devait jamais «perdre de vue le patrimoine sacré de vérité qu'elle a reçu des anciens», mais en même temps il importait qu'elle «considérât aussi les temps présents, qui ont donné naissance à une conjoncture nouvelle, à de nouvelles formes de vie, et ont ouvert de nouvelles voies à l'apostolat catholique».

Le Concile n'avait pas à se préoccuper de présenter point par point les doctrines fondamentales de l'Eglise telles qu'elles ont été enseignées par les théologiens anciens et modernes, dont le Pape «avait de bonnes raisons de penser qu'elles n'étaient pas ignorées (des Pères conciliaires) et que ceux-ci les avaient constamment présentes à l'esprit». Il n'eût pas été nécessaire pour cela de convoquer un Concile œcuménique. Ce qui s'imposait, c'était «une nouvelle étude, faite par des esprits sereins et paisibles, de l'ensemble de la doctrine chrétienne, prise dans son intégrité, telle qu'elle brille notamment dans les actes du Concile de Trente et du premier Concile du Vatican».

Le Pape aborda ensuite la partie la plus importante de son allocution : «Il importe que, comme l'attendent tous les amis sincères de la chose chrétienne, catholique et apostolique, cette même doctrine soit mieux connue et plus approfondie et que les esprits en soient davantage imbus et 'informés' ; il importe que cette doctrine, certaine et immuable... soit étudiée et exposée selon les méthodes qu'exige la conjoncture présente. Autre en effet est le dépôt de la Foi, autre le mode suivant lequel il est énoncé». Une grande patience, un examen soigneux étaient indispensables, dit-il, pour que les enseignements du Concile eussent «un caractère éminemment pastoral».

Sans se dissimuler l'existence de «doctrines, d'opinions et de conceptions fallacieuses et dangereuses». Jean XXIII traita ce sujet avec son optimisme ordinaire. Il souligna que les «opinions incertaines des hommes» changent d'âge en âge, et que souvent les erreurs d'une génération se dissipent aussitôt «comme la brume devant le soleil». Rappelant que l'Eglise n'avait jamais manqué de s'opposer aux erreurs, qu'elle les avait souvent condamnées avec la dernière sévérité, il fit valoir qu'elle préférait maintenant «utiliser le remède de la miséricorde plutôt que les armes de la rigueur, et jugeait plus opportun, dans les circonstances présentes, d'exposer plus largement la force de sa doctrine que d'avoir recours aux condamnations».

Il se dit persuadé que les hommes étaient maintenant «plus profondément convaincus de l'éminente dignité» de la personne humaine, de la perfection à laquelle ils devaient tendre, et des devoirs que cela leur imposait. «Plus important encore, l'expérience leur a enfin enseigné que la violence exercée sur autrui, la puissance des armes, la domination politique sont loin de suffire à résoudre les graves problèmes qui les angoissent».

Pour conclure, il rappela aux Pères conciliaires l'obligation où ils étaient de répondre aux inspirations du Saint-Esprit, afin que leur œuvre pût répondre à l'attente du moment et aux besoins des peuples. Cela, ajouta-t-il, «exige de vous paix et sérénité de l'esprit, concorde fraternelle, tempérance des propos, dignité des exposés, sagesse de toutes les délibérations».

La scène était prête. Les travaux du deuxième Concile du Vatican pouvaient commencer. Il fut annoncé que la première Congrégation générale se tiendrait le samedi 13 octobre, à 9 heures.


(1) On sait les controverses suscitées par le fait que les versions en langue vulgaire de cette allocution diffusées par le Bureau de presse du Concile différaient notablement du texte latin lu par le Souverain Pontife ; ces différences provenaient de ce qu'elles s'appuyaient sur un original italien publié par L'Osservatore Romano du 12 octobre 1962. Comme la Documentation catholique et les Editions du Centurion, nous avons estimé que seul avait valeur officielle le texte latin (N. du T.).

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Guillaume


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MessagePosté le: Lun 17 Nov - 08:32 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)



Citation:

L'ALLIANCE EUROPÉENNE


La question cruciale qui se posait dès l'abord aux Pères conciliaires était la composition des dix commissions conciliaires. Les évêques allemands se réunirent à la résidence du cardinal Frings, archevêque de Cologne, dont la santé fragile, l'âge (il avait alors soixante-quinze ans) et la cécité partielle n'avaient en rien altéré le dynamisme et les qualités de chef, pour examiner les candidatures possibles. L'annonce que la Curie romaine avait préparé, en vue de sa distribution lors des élections, une liste de candidats, souleva une émotion considérable. Pour contrer cette tentative, on suggéra que chaque conférence épiscopale nationale fût autorisée à choisir dans son propre sein des candidats pour chacune des commissions. Le cardinal Frings, archevêque de Cologne et président de la conférence épiscopale d'Allemagne, soumit l'idée au cardinal Liénart, évêque de Lille et président de la Conférence épiscopale de France (qui avait alors soixante- dix-huit ans), et les deux cardinaux convinrent d'une procédure à adopter pour les jours d'ouverture.

Après la Messe qui ouvrit la première Congrégation générale, le 13 octobre, les Pères conciliaires reçurent trois brochures préparées par le Secrétariat général. La première donnait une liste complète des Pères conciliaires, qui étaient tous éligibles s'ils n'occupaient déjà une fonction. La deuxième donnait les noms de ceux d'entre eux qui avaient pris part aux délibérations des diverses commissions préparatoires du Concile ; c'était là cette liste «curiale» qui avait tant agité les évêques allemands. Comme le Secrétariat général expliqua plus tard, cette liste n'avait été préparée qu'en vue d'informer les Pères conciliaires de l'expérience que certains d'entre eux avaient déjà acquise dans des domaines particuliers. Mais cela ne fut pas du goût de quelques Pères, car tous les membres des commissions préparatoires avaient été nommés par le Saint-Siège. La troisième brochure était faite de dix pages, dont chacune comportait seize espaces blancs numérotés : les Pères conciliaires devaient y inscrire les noms des candidats de leur choix.

Chaque commission devait être présidée par un cardinal désigné par le Souverain Pontife, et composée de vingt- quatre membres dont deux tiers seraient élus par les Pères conciliaires et un tiers nommé par le Pape. Les nominations papales seraient faites après la proclamation des résultats des élections.

Mgr Felici, secrétaire général du Concile, était en train d'expliquer, dans cette langue latine qu'il maniait avec une telle aisance, la procédure des élections, lorsque le cardinal Liénart, qui en tant que l'un des dix Présidents du Concile siégeait à la longue table dressée au haut de la nef, se leva et demanda la parole. Il exposa que les Pères conciliaires avaient besoin de plus de temps pour étudier les qualifications des divers candidats : après que les conférences épiscopales nationales se seraient concertées, dit-il, chacun serait mieux en mesure de se prononcer en connaissance de cause. En conséquence, il demanda que le scrutin fût différé de quelques jours.

Cette suggestion fut applaudie, et après un moment de silence le cardinal Frings se leva pour l'appuyer. A son tour, il fut applaudi.

Après s'être en hâte concerté avec le cardinal Tisserant, qui en tant que premier des Présidents du Concile dirigeait les débats, Mgr Felici annonça que la Présidence du Concile avait accédé à la requête des deux cardinaux. La réunion était ajournée jusqu'au mardi 16 octobre, à 9 heures.

La première séance de travail, y compris la Messe, n'avait duré que cinquante minutes. En sortant de l'auia conciliaire, un évêque hollandais lança à un prêtre de ses amis qui se trouvait à quelque distance : «Notre première victoire !»

Les diverses conférences épiscopales nationales se mirent aussitôt à l'œuvre pour dresser leurs listes. En raison de leurs liens linguistiques, les évêques allemands et autrichiens décidèrent d'établir une liste combinée. Les deux cardinaux allemands n'étaient pas éligibles, le cardinal Frings étant membre de la Présidence du Concile et le cardinal Dopfner, archevêque de Munich, membre du Secrétariat pour les Affaires extraordinaires du Concile. Par contre, le cardinal Konig, archevêque de Vienne, était éligible ; il fut aussitôt placé en tête de la liste des candidats pour la plus importante des commissions, la Commission de théologie. («Commission doctrinale pour la foi et les mœurs»). A la fin de ses discus-sions, le groupe austro-germanique avait établi une liste de vingt-sept candidats: trois Autrichiens, vingt-quatre Allemands et un évêque d'Indonésie natif des Pays-Bas, qui avait reçu sa formation liturgique en Allemagne et en Autriche.

D'autres conférences épiscopales avaient également préparé leurs listes. Le Canada avait douze candidats ; les Etats-Unis, vingt et un ; l'Argentine, dix ; l'Italie, cinquante. Les supérieurs généraux présentaient six de leurs membres pour la Commission des religieux, et un pour chacune des autres commissions.

Néanmoins, à mesure que ces listes commencèrent de prendre forme, l'élément libéral du Concile s'aperçut avec in-quiétude que son idée de faire établir des listes séparées par les conférences épiscopales ne constituait pas une garantie sûre contre l'hégémonie des ultra-conservateurs au sein des commissions. En ces premiers jours du Concile, on s'attendait en effet que des pays tels que l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie et toute l'Amérique latine se rangeraient du côté des conservateurs. L'Italie à elle seule comptait plus de 400 Pères conciliaires, les Etats-Unis environ 230, l'Espagne près de 80 et l'Amérique latine presque 650. L'Europe, y compris l'Italie et l'Espagne, en comptait plus de 1 100. L'Afrique, qui détenait près de 300 voix, était en balance, et pouvait être gagnée par l'un ou l'autre parti. Ces considérations poussèrent les évêques d'Allemagne, d'Autriche et de France à proposer une liste combinée avec les évêques de Hollande, de Belgique et de Suisse. Pendant ce temps, Mgr Blomjous, évêque de Mwanza en Tanzanie, natif des Pays-Bas, et Mgr Zoa, archevêque noir de Yaoundé au Cameroun, s'étaient occupés d'organiser les évêques anglophones et francophones d'Afrique ; ils offrirent leur liste de candidats au groupe présidé par le cardinal Frings, lui assurant ainsi un bon nombre de voix africaines.

Les six pays d'Europe qui formaient désormais, sinon nommément, du moins en fait, une alliance, trouvèrent de nouveaux candidats d'esprit libéral parmi des cardinaux, archevêques et évêques d'autres pays. Ils incorporèrent ainsi dans leur liste huit candidats italiens, huit Espagnols, quatre Américains du Nord, trois Anglais, trois Australiens, deux Canadiens, deux Indiens, deux Chinois, deux Japonais, deux Chiliens et deux Boliviens. Cinq autres pays étaient représentés par un de leurs nationaux, et l'Afrique par 16 candidats. La liste du cardinal Frings en vint à être appelée la liste«internationale» : elle comportait 109 noms, soigneusement choisis pour que l'alliance européenne fût certaine d'être largement représentée au sein des dix commissions.

Le soir du lundi 15 octobre, trente-quatre listes étaient parvenues au Secrétariat général, qui les fit imprimer dans une brochure intitulée Listes de Pères conciliaires proposés par les Conférences épiscopales en vue de l'élection aux commissions conciliaires.

La journée du jeudi 16 octobre fut employée à l'inscription des 160 noms sur les feuilles de scrutin. Les élèves du Collège urbain de Propaganda Fide furent chargés de dépouiller les scrutins - ce qui représentait un travail fort fastidieux attendu qu'il y avait environ 380 000 noms écrits à la main. A la troisième Congrégation générale, le samedi 20 octobre, le Secrétaire général annonça que le Souverain Pontife, sur proposition de la Présidence du Concile, avait suspendu l'application de l'article 39 du Règlement intérieur, qui exigeait pour toutes les élections une majorité absolue (50 p. 100 plus une voix). Une majorité simple suffirait désormais, et les seize Pères conciliaires qui auraient reçu le plus grand nombre de voix pour une commission donnée seraient considérés comme élus à cette commission.

Les résultats des élections furent éminemment satisfaisants pour l'alliance européenne. Sur les 109 candidats qu'elle avait présentés, 79 étaient élus, représentant 49 p. 100 des sièges électifs. Lorsque les nominations papales furent annoncées, il apparut qu'elles incluaient 8 autres de ces candidats. L'alliance possédait 50 p. 100 des sièges électifs de la très puissante Commission de théologie. Dans la Commission de liturgie, elle avait pour les sièges électifs une majorité de 12 contre 4, et les nominations papales firent passer cette proportion à 14 contre 11. En tout, 80 p. 100 des candidats présentés par l'alliance européenne étaient pourvus d'un siège dans une commission. L'Allemagne et la France étaient l'une et l'autre représentées dans toutes les commissions sauf une. L'Allemagne avait 11 représentants, la France 10, les Pays-Bas et la Belgique 4 chacun, l'Autriche 3, la Suisse 1.

Mais les résultats des élections ne satisfirent pas tout le monde. Un évêque africain affirma qu'il avait été convenu que, en échange de l'appui donné par l'Afrique aux candidats présentés par l'alliance pour la Commission de théologie, l'alliance appuierait tous les candidats africains présentés pour la Commission des missions ; or trois seulement des neuf candidats africains avaient été élus. En outre, pas un seul des quinze supérieurs généraux proposés comme candidats par l'union des supérieurs majeurs n'avait été élu, bien qu'ils représentassent des communautés particulièrement compétentes en matière de liturgie, d'éducation, de missions et de vie religieuse.

A la dernière heure, il fut annoncé que le Souverain Pontife nommerait à chaque commission neuf membres au lieu des huit prévus par le Règlement intérieur. Sur les 90 qu'il nomma, 8 étaient supérieurs généraux. Des 250 Pères conciliaires élus ou nommés aux 10 commissions, 154, soit 62 p. 100, avaient siégé dans une commission préparatoire, et possédaient donc une expérience préalable.

Après cette élection, il n'était guère difficile de voir quel était le groupe qui était assez organisé pour prendre la direction des opérations. Le Rhin avait commencé de se jeter dans le Tibre.

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MessagePosté le: Mar 18 Nov - 07:07 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

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Citation:
TROISIÈME VICTOIRE


En bref, la tâche du Concile consistait à examiner des schémas (ou avant-projets) de constitutions et de décrets, à les amender, puis à les adopter ou à les rejeter. Pour comprendre ce qu'impliquait le rejet d'un schéma - chose qui advint à plusieurs reprises au cours de la première session -, il convient de jeter un coup d'œil sur l'histoire de ces schémas, dont la préparation demanda trois ans et cinq mois d'intense travail avant l'ouverture du Concile.

La première phase commença le dimanche de Pentecôte (17 mai) 1959, lorsque Jean XXIII créa une Commission anté-préparatoire, présidée par son compétent secrétaire d'Etat, le cardinal Tardini, et ayant pour mandat de l'aider à dé-terminer les sujets à traiter au Concile. (Le Droit canonique dispose qu'il incombe au Pape de fixer les sujets à traiter et les procédures à suivre par un concile œcuménique). Le Souverain Pontife choisit pour membres de cette commission dix représentants des Congrégations romaines - un par Congrégation - et en nomma secrétaire un autre membre très compétent de la Curie, Mgr Felici.

Douze jours après sa nomination à la présidence de la Commission anté-préparatoire, le cardinal Tardini invita les Sacrées Congrégations à entreprendre une étude exhaustive de tous les sujets relevant de leur compétence, et à faire des propositions précises sur les sujets dont elles estimaient souhaitable qu'ils fussent présentés aux futures commissions préparatoires. Trois semaines plus tard, il adressa à 2 593 prélats du monde entier une lettre les informant que le Pape désirait bénéficier de leur collaboration pour l'établissement des matières qui seraient discutées au Concile. A l'origine, le cardinal Tardini avait eu l'intention de leur envoyer un questionnaire mentionnant un certain nombre de sujets ; mais, cela risquant d'être interprété comme une sorte de pression exercée par la Curie romaine en vue de limiter les débats à certaines questions, et sachant en outre combien le Pape était soucieux de créer une atmosphère de discussion franche et ouverte, il décida de n'en rien faire. Dans sa lettre, il ajoutait que les prélats avaient toute latitude de consulter «des clercs prudents et experts» pour la formulation de leurs réponses. La lettre fut envoyée non seulement à ceux qui, en vertu du Droit canonique, avaient le droit d'assister au Concile, mais aussi aux évêques auxiliaires, aux vicaires et préfets apostoliques, et aux supérieurs généraux de congrégations religieuses non exemptes.

En juillet 1959, le cardinal Tardini invita les recteurs des Universités catholiques et les doyens des Facultés de Théologie (62 en tout, tant à Rome qu'ailleurs) à préparer une série d'études sur des questions qu'ils considéraient comme particulièrement opportunes et importantes. «D'après ce que nous sommes en mesure de prévoir aujourd'hui, dit-il aux recteurs et doyens de Rome, il est plus que probable que le Concile aura un caractère plus pratique que dogmatique, plus pastoral qu'idéologique, et qu'il promulguera plutôt des normes que des définitions. Cela n'exclut pas la possibilité ou la nécessité d'un rappel, d'une réaffirmation des points de doctrine qui ont aujourd'hui le plus d'importance, et qui sont en butte à le plus d'attaques. Cela n'exclut pas non plus la possibilité ou la nécessité de résumés et de rappels préalables, rapides et sereins, des principes doctrinaux, avant que ne soient fixées les normes pratiques».

Une deuxième lettre fut adressée par Mgr Felici aux prélats qui n'avaient pas encore répondu le 21 mars 1960. «Le Souverain Pontife, écrivait-il, s'intéressant directement et personnellement à la direction et la préparation des travaux conciliaires, vous serait extrêmement reconnaissant de votre réponse». Il joignait à sa lettre copie de la lettre écrite neuf mois plus tôt par le cardinal Tardini.

Le total des réponses reçues aux deux lettres se monta à 1 998, soit 77 p. 100. Les plus hauts pourcentages furent accusés par le Mexique (92 p. 100), l'Espagne (93 p. 100), l'Irlande (94 p. 100), le Congo (95 p. 100) et l'Indonésie (100 p. 100). Les Etats-Unis ne répondirent qu'à 70 p. 100 (151 sur 216) et le Canada à 69 p. 100 (62 sur 90), ces bas pourcentages s'expliquant par le manque de réaction des évêques et archevêques titulaires. Pour les évêques et archevêques résidentiels, le pourcentage fut de 89 p. 100 aux Etats-Unis et de 90 p. 100 au Canada ; en Allemagne, il atteignit 100 p. 100.

Mgr Felici travaillait tranquillement avec neuf assistants, dans un ensemble de dix bureaux situés à l'ombre de Saint- Pierre. Leur travail consistait à classifier et à résumer les recommandations qu'apportait le courrier. Les lettres étaient d'abord photocopiées, puis les originaux étaient classés. Les photocopies étaient ensuite découpées en sections, que l'on groupait en fonction du sujet abordé. Jean XXIII devait dire plus tard qu'il avait lui-même suivi ces travaux, qui avaient été exécutés «avec précision et soin», et qu'il avait très soigneusement examiné les suggestions faites par les évêques, les propositions des Sacrées Congrégations, ainsi que les vœux et les monographies des Universités catholiques.

Les réponses des prélats emplirent huit grands volumes ; celles des Universités et des facultés de théologie, trois ; celles des Sacrées Congrégations, un. Outre ces douze volumes, il y en avait un renfermant les déclarations du Souverain Pontife sur le Concile, deux contenant une analyse des propositions faites par les prélats, et un volume d'index. Ces seize volumes, représentant près de 10.000 pages, allaient servir de base aux travaux des futures commissions préparatoires. Mgr Felici et son personnel accomplirent ce travail en l'espace d'un an.

La Commission anté-préparatoire était désormais en mesure d'indiquer les sujets qui mériteraient une étude attentive de la part du Concile. Elle pouvait également suggérer - c'était une autre de ses tâches - une structure qui permît de mener à bien la seconde phase du travail préparatoire du Concile.

Le dimanche de Pentecôte (5 juin) 1960, Jean XXIII inaugura cette seconde phase, en créant douze commissions préconciliaires et trois secrétariats, le tout coiffé d'une Commission centrale à laquelle étaient attachées trois sous-commissions. Le Pape présidait en personne la Commission centrale préconciliaire, qui comprenait 108 membres et 27 consulteurs, venant de 57 pays (lors de la préparation du premier Concile du Vatican, l'homologue de cette Commission avait compris 9 membres - tous cardinaux - et 8 consulteurs, venant de 4 pays). Cet organe central servait d'agence de coordination aux autres groupes, supervisait leurs travaux, amendait leurs textes, les déclarait propres ou impropres à être soumis au Concile, et faisait rapport au Pape sur les conclusions auxquelles étaient arrivés les commissions et secrétariats, afin qu'il pût lui-même décider des sujets qui seraient traités au Concile.

Lorsqu'il créa la Commission centrale préconciliaire, Jean XXIII en nomma secrétaire général Mgr Felici, qui avait alors quarante-huit ans et à qui il conféra, trois mois plus tard, la dignité d'archevêque titulaire de Samosate. Bien que Mgr Felici fût essentiellement canoniste, le latin était son violon d'Ingres, et il avait publié plusieurs volumes de poèmes latins. Né à Segni, où son oncle maternel, supérieur du séminaire, lui avait inculqué l'amour du latin, il avait été ordonné prêtre à l'âge de vingt-deux ans ; nommé juge à la Rote romaine à trente-six ans, il en dirigeait l'école de jurisprudence - le Studio rotale - lorsque Jean XXIII le choisit pour préparer les travaux du Concile.

Le 9 juin 1960, Mgr Felici adressa aux membres des commissions préconciliaires et des secrétariats le texte des sujets à étudier, tels qu'ils avaient été choisis ou approuvés par le Souverain Pontife. Quatre mois plus tard, ces organes commençaient officiellement leur activité : Jean XXIII reçut dans Saint-Pierre les 871 personnes impliquées, dont 67 cardinaux, 5 patriarches, 116 archevêques, 135 évêques, 220 prêtres séculiers, 282 prêtres réguliers et 8 laïcs.

Après deux années de travail, qui prirent fin à la veille du Concile lors de la dissolution de la plupart de ces organes, soixante-quinze schémas étaient prêts. Certains d'entre eux n'étaient que de simples chapitres de schémas plus amples, d'autres devaient être plus tard fusionnés par la Commission centrale préconciliaire, d'autres enfin, jugés trop spécialisés pour être discutés en Concile, furent renvoyés à la Commission pontificale pour la révision du Code de Droit canonique. Les soixante-quinze schémas se trouvèrent ainsi réduits à vingt. Mgr Carbone, membre du Secrétariat général, devait plus tard souligner qu'il ne s'agissait encore que d'«avant-projets, susceptibles d'amélioration» : comme lors des autres conciles, ils ne seraient parachevés «qu'au cours des débats du Concile, avec l'assistance de l'Esprit-Saint». Il était néanmoins hors de doute, dit-il, qu'aucun concile n'avait bénéficié d'une préparation «aussi vaste, menée avec une telle diligence, et si profonde».

Le 13 juillet 1962, trois mois avant l'ouverture du Concile, Jean XXIII décréta que les sept premiers schémas, officiellement intitulés «Première série de schémas de Constitutions et Décrets», seraient envoyés aux Pères conciliaires du monde entier. Comme ils portaient un numéro d'ordre, la plupart des évêques supposèrent que l'on avait l'intention de les traiter dans l'ordre ainsi indiqué.

Peu après, dix-sept évêques hollandais se réunirent à Hertogenbosch, sur l'invitation de Mgr Bekkers, évêque du lieu, pour discuter des schémas. Les quatre premières constitutions dogmatiques, intitulées «Les sources de la Révélation», «La préservation intégrale du Dépôt de la foi», «L'ordre moral chrétien» et «Chasteté, mariage, famille et virginité», ne plurent pas, et l'on convint que la cinquième, qui traitait de liturgie, était la meilleure. Après discussion, il fut décidé qu'un commentaire serait préparé et largement diffusé parmi les Pères conciliaires : on soulignerait la faiblesse des constitutions dogmatiques, et l'on suggérait de placer le schéma sur la liturgie en tête de l'ordre du jour de Concile.

En fait, l'auteur unique du commentaire, publié sous le couvert de l'anonymat, était le P. Schillebeeckx, O. P., d'origine belge, professeur de dogme à l'université catholique de Nimègue et théologien de la hiérarchie hollandaise. Son texte critiquait violemment les quatre constitutions dogmatiques, qu'il accusait de ne représenter qu'une école de pensée théologique. Seul le cinquième schéma était selon lui «un véritable chef-d'œuvre». Il convient de noter que le mouvement liturgique s'était répandu en Europe depuis plusieurs décennies, et qu'un très grand nombre d'évêques et d'experts des pays rhénans avaient été choisis par Jean XXIII pour faire partie de la commission préconciliaire de liturgie. Ils avaient ainsi réussi à insérer leurs idées dans le schéma et à obtenir l'approbation d'un document qui leur paraissait très acceptable.

A la première page de son long commentaire, le P. Schillebeeckx écrivait : «Si vous estimez que le commentaire qui suit demande un temps plus long d'étude et de réflexion, il pourrait être bon de demander à la Présidence du Concile que les schémas V, VI et VII soient traités en premier lieu, et que l'on n'examine qu'ensuite les quatre premiers». Dans une deuxième remarque, il allait plus loin encore : «On pourrait se demander s'il ne vaudrait pas mieux récrire complètement les quatre premiers schémas». Cette complète révision était en réalité le but auquel on tendait. Une troisième remarque suggérait que Vatican II suivît l'exemple de Trente, et s'abstînt de trancher des questions qui étaient encore matière de controverse entre théologiens. Le P. Schillebeeckx suggérait également que l'on évitât un style scolaire, tant dans le langage que dans le traitement, et que «la bonne nouvelle fût proclamée avec bonne volonté et de manière positive».

Des versions latine, anglaise et française du commentaire furent préparées. Mgr Van Valenberg, capucin hollandais, en fit tirer à Rome près de 1 500 exemplaires, qui furent distribués aux évêques de tous les pays dès leur arrivée.

Avant la diffusion de ce commentaire, les diverses conférences épiscopales n'avaient pas eu connaissance de ce que pensaient des quatre premières constitutions dogmatiques les évêques des autres pays. Comme disait un prélat, «ce ne fut qu'après avoir vu le commentaire que les Pères conciliaires osèrent dire ce qu'ils pensaient des schémas».

Par suite de cette initiative hollandaise, de nombreuses pétitions furent remises, par des conférences épiscopales ou par des évêques isolés, à la Présidence du Concile afin que fût différée la discussion des quatre premières constitutions dogmatiques et que le schéma sur la liturgie fût traité le premier. En fait, aucune décision n'avait été prise quant à l'ordre dans lequel les schémas seraient débattus ; cela relevait de la compétence de la Présidence du Concile, que déterminait le Règlement intérieur du Concile.

La proposition fut fermement appuyée, au cours d'une réunion des Présidents du Concile qui suivit la brève première Congrégation générale du 13 octobre, par les cardinaux Frings, Liénart et Alfrink (ce dernier archevêque d'Utrecht). Le lundi suivant, Jean XXIII reçut les dix Présidents en audience privée. Le lendemain matin, il fut annoncé dans l'aula conciliaire que le premier schéma soumis à discussion serait la constitution sur la liturgie.

Cette annonce, faite le 16 octobre au cours de la deuxième Congrégation générale, marqua une nouvelle victoire pour l'alliance européenne. Alors que les deux premières victoires - l'ajournement des élections et l'introduction au sein des Commissions de candidats soigneusement choisis - furent largement commentées dans la presse, cette troisième victoire passa presque inaperçue.

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MessagePosté le: Mer 19 Nov - 13:29 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)


Citation:
LA SAINTE LITURGIE


Le bulletin officiel du Bureau de presse du Concile daté du 22 octobre 1962 ne renfermait que deux phrases sur le premier débat sur la liturgie ; l'une donnait les noms des prélats qui avaient pris la parole dans la matinée, l'autre disait : «Il y a eu vingt interventions, dont toutes traitaient de l'ensemble du schéma ; certains orateurs l'ont défendu, d'autres l'ont attaqué». A la lecture de ce communiqué, les centaines de journalistes qui avaient fait le voyage de Rome pour informer leurs lecteurs de ce qui se disait au Concile ne surent que penser ni que faire.

Le premier orateur de la journée fut le cardinal Frings. Il informa le Concile que le texte examiné par la Commission centrale préconciliaire était en fait plus long que celui qui était actuellement soumis aux Pères conciliaires. Certains pas-sages d'importance avaient été retranchés, notamment les «Déclarations» qui expliquaient certaines innovations ; en conséquence, il estimait que chaque Père conciliaire aurait dû et devait recevoir un exemplaire supplémentaire du schéma, reproduisant intégralement le texte établi par la Commission préconciliaire.

La requête du cardinal Frings venait à la suite de la diffusion, le 20 octobre, d'un rapport de six pages dû à Mgr Zau- ner, évêque de Linz (Autriche). Mgr Zauner, candidat de l'alliance européenne, avait été élu à la Commission de liturgie par plus de 2 000 voix, chiffre que n'avait atteint aucun Père conciliaire pour aucune des commissions. Membre de la Commission préconciliaire de liturgie, il connaissait donc en détail le texte soumis par cet organe à la Commission centrale préconciliaire.

Tout en approuvant l'ensemble du document, Mgr Zauner attirait l'attention sur onze passages du schéma que lui- même «et quelques autres Pères conciliaires appartenant à des nations diverses» désiraient voir modifier.

L'un de ces passages était la section intitulée «La langue liturgique». Mgr Zauner demandait que fût rétablie la disposition du texte originel, en vertu de laquelle les conférences épiscopales seraient autorisées à «fixer les conditions et à déterminer les modalités dans lesquelles la langue vulgaire pourrait être utilisée dans la liturgie, sous réserve d'approbation de leurs décisions par le Saint-Siège». Le texte soumis au Concile portait seulement que les évêques pourraient «proposer» au Saint-Siège des suggestions en la matière.

Un autre concernait la concélébration. Le schéma actuel ne l'autorisait que dans deux cas : la Messe de consécration des Saintes Huiles le Jeudi Saint, et de vastes réunions de prêtres. Etant donné ces restrictions, Mgr Zauner arguait que «la concélébration semblait chose exceptionnelle... alors qu'en fait il s'agit d'une pratique légitime, grandement estimée de nos jours par nos frères orientaux comme elle était dans l'Eglise latine au Moyen Age».

Mgr Zauner s'opposait en outre à l'affirmation catégorique que le latin devait être conservé pour la récitation de l'Office divin, conformément à la tradition multiséculaire de l'Eglise d'Occident. Il demandait la réinsertion de la disposition suivante, qui avait été omise : «Mais là où la connaissance de la langue latine est très insuffisante, et si l'on ne peut légitimement espérer modifier la situation, les conférences épiscopales auront autorité pour établir des normes concernant l'utilisation d'une autre langue dans leurs régions». Cette phrase avait été incluse par la Commission préconciliaire parce que les futurs prêtres font aujourd'hui leurs études dans des collèges ou lycées publics, où l'enseignement du latin est insuffisant ou inexistant ; si donc ils doivent réciter en latin l'Office divin, ils en retireront peu de bienfaits spirituels.

A mesure que fut connu le rapport de Mgr Zauner, un nombre croissant de Pères conciliaires prirent la parole pour demander que fût imprimé et distribué le texte authentique de la Commission préconciliaire de liturgie. Mais aucune mesure officielle ne fut alors prise.

Le jour où le cardinal Frings prit la parole, il fut suivi par le cardinal Montini, archevêque de Milan, qui un an plus tard, sous le nom de Paul VI, devait présider à la deuxième session du Concile. Il exprima la satisfaction que lui causait l'en-semble du schéma, qui mettait notamment en relief, l'aspect pastoral de la liturgie. Le ton de son intervention montrait clairement qu'il souhaitait servir de médiateur entre les libéraux et les conservateurs, et d'ailleurs il insista sur le fait que le schéma tenait le milieu entre les deux points de vue extrêmes. D'une part, dit-il, le texte ne prévoyait aucune autorisation donnée à ceux qui voulaient introduire des changements arbitraires dans des pratiques vénérables, portant ainsi atteinte à d'importants éléments de la liturgie qui sont d'origine à la fois divine et humaine ; d'autre part, il se gardait d'affirmer qu'un rite était absolument inaltérable, ou que des cérémonies qui étaient le résultat de circonstances historiques devaient à tout prix être conservées. Pourvu que les éléments de base fussent sauvegardés, dit-il, la forme sous laquelle la liturgie avait été transmise, et qui était comme un vêtement recouvrant les divins mystères, pouvait être modifiée en fonction des besoins actuels. «Il va de soi que telles modifications doivent être opérées avec prudence et sagesse».

Le cardinal Montini poursuivit en disant que le schéma ne constituait en aucune façon une rupture avec le culte divin et catholique qui avait été hérité du passé. Bien au contraire, il recommandait que des commissions fussent créées après le Concile «afin de rendre cet héritage plus évident, plus compréhensible et plus utile pour les hommes de notre temps». On ne pouvait qu'appuyer ce qui était dit dans le schéma de la nécessité que «des évêques engagés dans le soin des âmes fussent également représentés» au sein de ces commissions. A son insu, le cardinal Montini établissait les normes que, plus tard, en tant que Souverain Pontife, il devait être amené à suivre.

Concernant la langue liturgique, il exposa que les langues traditionnelles «telles que le latin dans le territoire de l'Eglise latine» devaient être maintenues intactes «dans les parties du rite qui sont sacramentelles et, au vrai sens du mot, sacerdotales». Il convenait de parer sans délai à toute difficulté que les laïcs pouvaient avoir à comprendre les parties «instructionnelles» de la sainte liturgie.

Le cardinal Montini donna également son appui sans réserve au principe selon lequel «les cérémonies devaient être une fois encore réduites à une forme plus simple». Il ne s'agissait nullement d'écarter la beauté du service divin et son pouvoir symbolique, mais seulement de raccourcir les cérémonies et d'en éliminer toute répétition et toute surcharge excessive. Ce principe, à son avis, devait guider la réforme annoncée de la liturgie, car il correspondait très exactement au tempérament de l'homme moderne.

Le lendemain, le Concile entendit une intervention en français - bien que le latin fût la langue prescrite pour les débats - du patriarche melchite d'Antioche, Sa Béatitude Maximos IV Saigh, vénérable vieillard de quatre-vingt-quatre ans, qui ne tarda pas à se rendre populaire du fait qu'il ne se gênait pas pour dire, avec force, ce qu'il pensait. Il exposa que, n'étant pas de rite latin, il souhaitait verser aux débats le témoignage d'un patriarche oriental «qui suivait avec un grand intérêt l'évolution du mouvement liturgique dans l'Eglise latine».

Le schéma lui semblait une remarquable réussite. «Il convient, dit-il, de rendre hommage à la commission qui l'a pré¬paré, ainsi qu'au mouvement liturgique lui-même, qui porte la responsabilité de la venue à l'existence du schéma».

Le patriarche aborda ensuite la question de la langue liturgique. Le Christ lui-même, dit-il, avait parlé la langue de ses contemporains, «et il offrit le premier Sacrifice eucharistique dans une langue que pouvaient comprendre tous ceux qui l'entendaient, à savoir l'araméen». Les Apôtres avaient conservé cette pratique. «Jamais l'idée ne leur serait venue que dans une assemblée chrétienne le célébrant pût lire les textes de la Sainte Ecriture, chanter les psaumes, prêcher ou rompre le pain, en utilisant une langue différente de celle de la communauté qui se trouvait réunie». L'utilisation du latin par l'Eglise latine, dit-il «paraît absolument anormale à l'Eglise d'Orient». L'Eglise romaine elle-même, au moins jusqu'à la moitié du IIIe siècle, avait utilisé le grec dans sa liturgie, «parce que cette langue était celle des fidèles de cette époque», et si le grec avait été abandonné au bénéfice du latin c'était précisément parce que le latin était entre-temps devenu la langue des fidèles. «Pourquoi, alors, l'Eglise romaine cesserait-elle d'appliquer aujourd'hui le même principe ?»

En Orient, souligna le patriarche, la langue liturgique n'avait jamais constitué un problème. «En fait, toute langue est liturgique, puisque le Psalmiste déclare : «Que tous les peuples louent le Seigneur». L'homme doit donc louer Dieu, annoncer l'Evangile et offrir le sacrifice dans toutes les langues. Nous autres orientaux ne pouvons comprendre comment des fidèles peuvent être réunis et contraints à prier dans une langue qu'ils ne comprennent pas. Le latin est une langue morte, mais l'Eglise est vivante, Le langage est un moyen de grâce... La langue utilisée doit être une langue vivante, car elle est faite pour des hommes et non pour des anges».

Le patriarche conclut que les conférences épiscopales devaient être autorisées par le schéma à décider si et selon quelles modalités les langues vulgaires devaient être introduites dans la liturgie. Tel qu'il était, le texte ne donnait aux conférences épiscopales «d'autre droit que de proposer au Siège romain l'introduction des langues vulgaires. Mais il n'y a même pas besoin pour cela de conférence d'évêques ; tout catholique peut faire une suggestion».

Mgr Dante, secrétaire de la Congrégation des rites, s'éleva avec force contre le schéma sur la liturgie. La législation en la matière devait, dit-il, demeurer la prérogative exclusive du Saint-Siège. Le latin devait continuer d'être la langue de la liturgie, et les langues vulgaires ne devaient être utilisées que pour les instructions et certaines prières. Son intervention fut appuyée par trois autres membres de la Curie : le cardinal Bacci, de la Congrégation des rites, qui était tenu pour le latiniste le plus éminent du Vatican, Mgr Parente, consulteur de la Congrégation des rites et premier assesseur du cardinal Ottaviani au Saint-Office, et Mgr Staffa, secrétaire de la Congrégation des séminaires et universités. Le cardinal Siri, archevêque de Gênes, l'un des chefs du mouvement conservateur, suggéra la création d'une commission mixte composée de membres des Commissions de théologie et de liturgie, qui aurait pour mandat de réviser la totalité du schéma.

Le 30 octobre, lendemain de son soixante-douzième anniversaire, le cardinal Ottaviani intervint pour protester contre les modifications radicales que l'on proposait de faire subir à la Messe. «Cherchons-nous à susciter l'étonnement, voire le scandale, dans le peuple chrétien, en introduisant des modifications dans un rite si vénérable, qui a été approuvé pendant tant de siècles et qui est maintenant si familier ? Il ne convient pas de traiter le rite de la Sainte Messe comme s'il s'agissait d'un morceau de tissu que l'on remet à la mode selon la fantaisie de chaque génération». Parlant sans texte, en raison de sa cécité partielle, il dépassa les dix minutes auxquelles tous avaient été priés de se limiter. Le cardinal Tisserant, doyen des Présidents du Concile, fit voir sa montre au cardinal Alfrink, qui présidait la séance. Lorsque le cardinal eut parlé pendant quinze minutes, le cardinal Alfrink agita sa sonnette. Mais l'orateur était si plein de son sujet qu'il ne l'entendit pas - à moins qu'il ne l'ait délibérément ignorée. Sur un signe du cardinal Alfrink, un technicien débrancha le microphone. Le cardinal Ottaviani vérifia la chose en grattant son microphone et, humilié, dut se rasseoir. Le plus puissant cardinal de Curie avait été réduit au silence, et les Pères conciliaires applaudirent de joie.

A plusieurs reprises, les orateurs qui le suivirent demandèrent que le texte intégral du schéma sur la liturgie fût distribué aux Pères conciliaires, comme il avait été suggéré par le cardinal Frings. L'impression se généralisait que de hautes influences, agissant en coulisse, étaient responsables de la réduction du texte original. La situation fut finalement clarifiée par le cardinal Confalonieri, membre de la Curie et président de la sous-commission des amendements, section de la Commission centrale préconciliaire à qui tous les projets avaient dû être soumis. Le 5 novembre, il annonça aux Pères conciliaires que sa sous-commission était seule responsable des modifications apportées.

Cette déclaration publique fut considérée comme un nouveau triomphe pour les libéraux. Elle fut suivie d'un autre triomphe, plus impressionnant encore : la réinsertion de la plupart des passages - y inclus les «Déclarations» - qui avaient été retranchés du projet original.

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MessagePosté le: Jeu 20 Nov - 14:27 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)


Citation:
LA PRESSE ET LE SECRET


Tous ceux qui, à quelque titre que ce soit, étaient associés aux travaux du premier Concile du Vatican avaient reçu de Pie IX, en 1869, ordre d'observer le secret le plus absolu sur tous les aspects possibles de ces travaux, Après avoir rappelé que, chaque fois que les circonstances l'avaient demandé, la discipline du secret avait été imposée à tous ceux qui avaient participé aux précédents conciles, le Pape avait ajouté : «Aujourd'hui plus que jamais, une telle précaution semble nécessaire, car des forces mauvaises, puissantes et destructrices, sont prêtes à saisir la moindre occasion qui se présente à elles d'inspirer des attaques haineuses contre l'Eglise catholique et sa doctrine». Cette rigoureuse discipline, jointe à l'absence d'un Bureau de presse du Concile, avait contraint les journalistes à obtenir leurs renseignements par des voies détournées. Les informations ainsi diffusées avaient été jugées par les autorités ecclésiastiques comme manquant d'objectivité et d'équilibre, quelque bonnes qu'aient pu être les intentions des journalistes.

Afin d'éviter que cette situation ne se reproduisît au deuxième Concile du Vatican, il fut très tôt décidé de faire des efforts particuliers pour que les journalistes fussent en possession de renseignements dignes de foi. Lors d'une conférence de presse tenue par le cardinal Tardini le 30 octobre 1959, et à laquelle assistaient plus de cent journalistes, il fut annoncé qu'un Bureau de presse serait créé en vue de fournir aux journalistes «des informations précises et d'actualité sur les diverses phases du Concile». Ce bureau de presse ouvrit ses portes le 18 avril 1961, et servit en premier lieu d'organe pour la Commission centrale préconciliaire. En cette qualité, il diffusa cent douze communiqués de presse pendant la période de préparation du Concile.

En juin 1961, Jean XXIII précisa à ceux qui étaient occupés par les travaux préparatoires qu'il souhaitait ne pas «oublier les journalistes», dont il appréciait le désir d'être informés de la marche du Concile. «Toutefois, ajouta-t-il, nous les invitons avec courtoisie à songer qu'un concile œcuménique n'est ni une académie des sciences ni un parlement, mais plutôt une réunion solennelle de l'ensemble de la hiérarchie ecclésiastique convoquée en vue de discuter de questions touchant la vie ordinaire de l'Eglise et le bien des âmes. Il est clair que tout cela intéresse les journalistes, mais que cela demande aussi respect et réserve».

En octobre de la même année, Jean XXIII reçut la presse en audience, et dit que tout devait être fait pour lui fournir des renseignements détaillés concernant la préparation et l'évolution du Concile. «En fait, poursuivit-il, nous avons plei¬nement conscience des services précieux que la presse pourra rendre en faisant connaître le vrai visage du Concile, et en le faisant comprendre et apprécier par le grand public comme il mérite de l'être. Il serait certainement très fâcheux que, par manque de renseignements suffisants, ou par manque de discrétion et d'objectivité, un événement religieux de cette importance fût présenté de façon si inexacte que fussent déformés son caractère et les buts même qu'il s'est fixés».

Un mois plus tard, le Pape disait à la Commission centrale préconciliaire que tout ne devait pas être livré à la presse : «Certaines délibérations doivent nécessairement ...être voilées de silence».

Six jours avant l'ouverture du Concile, le cardinal Cicognani, secrétaire d'Etat, bénissait le Bureau de presse du Con¬cile, qui faisait face à Saint-Pierre et était équipé de toutes les facilités modernes. Au cours des quatre sessions, il diffusa 176 bulletins de nouvelles et 141 monographies en anglais, en français, en italien, en allemand, en espagnol, en portugais, en polonais, en arabe et en chinois. Avant même l'ouverture du Concile, plus de mille journalistes du monde entier avaient été accrédités.

Mgr Vallainc, à qui en avait été confiée la direction, fut, pendant la première session, directement rattaché au Secrétaire général, mais cette procédure se révéla peu satisfaisante et fut modifiée avant la deuxième session. Le jour d'ouverture du Concile, il diffusa un bulletin où il précisait que le Bureau de presse du Concile ferait «tout son possible pour répondre aux requêtes des journalistes et leur faciliter la tâche... Bien entendu, ce bureau est tenu par certaines limitations, car les renseignements qu'il publie doivent avoir été auparavant approuvés, et il ne peut en aucun cas violer les lois de réserve, de discrétion et de secret qu'exige le bien du Concile».

La question du secret faisait l'objet de trois articles du Règlement intérieur du Concile, que Jean XXIII avait approuvé deux mois avant l'ouverture. Sous sa forme la plus bénigne, le secret était imposé aux observateurs des Eglises chrétiennes non catholiques invités à assister aux débats. L'article 18 disposait : «Les observateurs peuvent informer leurs communautés de ce qui se fait au Concile ; mais ils sont tenus de garder le secret envers les autres, tout comme sont les Pères conciliaires en vertu de l'article 26». Le libellé de l'obligation imposée aux Pères conciliaires était très bref : «Les Pères sont tenus de garder le secret sur les discussions qui ont lieu au Concile et sur les déclarations de chacun». La discipline du secret imposée par l'article 27 était plus stricte encore : «Les procureurs, les experts conciliaires, les employés, les fonctionnaires et tous ceux qui travaillent au Concile sont tenus, avant l'ouverture du Concile, de prêter serment, devant le Président ou son délégué, de s'acquitter fidèlement de leur charge et de garder le secret sur les actes, les discussions, les déclarations des Pères et les votes».
Malgré les efforts héroïques déployés par Mgr Vallainc pour fournir des renseignements, ceux-ci étaient si anonymes que les journalistes n'en pouvaient faire le moindre usage. Mgr Vallainc se trouva devant un dilemme. Il savait ce que voulaient les journalistes, il comprenait la légitimité de leurs demandes, mais il ne pouvait y répondre. Et cela irritait les journalistes, avec qui il était quotidiennement en contact. S'il se risquait à donner des renseignements plus détaillés qu'à l'ordinaire, des Pères conciliaires qui croyaient y voir la trace d'une partialité à l'égard soit des conservateurs soit des libéraux, ou jugeaient la chose injurieuse pour le Concile, se plaignaient aux autorités, et Mgr Vallainc recevait de nouvelles instructions de Mgr Felici : son rôle devait être aussi neutre que possible.

Tout au long de la première session, des réclamations parvinrent par des voies diverses concernant l'organisation du Bureau de presse. Le Centre d'information espagnol, notamment, prépara un mémorandum destiné au Secrétariat général ; des réclamations plus ou moins officielles furent également adressées par le comité de presse de la hiérarchie des Etats-Unis, par nombre d'évêques isolés de divers pays et par des journalistes. Les bulletins distribués à la presse furent légèrement améliorés, mais jamais ils ne devinrent véritablement satisfaisants. On continuait de souligner l'accord qui régnait entre les Pères conciliaires, les désaccords n'étant mentionnés que sur des points mineurs mêmes lorsqu'il devait paraître par la suite évident que les points sur lesquels portaient certains désaccords étaient loin d'être mineurs. Et la présentation des arguments avancés pour ou contre un point donné donnait l'impression que les avis étaient également partagés, alors qu'en fait il n'en était rien.

Certains Pères conciliaires, en particulier des Canadiens, essayèrent de faire supprimer purement et simplement la discipline du secret et de faire admettre les journalistes à toutes les séances. Mais cette suggestion se heurta à de fortes oppositions, non seulement de la part des autorités du Concile mais aussi de la part de nombreux Pères conciliaires. Pendant la première session, l'obligation du secret ne fut jamais abolie, ni même mitigée.

Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner que, le 16 novembre, le cardinal Conçalves Cerejeira, patriarche de Lisbonne, ait demandé la parole pour déclarer qu'il se voyait obligé de faire une «triste observation», à savoir que la discipline du secret était très mal observée, puisque tout ce qui avait été dit à la précédente session, deux jours plus tôt, était déjà connu du public. En réalité, une grande partie de ce que les Pères conciliaires estimaient être des «fuites» avait été diffusée par le Bureau de presse du Concile. Chaque jour, peu après la réunion, un exposé oral était fait aux journalistes au Bureau de presse, et deux ou trois heures plus tard les mêmes renseignements leur étaient communiqués par écrit sous forme de bulletin. Nombre de Pères conciliaires se trouvèrent ainsi dans une position embarrassante : alors qu'ils s'étaient abstenus de donner des informations à des personnes étrangères au Concile, ils voyaient ces mêmes informations publiées le lendemain matin par la presse.

Le journal La Croix, publié à Paris par les Assomptionnistes, jouissait de la confiance particulière de la hiérarchie française : ses membres savaient que La Croix reproduirait fidèlement leurs paroles, sans donner aux nouvelles un caractère sensationnel. Le résultat fut que de nombreuses et longues citations d'interventions d'évêques français parurent dans La Croix. Mgr Stourm, archevêque de Sens et représentant pour la presse de la hiérarchie française, devait expliquer plus tard que les évêques français s'estimaient responsables devant leurs ouailles et voulaient les tenir informées ; aussi avaient-ils utilisé la presse.

De nombreux Pères conciliaires d'Italie, de France et du Canada envoyaient chaque semaine à leurs journaux diocésains des lettres relatant ce qui se passait au Concile. Certaines de ces lettres, par exemple celles du cardinal Montini, étaient largement reproduites par la presse. Mgr Cody, coadjuteur de l'archevêque de la Nouvelle-Orléans, téléphonait chaque semaine de Rome un texte qui était diffusé sur les ondes, afin de tenir les fidèles de l'archidiocèse au courant de l'évolution du Concile.

Au moment même de l'ouverture du Concile, plusieurs centres nationaux d'information furent créés. Ils gagnèrent rapidement de l'importance, en raison du besoin où était la presse de savoir ce qui se passait au Concile, et ils commencèrent d'exercer sur les délibérations du Concile une influence totalement inattendue.

Le plus développé, le plus influent et le plus régulier de ces centres fut celui qu'organisa la hiérarchie des Etats-Unis, et l'on peut y voir l'une des plus importantes contributions de cette hiérarchie au déroulement du Concile. Intitulé officiellement U. S. Bishops' Press Panel, il fonctionnait dans les limites fixées par le Règlement du Concile, et avait pour objectif principal de fournir plus de renseignements sur les débats conciliaires et d'éclairer les questions extrêmement complexes qui y étaient traitées. Pendant la première session, ce panel était constitué de onze membres, tous experts en des matières touchant aux travaux du Concile - théologie dogmatique, théologie morale, Ecriture sainte, œcuménisme. Histoire des conciles, droit canonique, liturgie, séminaires, etc. Ces experts clarifiaient les définitions et les positions, et fournissaient chaque jour à la presse des données sur les sujets traités. A mesure que le Concile progressa, leurs exposés attirèrent un nombre de plus en plus grand d'auditeurs.

La hiérarchie allemande créa elle aussi un centre d'informations : chaque semaine, un évêque ou un théologien y donnait lecture d'un texte de base. Le bureau d'informations ouvert par la hiérarchie espagnole se préoccupait surtout d'informer les évêques espagnols. Le centre de documentation de la hiérarchie hollandaise publia, pendant la première session, une série de quarante études, rédigées en néerlandais. Les hiérarchies française et argentine créèrent également des bureaux d'information.

Au cours d'une enquête que j'effectuai, avant le Concile, parmi les journalistes, le chef du bureau de Rome de Newsweek, M. Curtis Pepper, me dit : «Rien ne peut remplacer des interviews accordées par des personnages importants». Il me cita l'exemple de la réunion du Conseil mondial des églises à New Delhi, où il avait eu la possibilité, ainsi que d'autres représentants de la presse, d'interviewer des participants. «Cela, me dit-il, a dissipé bien des ambiguïtés et a eu pour résultat que la presse a donné des informations plus exactes». La chose me fut confirmée par M. Robert Kaiser, du bureau de Rome de Time, qui me dit : « Ce dont la presse a besoin, c'est d'avoir accès auprès d'évêques et de théologiens, libres de parler franchement d'un événement humain qui permet à des hommes intelligents de dialoguer».

La plupart des Pères conciliaires se défiaient de la presse. Craignant d'être mal cités, ils refusaient de rencontrer des journalistes qu'ils ne connaissaient pas et de coopérer avec eux. De plus, ils parlaient des langues si diverses que la plu¬part des journalistes n'auraient pu entrer en contact qu'avec ceux qui appartenaient à leur groupe linguistique. Mon sacerdoce, ma qualité de membre d'un ordre missionnaire international et multilingue me mettaient à cet égard dans une situation avantageuse.

Comme les autres journalistes, j'avais à surmonter l'obstacle du secret. Convaincu par M. Pepper et M. Kaiser de l'importance des conférences de presse, je me persuadai qu'il était impératif de trouver le moyen qu'un Père conciliaire pût s'exprimer devant la presse sans craindre d'enfreindre la loi du secret. Par ailleurs, il fallait que ce qu'il dirait eût un rapport direct avec le Concile : des exposés de base ne suffisaient pas. La solution que je trouvai était en réalité fort simple. Au lieu de demander à un Père conciliaire de parler sur ce qui se passait dans l'aula conciliaire, je me bornerais à lui demander d'exposer en termes pratiques les besoins et les souhaits de son propre diocèse concernant le sujet qui était actuellement en discussion. Il n'y aurait pas violation du secret, et la presse disposerait de renseignements d'actualité. Il était clair en effet que ce qu'un évêque pourrait dire à cet égard ferait écho aux vues exprimées soit par lui-même soit par d'autres dans l'aula.

Pour apaiser l'inquiétude que tel évêque pourrait avoir que ses paroles fussent citées de façon erronée, je suggérerais qu'il m'accordât en premier lieu une interview privée, que je rédigerais ensuite et dont je soumettrais le texte à son approbation ; après cela, il serait traduit, et lors de la conférence de presse chaque journaliste recevrait dans sa propre langue un bulletin renfermant de nombreuses citations et qu'il aurait toute latitude d'utiliser. Cette manière de procéder garantirait l'exactitude de ce que la presse pourrait diffuser, et dissiperait en même temps les craintes des Pères conciliaires. Les conférences de presse auraient lieu en deux - parfois trois - langues ; les bulletins seraient distribués en six langues. Ce fut ainsi que le Divine Word News Service put organiser, pendant la première session, 15 conférences de presse pour 8 archevêques et 7 évêques de 12 pays ; elles furent largement citées. Cette pratique s'étendit au cours des sessions suivantes.

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MessagePosté le: Ven 21 Nov - 06:45 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)


Citation:
LE POINT DE VUE DES MISSIONNAIRES SUR LA LITURGIE


Le choix du schéma sur la liturgie comme premier sujet des débats allait avoir un grand nombre d'effets secondaires imprévus. Les considérations très pratiques figurant dans un schéma qui affectait la vie culturelle de l'Eglise étaient d'une importance capitale pour les évêques missionnaires et pour les évêques natifs d'Asie et d'Afrique. Si les débats avaient commencé avec un autre sujet, ces évêques auraient pu ne s'y trouver activement et totalement mêlés que bien plus tard. Ils connaissaient mieux que quiconque l'importance de la réforme liturgique, surtout en ce qui touchait la langue. Par ailleurs, ils savaient qu'ils ne pouvaient à eux seul opérer les changements désirés, et comme l'alliance européenne était déjà entièrement gagnée à leurs vues ils se joignirent à elle, ce qui en augmenta le volume et la puissance. Une autre conséquence de la priorité donnée au débat sur la liturgie fut que le P. Schillebeeckx et les autres adversaires des quatre constitutions dogmatiques eurent amplement le temps d'appeler l'attention sur les inexactitudes ou les imprécisions de ces textes et d'en demander la complète révision. Un grand nombre de conférences, auxquelles assistèrent beaucoup de Pères conciliaires, furent organisées sur les matières litigieuses.

Le seul membre asiatique de la Commission de liturgie était l'évêque de Ruteng en Indonésie, Mgr Van Bekkum, natif de Hollande. La communication qu'il avait faite sur la réforme liturgique et les missions au Congrès de pastorale liturgique qui s'était tenu à Assise en 1956 lui avait valu une réputation internationale. Sa candidature avait été appuyée par l'alliance européenne, en partie parce qu'il avait reçu sa formation liturgique auprès de deux des chefs du mouvement liturgique en Allemagne et en Autriche. Le 23 octobre, lendemain du jour où avait commencé la discussion du schéma, je le persuadai de me laisser organiser pour lui une conférence de presse. Le thème annoncé était l'adaptation de la liturgie à la culture indonésienne.

Comme on s'y attendait, les journalistes se présentèrent en grand nombre. Mgr Van Bekkum dit qu'il avait pu, avec l'aide de ses fidèles indonésiens, «christianiser des fêtes de clan qui avaient préservé des structures socio-religieuses originales». Avant l'ouverture du Concile, dit-il, il avait craint que des propositions telles que celles qu'il souhaitait faire n'eussent pas de chances d'être entendues, mais maintenant il était «extrêmement optimiste». «Ces derniers jours, précisa-t-il, au cours de réunions privées avec des évêques missionnaires des autres parties du monde, j'ai appris que notre initiative de Ruteng était loin d'être unique et qu'en fait elle avait été prise des centaines de fois dans toute l'Asie et toute l'Afrique. J'ai en outre constaté chez les experts liturgistes d'Occident une vive sympathie pour ces idées». Des coutumes indonésiennes traditionnelles telles que les fêtes d'actions de grâce pour la moisson, les fêtes des morts, les fêtes marquant le début de l'année agricole pouvaient «en toute sécurité être transformées dans le Christ» et sanctionnées par l'Eglise. A propos de la langue, Mgr Van Bekkum souligna l'importance de la spontanéité dans le culte et fit observer que cette spontanéité disparaissait lorsque les fidèles se trouvaient devant une langue étrangère. Il espérait que des langues autres que le latin - par exemple les langues asiatiques et africaines pourraient devenir des «langues sacramentelles» grâce à leur introduction dans la liturgie, tout spécialement dans la Messe. Il en résulterait, ajouta-t-il, «un enrichissement et un regain de vitalité de la liturgie».

En sortant de cette conférence de presse, Mgr Van Bekkum rencontra Mgr Gantin, archevêque noir de Cotonou au Dahomey, qui lui dit : «Vous êtes notre porte-parole». Une heure plus tard, la radio italienne et les agences de presse internationales diffusaient au loin les idées de Mgr Van Bekkum. Les lecteurs de L'Osservatore Romano eurent la surprise d'y lire une interview exclusive. Mgr Van Bekkum commenta en ces termes sa conférence de presse, qui avait duré une heure et demie : «Jamais je n'aurais pu en dire autant dans les dix minutes qui sont concédées aux orateurs dans l'aula conciliaire».

La conférence de presse avait si bien réussi que j'avais hâte de renouveler l'expérience. Le dimanche 28 octobre, je suggérai à Mgr S'Souza, évêque de Nagpur en Inde, d'exposer devant les journalistes ses idées concernant l'utilisation des langues indiennes et des coutumes locales dans la liturgie. Comprenant que la cause de la réforme liturgique avait avancé grâce à la diffusion des déclarations de Mgr Van Bekkum, il accepta, et la conférence eut lieu le lendemain. Il avait quelques motifs de penser qu'il y aurait de sérieuses oppositions, car le cardinal Dopfner lui avait dit : «Nous nous trouvons au pied d'un grand mur, et il ne semble pas que nous puissions le franchir».

«Tel qu'il est actuellement, dit Mgr D'Souza devant une salle comble, le rite du mariage est inintelligible pour beaucoup de nos catholiques vivant en zone rurale». Afin de le rendre plus compréhensible, on y avait incorporé, en certaines régions de l'Inde, des coutumes locales. «C'est ainsi que, un anneau n'ayant aucune signification pour certains de nos fidèles, l'époux offre à l'épouse un plat nommé thalee». Ailleurs, le «nœud nuptial» était utilisé comme signe extérieur, ou symbole, du contrat matrimonial. «Tout l'ensemble rituel de la plupart de nos sacrements et sacramentaux devrait avoir une couleur locale». A propos de la langue, il ajouta : «L'utilisation du vernaculaire dans l'administration des sacrements est une nécessité, pour la simple raison que les rites magnifiques sont perdus pour nos fidèles si les paroles en sont prononcées en latin». A moins que les langues et les coutumes locales ne soient introduites dans la liturgie, l'Eglise «n'aurait jamais dans son pays l'impact qu'elle devait avoir...»

Des considérations similaires furent exposées au cours d'une conférence de presse par Mgr Nagae, évêque d'Urawa au Japon, qui affirma que si le catholicisme avait fait si peu de progrès dans son pays (on y comptait 300.000 catholiques), c'était parce qu'il avait été présenté de manière trop occidentale. «Si l'on veut que le catholicisme soit reconnu et accepté par la classe ouvrière, qui constitue le gros de la population du Japon, il est indispensable que l'Eglise catholique apparaisse comme une force spirituelle et sociale très moderne et dynamique». L'Eglise catholique, poursuivit-il, devait avoir quelque chose de particulier à dire à l'homme moderne, et quelque chose de particulier à lui donner. «Le Japon moderne, ne voyant dans l'Eglise catholique que des cérémonies et des pratiques institutionnelles, considère la religion catholique comme ses autres religions traditionnelles, c'est-à-dire comme désuètes et défuntes, incapables d'apporter à la vie japonaise moderne aucune contribution sérieuse et digne d'être prise en considération». Il souhaitait donc une liturgie simplifiée, une approche plus directe, afin que le peuple «pût participer plus immédiatement avec le prêtre». Il souhaitait également que fussent éliminés de la liturgie des gestes qui, comme les génuflexions, appartenaient en propre à la culture occidentale et n'avaient aucun sens pour les Japonais. «Chez nous, où nous nous inclinons profondément en signe de révérence, nous préférerions utiliser ce geste au lieu de la génuflexion». D'autres cérémonies et symboles - ainsi le baisement de certains objets au cours des offices liturgiques - étaient également inintelligibles, dit-il, pour les Japonais : «le baiser n'ayant pas sa place en Orient», cette pratique devrait être rendue moins fréquente. Le signe de croix, selon lui, ne devrait pas être fait si fréquemment.

Le schéma sur la liturgie fut discuté pour la neuvième fois le 5 novembre. Vingt-quatre Pères conciliaires prirent la parole, mettant l'accent sur nombre d'aspects, de préoccupations et de différences qui avaient fait l'objet des interventions précédentes. Certains demandèrent que fussent abrégées les prières de la Messe au bas de l'autel, que la Messe se terminât avec l'Ite missa est et la bénédiction, que le pupitre (ou l'ambon) fût utilisé pour la célébration de la Parole et l'autel pour la célébration du Sacrifice, que seules fussent prononcés les mots Corpus Christi lors de la distribution de la Sainte Communion. L'un des orateurs de la matinée, Mgr Duschak, évêque titulaire d'Abidda et vicaire apostolique de Calapan aux Philippines, natif d'Allemagne, insista sur la nécessité de ce qu'il appela une Messe œcuménique, qui, étroitement modelée sur la Dernière Cène, existât à côté de la forme actuelle de la Messe de rite latin.

Le communiqué diffusé ce jour-là par le Bureau de presse du Concile ne fit pas mention de la proposition de Mgr Duschak. Il se contentait de souligner la «nécessité de maintenir la présente structure de la Messe dans sa substance», et d'indiquer que «seules pouvaient être autorisées des modifications mineures». Mais une conférence de presse avait été organisée dans l'après-midi pour Mgr Duschak, et lorsque les journalistes apprirent qu'il avait pris la parole le matin même dans l'aula conciliaire, ils se rendirent en très grand nombre - un nombre exceptionnellement élevé - à sa conférence. Pour annoncer ces conférences de presse aux journalistes, il me fallait distribuer mes notices sur les marches qui se trouvaient en face du Bureau de presse, car pendant la première session il était interdit d'afficher quoi que ce fût sur la planche d'avis située à l'intérieur. Les autorités estimaient que les journalistes auraient en ce cas considéré les conférences de presse comme officielles.

Mgr Duschak dit à la presse qu'il avait consacré sa vie à l'étude de la liturgie pastorale, et que ce qu'il suggérait aujourd'hui était le fruit de plus de trente ans d'activité sacerdotale aux Philippines. «Mon idée, dit-il, serait d'introduire une Messe œcuménique, dépouillée dans toute la mesure du possible des superstructures historiques, basée sur l'essence même du Saint Sacrifice et fermement enracinée dans la Sainte Ecriture. J'entends par là qu'elle devrait contenir tous les éléments essentiels de la Dernière Cène, utilisant une langue et des gestes qui soient compréhensibles, adoptant la méthode et l'esprit des prières et des mots qui furent alors prononcés. Ce devrait être une sorte de célébration de la Messe que tous les membres de la communauté, même s'ils y assistent pour la première fois de leur vie, puissent comprendre aussitôt, sans qu'il soit besoin d'explications compliquées et de commentaires historiques particuliers». Les prières d'origine humaine devraient être, dit-il, utilisées très rarement ; l'accent devrait au contraire être mis sur les paroles de pro¬messe de la Sainte Ecriture, sur les paroles prononcées par le Christ à la Dernière Cène lorsqu'il institua l'Eucharistie et dit Sa prière sacerdotale pour l'unité, ainsi que sur les admonitions de saint Paul concernant l'Eucharistie telles qu'elles se trouvent dans sa première Epître aux Corinthiens.

Mgr Duschak n'acceptait pas les raisons que l'on alléguait pour maintenir intact le Canon de la Messe. «Si les hommes des siècles passés, dit-il, ont pu choisir et inventer les rites de la Messe, pourquoi le plus grand de tous les conciles œcuméniques ne pourrait-il en faire autant ? Pourquoi ne serait-il pas possible de décréter qu'une nouvelle formule de la Messe sera élaborée en toute révérence, formule qui répondrait aux désirs et serait adaptée à la mentalité de l'homme moderne, qui vit dans un monde de jour en jour plus petit et plus uniforme, et serait comprise par lui ?» La substance du Saint Sacrifice, poursuivit-il, demeurerait inchangée, mais les rites, les formes, la langue et les gestes seraient accommodés au goût du jour, ce qui permettrait à l'homme moderne d'en tirer un plus grand bénéfice spirituel. De plus, toute la Messe devrait être célébrée à voix haute, en langue vulgaire, et face au peuple. «Je crois que si l'on offre au monde une telle forme œcuménique de célébration eucharistique, la foi des communautés chrétiennes non catholiques en la présence sacramentelle du Christ pourrait être rénovée ou même rectifiée».

Mgr Duschak souligna qu'il ne proposait pas l'abolition de la forme existante de la Messe latine. Il ne faisait que pro-poser l'introduction d'une forme, d'une structure supplémentaire. Comme on lui demandait si sa proposition venait de ses diocésains, il répondit : «Non, je pense même qu'ils seraient opposés, tout comme s'y opposent de nombreux évêques. Mais si l'on pouvait la mettre en pratique, je crois qu'ils finiraient par l'accepter».

Ayant eu connaissance du bulletin que j'avais préparé à l'intention des journalistes qui assistaient à la conférence de presse, un fonctionnaire conservateur de haut rang du Bureau de presse du Concile me demanda gravement d'examiner ma conscience et de prendre une fois pour toutes la décision de cesser de diffuser des bulletins, car c'était là la tâche du Bureau de presse du Concile. Je pris conseil de quelques Pères conciliaires progressistes, qui me dirent : «Continuez ! Si vous vous trouvez en difficulté, nous écarterons les obstacles pour vous».

Dès avant la fin du Concile, la Commission pour l'application de la Constitution sur la Sainte Liturgie avait approuvé, à titre expérimental, trois formules de Messe distinctes, dans lesquelles la totalité de la Messe, y compris le Canon, devait être dite à voix haute, en langue vulgaire, par le prêtre tourné vers le peuple. Une partie de la proposition de Mgr Duschak se trouvait ainsi mise en pratique.


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MessagePosté le: Sam 22 Nov - 15:44 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)


Citation:
«LA VIE CHRÉTIENNE N'EST PAS UNE COLLECTION DE COUTUMES ANCIENNES»


Dans les premiers jours de novembre, je fus abordé par Mgr de Proença Sigaud, archevêque de Diamantina au Brésil, dont je savais qu'il était un conservateur, autrement dit qu'il n'était prêt à envisager des changements qu'avec les plus grandes précautions. D'un air déçu, il me fit remarquer que je semblais n'organiser de conférences de presse que pour les orateurs qui étaient favorables aux langues vulgaires. Je l'assurai que si un Père conciliaire favorable au latin souhaitait s'adresser à la presse, j'étais à sa disposition pour organiser pour lui une conférence de presse. Il me dit qu'il connaissait un tel homme, et dans les vingt-quatre heures il me présenta à Mgr de Castro Mayer, évêque de Campos au Brésil. La conférence de presse eut lieu le 7 novembre, et réunit une très nombreuse audience.

«Pouvons-nous être sûrs, dit Mgr de Castro Mayer, que la traduction de la Messe en vernaculaire fera saisir aux fidèles toutes les nuances du texte latin ? ...Nous traitons là d'une question extrêmement sérieuse, sur laquelle on ne peut prendre de décision qu'après mûre réflexion».

L'emploi d'une langue qui n'est pas immédiatement comprise par tous «donne une certaine dignité au service divin, une coloration mystérieuse qui, dans une certaine mesure, est naturelle pour les choses de Dieu». La sagesse des âges, dit Mgr de Castro Mayer, avait voulu qu'une langue archaïque fût utilisée dans les offices liturgiques de certains rites non latins de l'Eglise catholique, aussi bien que dans les plus connues des religions non chrétiennes. Et puisqu'il existait une grande abondance de missels contenant le texte de la Messe traduit en langues vivantes, il ne s'imposait pas que le prêtre célébrât en vernaculaire. Mgr de Castro Mayer doutait qu'un renouveau spirituel parmi les peuples et les nations résultât nécessairement, comme le disaient certains, de l'introduction des langues vernaculaires dans la Messe.

Par ailleurs, il concédait que «dans certaines zones culturelles, où la langue est très éloignée du latin, une modification progressive pût être envisagée. Le passage devrait se faire du latin à une langue mieux accordée à la culture locale, à condition que fût maintenu un élément de base universel». A ce point, il exposa qu'il n'entendait pas nécessairement dire que la langue de remplacement fût le vernaculaire. De plus, le passage devait se faire graduellement et de façon organique, «toujours sous l'inspiration et la direction du Saint-Siège, qui jouit de l'assistance spéciale du Saint-Esprit en tout ce qui touche le culte divin et le salut des âmes». Quant aux peuples des terres occidentales qui étaient en possession du rite latin, il ne voyait pas qu'ils eussent aucun motif d'abandonner le latin à la Messe, et cela pour un long temps encore.

Les remarques de Mgr de Castro Mayer contrastaient grandement avec celles que prononça le même jour Jean XXIII en audience publique. Il avait suivi à la télévision la séance du matin, et, expliquant les activités des Pères conciliaires, il dit : «Ce dont il s'agit à présent, ce n'est pas de se livrer à une étude approfondie d'un vieux musée ou d'une école de pensée de jadis. Sans doute cela peut-il être utile - tout comme peut être utile la visite d'un ancien monument - mais ce n'est pas suffisant. Nous vivons pour avancer, tout en appréciant ce que le passé a à nous offrir en matière d'expérience. Il nous faut aller de l'avant sur la route que Notre-Seigneur nous a ouverte». Et pour éviter tout malentendu il ajouta : «La vie chrétienne n'est pas une collection de coutumes anciennes».

Le dimanche précédent, tant par l'action que par la parole, il s'était exprimé en faveur du vernaculaire. C'était le quatrième anniversaire de son couronnement, et les fidèles de Rome étaient présents à Saint-Pierre avec les Pères conciliaires pour la célébration. S'adressant en latin aux Pères conciliaires, le Pape dit : «[Le latin] doit être la langue commune utilisée par les prélats de l'Eglise universelle lorsqu'ils communiquent avec... le Saint-Siège, et il doit être régulièrement utilisé dans les séances du Concile». Après les avoir salués en latin, il passa à l'italien, «plus aisément compréhensible, dit-il, pour un très grand nombre de fidèles présents, c'est-à-dire pour le peuple, accouru en foule pour honorer l'anniversaire de l'élévation au pontificat de leur Pasteur et Père». C'était là le même argument que celui que les évêques missionnaires avaient fait valoir en faveur de l'introduction du vernaculaire dans la Messe.

Le Souverain Pontife parla longuement des mérites du rite ambrosien, dans lequel le cardinal Montini célébrait ce jour- là la Messe en l'honneur du Pape. Il souligna que, vu de l'extérieur, le rite de la Messe ambrosienne différait du rite latin, mais que cette différence extérieure ne mettait pas le moindre obstacle à la «sincère fidélité à Rome» des catholiques milanais. Ces mots constituaient un encouragement pour les évêques d'Afrique et d'Asie qui avaient prôné non seulement l'introduction du vernaculaire dans la Messe, mais aussi l'adaptation de la Messe et autres offices religieux à la culture locale.

«Il n'est que naturel, poursuivit le Pape, que des temps nouveaux et des circonstances nouvelles suggèrent des formes et des approches différentes pour la transmission extérieure et la présentation de la doctrine. Mais la substance vivante est toujours constituée par les pures, évangéliques et apostoliques vérités, auxquelles notre Sainte Eglise se conforme parfaitement». Les évêques missionnaires virent là un signe que le Pape appuyait leur point de vue.

Le Règlement intérieur ne contenant aucune disposition limitant le nombre des orateurs qui pouvaient intervenir sur un chapitre donné, le Concile procéda très lentement pendant le premier mois. Les autorités du Concile reçurent de nombreuses plaintes et suggestions, ce qui induisit Jean XXIII à autoriser la Présidence du Concile à demander un vote de clôture des débats lorsqu'un sujet paraissait épuisé. Le 6 novembre, cette nouvelle faculté fut annoncée et aussitôt utilisée : 79 Pères conciliaires avaient pris la parole sur le deuxième chapitre du premier schéma. Vers cette même époque, deux autres méthodes destinées à hâter les débats furent également adoptées : les chapitres les moins importants du schéma seraient examinés ensemble, et des groupes de Pères conciliaires pourraient faire exposer leur point de vue par des représentants.

Pour leur propre instruction, les Pères conciliaires commencèrent de constituer des groupes, sur des bases soit linguistiques soit nationales, et nombre d'entre eux prirent l'habitude de se réunir chaque semaine à une heure et en un lieu donnés. L'un de ces groupes était la Conférence des Pères de langue allemande, qui se réunissait le lundi soir à la résidence du cardinal Frings en vue de fixer la politique à suivre au cours de la semaine. Parmi sa centaine de membres figuraient tous les évêques d'Allemagne, d'Autriche, de Suisse, du Luxembourg, de Scandinavie, d'Islande et de Finlande, ainsi que nombre d'évêques missionnaires et supérieurs généraux d'origine allemande, autrichienne et suisse. Sa force résidait non seulement en son unanimité au cours des discussions, mais aussi en ce qu'il agissait presque toujours comme un bloc.

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MessagePosté le: Dim 23 Nov - 12:16 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)


Citation:

MISE À JOUR DES PRATIQUES LITURGIQUES. QUELQUES PROBLÈMES SOUS-JACENTS


Tout au long de la discussion des quatre premiers chapitres du schéma sur la liturgie, la question du vernaculaire ne cessa de revenir sur le tapis. Soulevée en premier lieu et de façon plus ouverte à propos du chapitre l, où étaient énoncés les principes généraux, elle le fut de nouveau à propos du chapitre II, lors des discussions sur la Messe, du chapitre III, qui traitait des Sacrements, et du chapitre IV, consacré à l'Office divin. Cette insistance sur l'introduction des langues vulgaires dans la liturgie paraissait souvent aux gens de l'extérieur comme un bavardage inutile, ou du moins non nécessaire. On aurait pu penser que la solution la plus simple était de laisser les pays dont les évêques étaient favorables au vernaculaire l'adopter, et les autres conserver le latin. Mais, comme toutes les solutions simples, celle-là n'allait pas au fond des choses.

Tant que les textes et rites latins seraient universellement utilisés dans l'Eglise, la Curie romaine aurait compétence pour les vérifier et les contrôler. Mais si des centaines, voire des milliers de langages et de coutumes locaux étaient introduits dans la liturgie, la Curie perdrait automatiquement sa prérogative, les conférences épiscopales, auxquelles étaient familières les langues et les coutumes locales, devenant alors juges compétents en la matière. C'était précisément sur ce point qu'insistait la majorité qui se dessinait : elle voulait que les conférences épiscopales fussent autorisées à prendre certaines importantes décisions en matière d'usages liturgiques. Par contre, la Curie soutenait avec raison que, si elle acceptait le principe de la juridiction locale en matière liturgique, un précédent serait créé qui permettrait aux conférences épiscopales de gagner des pouvoirs encore plus étendus dans d'autres domaines, c'était là une des raisons pour lesquelles elle s'opposait à l'introduction dans la liturgie de langues et de coutumes locales.

Au premier Concile du Vatican, la Curie était à la tête de la majorité, et les évêques de langue allemande et les évêques français à la tête de la minorité. Mais le vent avait changé : en l'espace d'un court mois, ces évêques s'étaient trouvés à la pointe du Concile. Les positions adoptées dans cette première grande rencontre sur la liturgie se révélèrent un coup sévère pour la Curie : une fois cristallisées, elles devaient exercer une influence profonde sur l'ensemble de la structure des votes du Concile.

Les historiens, notant que la première Eglise chrétienne s'adapta avec succès à la culture romaine, qui dominait à l'époque, se demandaient s'il ne pourrait en être de même en Inde, au Japon, en Afrique, dans les îles des Mers du Sud, et ailleurs. Au début du deuxième Concile du Vatican, l'Eglise présentait dans ces pays une apparence identique à celle de l'Eglise de Rome, mais en sera-t-il de même dans cinquante ans ? Les discussions et décisions du Concile ne permettent pas de douter que, du point de vue des apparences, l'Eglise risque fort d'y être très différente.

Des modifications à l'Office divin furent également proposées. Le cardinal Léger, archevêque de Montréal, fut vivement applaudi lorsqu'il suggéra une refonte radicale du bréviaire. Selon lui, il devrait y avoir deux Offices, l'un pour le clergé engagé dans l'apostolat actif, l'autre pour les moines ; pour le premier, l'Office devrait se composer de trois parties, une à réciter le matin, l'autre le soir - toutes deux en latin -, et une troisième consistant en lectures librement choisies et faites dans une langue quelconque. D'autres orateurs proposèrent que tout l'Office divin fût récité en langue vulgaire. Un évêque français proposa que tout prêtre qui célébrait deux Messes ou prêchait deux fois le même jour fût automatiquement dispensé de certaines parties de l'Office. D'autres, au contraire, insistèrent sur l'importance du bréviaire pour la vie spirituelle des prêtres engagés dans un ministère actif, aussi bien que pour les moines, et rejetèrent la suggestion qu'il fût abrégé. Certains voulaient qu'une place plus large fût faite aux textes du Nouveau Testament, et que fussent omis quelques psaumes de caractère historique se rapportant de manière spécifique à des événements de l'histoire du peuple hébreu.

Le bulletin officiel du Bureau de presse du Concile précisa que les raisons avancées par des Pères conciliaires pour abréger l'Office divin visaient «à donner aux prêtres la possibilité de se dévouer davantage à des activités apostoliques». Se référant à ces propositions, il poursuivait en disant que l'on avait souligné «que chaque type d'activité pastorale, si généreux qu'il fût, était stérile s'il n'était nourri par la prière du prêtre». Plusieurs Pères conciliaires jugèrent ce compte rendu tendancieux, du fait qu'il n'exposait pas les multiples raisons qui avaient été données pour un allègement du bréviaire. La hiérarchie canadienne, qui se trouvait directement concernée, déposa une protestation officielle.

De fait, de nombreuses raisons avaient été données par des Pères conciliaires pour que fût réduite la longueur de l'Office divin, outre les considérations des activités apostoliques. C'est ainsi que l'on avait allégué qu'une réduction du temps consacré à la récitation du bréviaire laisserait plus de temps pour la méditation, la lecture spirituelle, l'examen de conscience, et d'autres exercices de piété personnelle. Le motif sous-jacent à la proposition d'une récitation du bréviaire en vernaculaire était que cela faciliterait une meilleure compréhension des textes et produirait en conséquence de plus grands bénéfices spirituels.

Pour hâter la procédure, les quatre derniers chapitres furent discutés ensemble. Il en résulta un kaléidoscope de propositions. Par exemple, on proposa l'établissement d'un calendrier liturgique universel. Bien que des arguments aient été avancés à l'encontre, un consensus sembla se dégager en faveur d'une fixation de la date de Pâques, par exemple au premier dimanche d'avril, et il fut souligné qu'une entente devait être recherchée sur ce point avec les Eglises orientales et protestantes, ainsi qu'avec les autorités civiles.

On suggéra également des moyens de permettre aux fidèles d'observer les dimanches et les fêtes d'obligation avec plus de régularité. Il fut entre autres proposé que le précepte dominical fût transféré à un jour de la semaine pour les personnes qui étaient empêchées d'assister aux offices du dimanche.

En outre, Mgr Pohlschneider, évêque d'Aix-la-Chapelle en Allemagne, suggéra que le jeûne de carême fût limité au Mercredi des cendres, au Vendredi Saint et au matin du Samedi Saint. Il avança deux raisons : l'une était que les hommes modernes n'observaient pas la loi «en raison de la vitesse de la vie moderne et de la tension nerveuse généralisée», l'autre que nombre d'évêques et de prêtres se dispensaient eux-mêmes du jeûne sous prétexte qu'il les privait de l'énergie dont ils avaient besoin pour s'acquitter de leurs vastes tâches pastorales. Si évêques et prêtres ne jeûnaient pas, fit observer Mgr Pohlschneider, il était difficile d'attendre des fidèles qu'ils le fissent. Par ailleurs, «la vie chrétienne ne pouvant subsister longtemps sans esprit de pénitence et de renoncement», il convenait d'inciter constamment les fidèles à faire des «sacrifices déterminés».

Le dernier orateur à prendre la parole le 30 octobre fut Mgr Sansierra, auxiliaire de l'évêque de San Juan de Cuyo en Argentine. Il exprima l'espoir que ne serait pas oublié «le désir qu'avaient un très grand nombre d'évêques et de prêtres» de voir le nom de saint Joseph inclus au Canon de la Messe. Le 5 novembre, la même demande fut faite avec plus de détails par Mgr Cousineau, évêque de Cap Haïtien à Haïti, ancien supérieur de l'Oratoire de Saint-Joseph à Montréal, qui demanda que «le nom de saint Joseph, époux de la Très Sainte Vierge Marie, fût introduit dans la Messe chaque fois qu'y était mentionné le nom de la Très Sainte Vierge».

A la fin de la dix-huitième Congrégation générale, tenue le 13 novembre, le cardinal Secrétaire d'Etat fit une déclaration à ce propos. Le Saint-Père, dit-il, désireux de se conformer au vœu «exprimé par de nombreux Pères conciliaires», avait décidé d'insérer le nom de saint Joseph dans le Canon de la Messe, aussitôt après celui de la Très Sainte Vierge Marie. Cette mesure devait servir à jamais à rappeler que saint Joseph avait été le saint patron du deuxième Concile du Vatican. «Cette décision du Saint-Père, ajouta le cardinal, entrera en vigueur le 8 décembre prochain, et entre-temps la Sacrée Congrégation des rites préparera les documents nécessaires».

Le cardinal Montini devait dire plus tard que cette initiative inattendue avait été «une surprise faite au Concile par le Pape».

Certains milieux critiquèrent sévèrement Jean XXIII d'avoir pris ce qu'ils appelaient une mesure indépendante pendant que le Concile œcuménique était à l'œuvre. En fait, ce décret n'était que l'aboutissement de campagnes, sporadiques mais intenses, menées depuis 1815 : des centaines de milliers de signatures d'évêques, de prêtres et de laïcs étaient parvenues au Vatican. Les campagnes avaient été particulièrement intenses lors de l'annonce de la convocation du premier Concile du Vatican par Pie IX, et de celle du deuxième Concile du Vatican par Jean XXIII. Sitôt après cette dernière, Mgr Joseph Phelan, de l'église de Saint-Joseph de Capitola en Californie, avait diffusé, avec l'aide de ses paroissiens, une pétition qui recueillit quelque 150.000 signatures.

La principale responsabilité de la mesure prise par Jean XXIII incombait cependant aux PP. Roland Gauthier et Guy Bertrand, directeurs du Centre de recherches et de documentation de l'Oratoire de Saint-Joseph de Montréal, qui en 1961 avaient rédigé une brochure de 75 pages où était retracée l'histoire de ces campagnes. Ils exposaient que l'insertion du nom de saint Joseph après celui de la Très Sainte Vierge Marie dans le Canon de la Messe aurait pour effet, doctrinalement et liturgiquement, de reconnaître officiellement l'éminence de la sainteté de saint Joseph sur celle des autres saints, Marie exceptée. En collaboration avec les Carmes déchaux de la Société ibéro-américaine de joséphologie de Valladolid et avec les Pères de saint Joseph du bienheureux Léonard Murialdo du Centre de recherches Saint-Joseph de Viterbe, ces deux Pères de la Sainte-Croix avaient pu faire publier des traductions anglaise, française, espagnole, portugaise et italienne de leur brochure, et en avaient adressé aux Pères conciliaires, bien avant l'ouverture du Concile, une copie à laquelle était jointe une pétition.

A la mi-mars 1962, six volumes renfermant des pétitions signées de 30 cardinaux, 436 patriarches, archevêques et évêques et 60 supérieurs généraux avaient été remis à Jean XXIII qui, après avoir examiné les signatures, avait dit : «Quelque chose sera fait pour saint Joseph». Ces signatures ne faisaient que confirmer son désir personnel de faire effectivement quelque chose de particulier en l'honneur de saint Joseph, envers qui il avait eu depuis son enfance une dévotion particulière.

Le 19 octobre, trois jours avant que la discussion du schéma sur la liturgie ne fût ouverte dans l'aula, le P. Edward Heston, des Pères de la Sainte-Croix, qui avait remis les pétitions au nom des trois centres mentionnés plus haut, avait été officiellement informé que le Souverain Pontife avait décidé de donner suite à la proposition, et qu'il allait décréter l'insertion du nom de saint Joseph dans le Canon de la Messe.

Le 13 novembre, jour où la décision de Jean XXIII fut rendue publique dans l'aula conciliaire, marqua également la fin de la longue discussion sur la liturgie, qui avait occupé quinze séances, avec une moyenne de vingt-deux interventions par jour. A la fin de la matinée, il fut annoncé que l'examen du schéma sur les sources de la Révélation commencerait le lendemain.

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MessagePosté le: Lun 24 Nov - 08:51 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)


Citation:

IMPASSE ET SOLUTION


Il n'était pas difficile de prévoir que le schéma sur les sources de la Révélation serait sérieusement malmené. Ses adversaires, ayant à leur tête le P. Schillebeeckx et les évêques hollandais, s'étaient agités contre lui depuis plus d'un mois. Bien que la Commission préconciliaire qui avait rédigé le document eût compris parmi ses membres des libéraux tels que Mgr Wright, évêque de Pittsburgh, Mgr Schroffer, évêque d'Eichstatt, et Mgr Philips, de Louvain, le schéma était considéré comme portant l'empreinte du cardinal Ottaviani et du P. Tromp. Ce dernier, bien que hollandais et jésuite, était tenu pour le deuxième champion du conservatisme, après le cardinal Ottaviani. Le cardinal l'avait choisi comme secrétaire de la Commission préconciliaire de théologie, et l'avait nommé au même poste dans la Commission conciliaire de théologie.

Pendant le premier mois du Concile, un certain nombre de conférences avaient été organisées : d'éminents théologiens libéraux y avaient pris la parole, et elles avaient été suivies par de nombreux Pères conciliaires. Les conférenciers avaient indiqué les faiblesses du schéma, lui reprochant d'être trop négatif, trop agressif, trop intolérant, trop partial et dans l'ensemble dépassé. Il manquait de ton pastoral, avaient-ils dit, condamnait de bons auteurs catholiques dont il citait des passages détachés de leur contexte, et contenait un certain nombre d'erreurs théologiques. L'une des objections majeures était qu'il reconnaissait, non pas une source de la Révélation, mais deux.

Le 14 novembre, le cardinal Ottaviani présenta le schéma sur les sources de la Révélation : c'était la première fois qu'il paraissait dans l'aula depuis que, deux semaines auparavant, le cardinal Alfrink l'avait réduit au silence. Il vanta la valeur pastorale du schéma, et rappela que le premier devoir de tout pasteur d'âmes était d'enseigner la vérité, qui demeure toujours et partout immuable. Puis il céda la parole à Mgr Garofalo, bien connu lui aussi pour ses tendances conservatrices, en le priant de lire à sa place le rapport liminaire. Mgr Garofalo avait été membre de la Commission préparatoire de liturgie, et le cardinal Ottaviani l'avait conservé à titre de consulteur dans la Commission conciliaire de théologie.

Mgr Garofalo, qui n'était pas l'un des Pères conciliaires, dit que la tâche première du Concile était de défendre et de promouvoir la doctrine catholique sous sa forme la plus précise. Il n'était pas question, dit-il, d'un renouveau de la doctrine, mais simplement d'une étude plus approfondie et d'une meilleure connaissance de la doctrine existante. Il décrivit le travail très poussé qui avait mené à l'élaboration du schéma, et souligna que des savants appartenant à un grand nombre de nations et à diverses universités y avaient collaboré. Après quoi il exposa brièvement le contenu des cinq chapitres.

La réaction fut prompte et violente. Les cardinaux Alfrink (Pays-Bas) Frings (Allemagne), Bea (Curie), Konig (Autriche), Liénart (France), Suenens (Belgique), Léger (Canada), Ritter (Etats-Unis) et le patriarche Maximos IV se dirent tous, de façon catégorique, mécontents du schéma. Ils furent appuyés par Mgr Soegijapranata, archevêque de Semarang et président de la conférence épiscopale d'Indonésie, qui, parlant au nom de tous les évêques de son pays, attaqua non seulement le schéma sur les sources de la Révélation mais aussi les trois autres constitutions dogmatiques, arguant qu'aucun de ces textes ne correspondait aux préoccupations pastorales du Concile. La grande majorité des évêques d'Indonésie étant hollandais, et leur conseiller théologique étant un jésuite hollandais, le P. Smulders, qui était violemment opposé aux quatre constitutions dogmatiques, la position de la hiérarchie indonésienne n'était pas inattendue.

Le cardinal Siri, archevêque de Gênes, et le cardinal Quiroga y Palacios, archevêque de Saint-Jacques de Compos- telle, se dirent dans l'ensemble satisfaits par le schéma, mais ajoutèrent que certains amendements s'imposaient. Le seul orateur qui ne fit aucune réserve fut le cardinal Ruffini, archevêque de Palerme ; il mentionna qu'un texte de remplacement était diffusé parmi les Pères conciliaires et demanda : «De quelle autorité ?»

De fait, un contre-schéma était en circulation. Ronéotypé, il était précédé de la déclaration suivante : «Attendu qu'il paraît impossible que le Concile discute de tous les schémas et se prononce à leur sujet par un vote, il semblerait nécessaire d'en omettre certains et d'en abréger d'autres, qui pourraient être combinés. Aussi les présidents des conférences épiscopales d'Autriche, de Belgique, de France, d'Allemagne et des Pays-Bas se permettent-ils de proposer comme base de discussion le compendium ci-après, où sont regroupés des éléments des deux premiers schémas. Ces éléments sont ici présentés dans un style plus positif et plus pastoral».

Un groupe de Pères conciliaires d'Amérique latine - c'est ainsi qu'ils se désignaient eux-mêmes - diffusa une déclaration de deux pages, attaquant les deux constitutions dogmatiques. «Ces deux schémas, était-il dit, sont, dans leur forme actuelle, contraires au but du Concile. Ils sont en retard par rapport aux progrès de la théologie et des études bibliques, ils ne correspondent pas au stade présent de l'œcuménisme, ne répondent pas à l'attente du monde moderne, et pèchent par manque de clarté doctrinale». Chacun de ces cinq points était développé, et la déclaration se terminait par la phrase suivante : «Il est clair que ces deux schémas n'apportent pas de réponse aux besoins contemporains en matière de théologie et de pastorale. Il convient en conséquence qu'ils soient complètement récrits dans la ligne des observations ci-dessus».

A la vingtième Congrégation générale, qui se tint le 16 novembre, la tempête continua de faire rage. Neuf des 21 orateurs essayèrent de défendre le schéma en suggérant quelques amendements. Deux osèrent en louer la rédaction ; comprenant le caractère dramatique de la situation, l'un d'eux dit qu'il se sentait comme Daniel dans la fosse aux lions. Neuf autres orateurs répétèrent des objections déjà soulevées ou en présentèrent de nouvelles. Ils demandèrent que le schéma actuel fût rejeté et remplacé par un autre. Certains d'entre eux suggérèrent de confier la rédaction d'un nouveau schéma à une commission ad hoc, qui ne fût pas limitée à une unique école de pensée.

A la vingt et unième Congrégation générale, le cardinal Dopfner, l'un des soixante-sept cardinaux qui avaient participé aux travaux de la Commission centrale préconciliaire, fit observer que des Pères commençaient de se demander comment il se faisait que des membres de la Commission préconciliaire de théologie et de la Commission centrale préconciliaire attaquassent avec une telle véhémence un schéma qu'ils avaient auparavant approuvé. Il expliqua que toutes les séances des commissions préparatoires n'avaient pas été aussi paisibles qu'on pouvait le croire. «Les objections qui sont actuellement soulevées dans l'aula l'ont déjà été, dit-il, mais elles ont été simplement écartées».

Le cardinal Ottaviani se leva, et sans avoir été annoncé protesta violemment contre cette déclaration. Il appela en outre l'attention des Pères conciliaires sur le canon 222 du Code de Droit canonique, qu'il interprétait comme interdisant le rejet de schémas approuvés par le Pape. Sur quoi le cardinal Gilroy, archevêque de Sidney, qui présidait la séance, fit observer qu'en vertu de l'article 33, paragraphe 1er, du Règlement intérieur du Concile, les schémas pouvaient parfaitement être rejetés. Le texte disposait : «Chaque Père peut exprimer son avis sur tout schéma présenté pour demander son adoption, son rejet ou son amendement». Vaincu une fois de plus, le cardinal Ottaviani se rassit.

Sur les 18 orateurs qui parlèrent à la vingt-deuxième Congrégation générale, qui fut orageuse, 2 défendirent le schéma, 7 demandèrent des modifications majeures du texte, et 9 le rejetèrent entièrement.

De graves inquiétudes se manifestèrent devant cette apparente impasse. On suggéra de différer jusqu'à la deuxième session la discussion du schéma. Mgr Ancel, auxiliaire de l'archevêque de Lyon, suggéra que le Pape pourrait nommer quelques experts supplémentaires appartenant à l'école opposée en vue d'élaborer un schéma entièrement nouveau.

A ce point, Mgr De Smedt, évêque de Bruges, prit la parole au nom du Secrétariat pour l'union des Chrétiens. «De nombreux Pères conciliaires, dit-il, ont fait preuve, dans leur examen du schéma sur les sources de la Révélation, de préoccupations véritablement œcuméniques. Tous désirent sincèrement et positivement que ce schéma promeuve l'unité. Mais les points de vue diffèrent, les uns affirmant qu'il répond aux exigences de l'œcuménisme, les autres affirmant qu'il ne le fait pas. Afin de pouvoir juger en meilleure connaissance de cause, peut-être voudrez-vous savoir ce que notre Secrétariat estime nécessaire pour qu'une proposition mérite d'être appelée œcuménique. Comme vous savez, notre Secrétariat a été créé par le Souverain Pontife afin d'aider les Pères conciliaires à examiner les divers textes qui leur sont soumis du point de vue de l'œcuménisme».

Mgr De Smedt rappela que, bien que son Secrétariat eût offert son assistance à la Commission préconciliaire de théologie, celle-ci, «pour des raisons qu'il ne lui appartenait pas de juger», n'avait pas accepté cette offre. «Nous avons proposé la constitution d'une commission mixte, mais la Commission conciliaire de théologie a répondu que cela n'était pas opportun. Ainsi cette Commission a-t-elle assumé seule la très difficile tâche de donner à notre schéma un caractère œcuménique. Dans quelle mesure y est-elle parvenue ?»

Il termina par un appel pathétique : «Ayant reçu du Saint-Père mandat de travailler dans ce Concile à l'heureux établissement d'un dialogue avec nos frères non catholiques, nous vous supplions, Vénérables Frères, d'entendre ce que le Secrétariat pour l'union des Chrétiens pense du schéma proposé. Tel que nous le voyons, le schéma manque de façon notable d'esprit œcuménique. Il ne constitue pas un progrès dans le dialogue avec les non-Catholiques, mais un obstacle ; j'irai même plus loin, et dirai qu'il est nuisible... Si les schémas préparés par la Commission préconciliaire de théologie ne sont pas rédigés différemment, nous serons responsables d'avoir fait avorter, au deuxième Concile du Vatican, un grand, un immense espoir. Cet espoir est partagé par tous ceux qui, avec le Pape Jean XXIII, attendent dans la prière et le jeûne que des mesures vigoureuses et sérieuses soient enfin prises en vue de réaliser l'unité fraternelle entre tous ceux pour lesquels a prié le Christ notre Seigneur, demandant qu'ils soient tous un».

Comme Mgr De Smedt s'éloignait du microphone, l'assemblée éclata en applaudissements.

A la vingt-troisième Congrégation générale, le lendemain, 7 orateurs approuvèrent le schéma, 4 l'approuvèrent sous réserve d'amendements, et 2 insistèrent pour qu'il fût rejeté.

Quatre-vingt-cinq Pères conciliaires ayant pris la parole sur l'ensemble du schéma, le Secrétaire général intervint pour remarquer que le moment semblait venu de procéder à l'examen séparé de chacun des chapitres. Toutefois, dit-il, un certain nombre de Pères ayant soulevé des objections quant à la forme du schéma, la Présidence du Concile estimait souhaitable de procéder à un vote par lequel chaque Père donnerait en conscience son opinion sur ce point. La question qui allait être mise aux voix était la suivante : «Plaît-il aux Pères conciliaires de suspendre la discussion du schéma sur les sources de la Révélation ?»

Un total de 2 209 Pères participèrent aux votes. Sur ce total, 1 368, soit 62 p. 100, se prononcèrent en faveur d'une suspension ; 822, soit 37 p. 100, votèrent contre ; 19, soit 1 p. 100, remirent des bulletins nuls. Le Règlement intérieur exigeant la majorité des deux-tiers pour l'adoption d'une proposition, ceux qui avaient voté la suspension des débats étaient vaincus, et la discussion du schéma tel qu'il était soumis devait se poursuivre.

On s'efforça alors de contourner le Règlement intérieur qui, pour reprendre les paroles du cardinal Lercaro, archevêque de Bologne, «avait abouti à cette situation absurde que l'opinion d'une minorité relativement faible l'emportait sur celle d'une forte majorité». Il y avait là, fit-il observer, «une évidente faiblesse» du Règlement intérieur.

Le lendemain, Mgr Felici donna lecture d'une communication du Secrétaire d'Etat, où il était dit que le Souverain Pontife avait pris en considération les divers points de vue qui s'étaient exprimés au cours des interventions des jours précédents. Il en avait conclus que la discussion du schéma risquait d'être longue et laborieuse, et il lui semblait utile que le schéma fût révisé par une commission ad hoc avant la reprise des débats. Cette commission serait constituée de tous les Pères conciliaires membres de la Commission de théologie et du Secrétariat pour l'union des Chrétiens. Elle aurait pour mandat de réviser le schéma, de l'abréger, et de mettre mieux en relief les principes de la doctrine catholique déjà exposés au Concile de Trente et au premier Concile du Vatican ; elle soumettrait le schéma ainsi révisé aux Pères conciliaires en vue d'un nouvel examen. A la place du présent schéma, la prochaine Congrégation générale aborderait la discussion du schéma sur les moyens de communication sociale.

La victoire des conservateurs avait fait long feu. Les libéraux avaient gagné la bataille des élections ; ils avaient gagné lors du débat sur la liturgie ; et maintenant ils avaient gagné dans le débat sur la Révélation. Ils avaient de plus en plus conscience de leur puissance numérique, et les conservateurs étaient de moins en moins sûrs de leurs positions.

Quatre jours plus tard, L'Osservatore Romano annonçait en première page la composition de la nouvelle commission pour la révision du schéma. Il n'était plus question de schéma sur les sources de la Révélation, mais de schéma sur la Révélation divine. Cela semblait confirmer que le parti libéral, qui était opposé à la notion des deux sources de la Révélation, l'avait emporté. La nouvelle commission avait deux présidents, les cardinaux Ottaviani et Bea. Six cardinaux avaient été ajoutés, dont les cardinaux Frings et Liénart.


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MessagePosté le: Mar 25 Nov - 08:59 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

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EN QUÊTE DE L'UNITÉ


Le pape Jean XXIII célébra son quatre-vingt unième anniversaire le samedi 25 novembre 1962 au Collège urbain de Propaganda Fide, en disant la Messe pour les 320 étudiants qui s'y trouvaient réunis de toutes les parties du monde.

Dans son allocution, il dit sa conviction que Dieu guidait le Concile. «Vous en avez la preuve dans ce qui s'est passé au cours de ces dernières semaines, qui peuvent être considérées comme une sorte de noviciat pour le deuxième Concile du Vatican». Il était tout naturel, dit-il, lorsqu'un grand nombre de personnes examinent tel ou tel sujet, que les opinions et les propositions varient quant à la meilleure manière de mettre en pratique les principes fondamentaux. «C'est là la sainte liberté envers laquelle l'Eglise, surtout en de telles circonstances, prouve son respect. Cela lui vaut une admiration profonde et universelle».

Avant de se retirer, le Pape remercia les étudiants de leurs prières, et ajouta que, avec leur aide, il allait se préparer «à la nouvelle tranche de vie - quelle qu'en soit la longueur - que le Seigneur lui accorderait». Avait-il une prémonition de sa mort prochaine ? Il recommanda aux étudiants de prier «pour le progrès continuel et l'heureuse issue du Concile œcuménique».

Le lendemain matin, 26 novembre, il fut annoncé pour la troisième fois que la clôture solennelle de la première session du Concile aurait lieu à Saint-Pierre le 8 décembre, en présence du Souverain Pontife.

Novembre avait été pour le Pape un mois très éprouvant. Outre ses autres tâches, il avait tenu à recevoir en audience trente-sept conférences épiscopales, soit près de deux par jour, les dimanches exceptés. Rares étaient les évêques qui savaient qu'il était depuis quelque temps sous contrôle médical très strict, à la suite d'hémorragies. La nuit qui suivit son quatre-vingt unième anniversaire, il eut une hémorragie particulièrement sérieuse, et il dut annuler ses audiences. Il resta alité huit jours, mais il prit sur lui et parvint à présider les cérémonies de clôture le 8 décembre. Un assaut identique de la même maladie devait lui coûter la vie au début du mois de juin suivant.

Il se peut fort bien qu'il ait craint de n'être plus là pour la deuxième session si elle ne s'ouvrait qu'en octobre 1963, et que cela ait influé sur la décision qu'il prit de l'ouvrir le 12 mai et de la clore le 29 juin, fête des Saints Apôtres Pierre et Paul. Mais bien que ces dates aient été fixées en accord avec les conférences épiscopales, leur annonce provoqua aussitôt les protestations de nombreux Pères conciliaires, qui alléguaient des motifs tant pastoraux qu'économiques. Certains craignaient qu'après une session de printemps de sept semaines il leur fallût sans doute revenir la même année pour une session d'automne. Les intersessions seraient alors trop courtes pour que ceux qui avaient l'administration de diocèses étendus, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique latine, pussent s'acquitter de leurs tâches pastorales. En outre, cela entraînerait des frais de voyage considérables, et des évêques missionnaires de Nouvelle-Guinée et d'autres pays lointains avaient déjà dû payer leur voyage pour la première session. Ils suggérèrent que leur présence serait facilitée si les évêques des pays plus riches contribuaient à payer les voyages de ceux qui venaient de fort loin.

L'opinion générale était que la deuxième session devrait s'ouvrir le 1er septembre 1963 et se clore le 15 décembre. Peut-être la grave hémorragie dont souffrit le Pape dans la nuit du 26 novembre influa-t-elle sur sa décision, car le lendemain matin Mgr Felici annonça qu'il avait reporté la date d'ouverture au 8 septembre 1963. Aucune date n'était fixée pour la clôture.

Si la deuxième session s'était ouverte le 12 mai 1963, comme il avait été primitivement prévu, les trois premières semaines auraient coïncidé avec les trois dernières semaines de la vie de Jean XXIII.

Le 23 novembre, premier jour de la discussion du schéma sur les moyens de communication sociale, le Secrétaire général annonça que le thème suivant de discussion serait le schéma sur l'unité de l'Eglise, établi par la Commission préconciliaire des Eglises orientales. Il serait immédiatement suivi par le schéma sur la Très Sainte Vierge Marie.

Cette annonce causa dans l'aula conciliaire un émoi considérable. En effet, le jour même, avait été distribué un autre schéma intitulé «De l'Eglise» et contenant un chapitre intitulé «De l'œcuménisme». Les Pères conciliaires se trouvaient ainsi devant trois documents différents traitant du même sujet, à savoir la promotion de l'unité des chrétiens : en premier lieu, le schéma sur l'unité de l'Eglise ; puis le chapitre sur l'œcuménisme du schéma sur l'Eglise élaboré par la Commission préconciliaire de théologie sous la présidence du cardinal Ottaviani ; enfin, comme savaient certains Pères conciliaires, un schéma intitulé «De l'œcuménisme catholique», préparé par le Secrétariat pour l'union des Chrétiens sous la présidence du cardinal Bea.

Les Pères qui jouaient un rôle actif dans le mouvement œcuménique étaient en complet désaccord avec le chapitre sur l'œcuménisme préparé par la Commission préconciliaire de théologie du cardinal Ottaviani. Ils jugèrent que leur meilleur espoir de modifier ce chapitre était d'obtenir qu'il fût traité concurremment avec les deux autres schémas sur l'unité des Chrétiens. Leur stratégie consistait à les faire discuter l'un après l'autre, puis à les faire fusionner. Si un groupe incluant le président de la Commission de théologie (cardinal Ottaviani), le président du Secrétariat pour l'union des Chrétiens (cardinal Bea) et le président de la Commission des Eglises orientales (cardinal Cicognani) s'entendait sur un texte commun révisé, l'influence des conservateurs sur la rédaction finale serait grandement diminuée.

Le schéma sur l'Eglise constituait pour les libéraux une cible encore plus importante. S'il pouvait être mis en discussion aussitôt après le schéma sur l'unité de l'Eglise, le barrage de critiques qui lui serait opposé permettrait de le faire renvoyer aux fins de révision à la nouvelle Commission de théologie. Et bien que cette commission fût toujours présidée par le cardinal Ottaviani, elle comptait parmi ses membres huit représentants soigneusement choisis de l'alliance européenne, dont le poids serait considérable.

Le parti libéral était donc plus confiant que jamais. Non seulement il était bien représenté au sein de la Commission de théologie, mais il s'était assuré l'appui d'évêques d'Afrique et d'Amérique latine, ces derniers ayant pour chef de file le cardinal Silva Henriquez, archevêque de Santiago du Chili. Au début, les évêques noirs des anciens territoires français d'Afrique avaient été sur la réserve vis-à-vis des évêques français, soucieux qu'ils étaient d'éviter toute apparence de sujétion coloniale ; mais cette attitude disparut rapidement dans la chaleur des débats, et les puissants liens culturels qui les attachaient à la France incitèrent nombre d'évêques des pays francophones d'Afrique et d'Asie à se joindre à l'alliance européenne. En outre, les supérieurs généraux et les évêques missionnaires nés dans les pays qui constituaient l'alliance européenne donnaient presque sans exception à cette dernière leur appui inconditionné. L'alliance reçut également l'appui de nombreux autres évêques missionnaires et d'Amérique latine qui étaient reconnaissants de la très généreuse assistance financière qu'ils avaient reçue du cardinal Frings au cours des dernières années par l'intermédiaire de ses deux entreprises collectrices de fonds, Misereor et Adveniat. Nombre de ceux qui profitèrent de l'occasion du Concile pour rendre visite au cardinal Frings pour le remercier en personne se trouvèrent embarqués dans l'alliance.

Le succès de la stratégie de l'alliance devint apparent lors de la vingt-septième Congrégation générale, tenue le 26 novembre, trois jours seulement après qu'ait été publié l'ordre du jour. Le Secrétaire général annonça que, après le schéma sur l'unité de l'Eglise et avant le schéma sur la Très Sainte Vierge Marie, le Concile discuterait du chapitre sur l'œcuménisme préparé par la Commission de théologie, le schéma sur l'œcuménisme catholique préparé par le Secréta¬riat pour l'union des Chrétiens, et le schéma sur l'Eglise préparé par la Commission de théologie.

Le cardinal Cicognani présenta au cours de la même séance le schéma sur l'unité de l'Eglise. «Une fois encore, dit le cardinal, nous tenons à proclamer solennellement les liens qui nous unissent dans le Christ avec les Chrétiens orientaux séparés», à qui il demandait de «réfléchir sur le fait que, puisque nous sommes unis, nous sommes un». Le but du présent document, expliqua-t-il, était «de préparer la voie à l'union dans la vérité et la charité du Christ». Il souligna également que le schéma faisait ressortir l'importance religieuse et historique des rites orientaux, et ne faisait aucune mention des dissensions passées. «Jamais dans les annales de l'Eglise, dit-il, on n'a tant parlé de l'unité de l'Eglise que dans les temps modernes, et jamais on n'a tant fait pour qu'elle se réalise que depuis l'époque du Pape Léon XIII».

A l'heure actuelle, les Eglises orthodoxes séparées comptent environ 157 millions de membres répartis dans le monde entier. Les «Eglises orientales», qui se distinguent des Eglises orthodoxes, appartiennent à l'Eglise catholique. «Eglises orientales» est une expression consacrée par un long usage pour désigner les membres de la hiérarchie et du laïcat catholiques qui appartiennent à des rites orientaux.

En élaborant le schéma, dit le cardinal Cicognani, la Commission des Eglises orientales s'était efforcé d'avoir présentes à l'esprit non seulement les différences théologiques qui existent entre les Eglises, mais aussi la manière dont les Eglises orthodoxes ont coutume d'exprimer leur théologie. C'est pourquoi des représentants des six principaux rites des Eglises orientales avaient participé à l'élaboration du texte. La Commission préconciliaire des Eglises orientales avait en fait réuni des représentants de 24 pays et de 16 communautés religieuses, ainsi que des principales subdivisions des cinq grands rites orientaux : l'alexandrin, l'antiochien, le byzantin, le chaldéen et l'arménien.

Le premier orateur à prendre la parole fut le cardinal Liénart. Il déclara que le schéma présentait de graves défauts de fond et de forme, et qu'il devait être rejeté. Les cardinaux Ruffini, de Palerme, et Browne, vice-président de la Commission de théologie, estimèrent qu'il convenait de l'inclure dans le schéma plus vaste sur l'Eglise. Le cardinal de Curie Bacci donna son appui au schéma tel qu'il était présenté et ne proposa que de légères corrections.

Le lendemain, un grand nombre d'orateurs demandèrent que les trois documents qui traitaient de l'unité des chrétiens fussent combinés par les trois organes qui les avaient rédigés, et que le nouveau schéma fût soumis pour discussion à la deuxième session. On reprocha au schéma de ne rien dire des erreurs et des fautes de l'Eglise catholique qui avaient contribué à la séparation. On souligna en outre que le libellé en était si rude et arrogant, qu'il témoignait si peu d'un esprit œcuménique véritable, qu'il risquait d'offenser les frères séparés à qui le schéma était destiné. Trois orateurs demandèrent son rejet pur et simple.

A la séance suivante, plusieurs orateurs proposèrent une révision complète. Les uns assurèrent que le schéma allait trop loin dans la voie des concessions, les autres soutinrent qu'il était beaucoup trop autoritaire. Un père conciliaire dit que le schéma ne devait reconnaître aucune faute de la part de l'Eglise d'Occident. Mgr Ancel, auxiliaire de l'archevêque de Lyon, rétorqua que reconnaître ses fautes n'était pas renier la vérité, ce pour quoi il fut fortement applaudi. Un autre orateur dit que le style du décret devait refléter le respect qui était dû aux Eglises orthodoxes en raison de l'importance numérique de leurs communautés, de l'antiquité de leurs traditions, de l'évangélisation qu'elles avaient opérées, et des fréquentes persécutions qu'elles avaient souffertes. Le même orateur émit le vœu que le schéma soulignât que l'héritage religieux, historique et liturgique de l'Orient était partie intégrante de l'héritage de l'Eglise universelle, sans distinction entre Orient et Occident.

Orateur après orateur demandèrent que les trois documents fussent fondus en un unique schéma.

Le 30 novembre, quatrième jour du débat, les Pères conciliaires étaient encore divisés. La séance se termina sur une décision de clôture du débat, prise à la quasi-unanimité. Le lendemain, par 2068 voix contre 36, le Concile décida que les trois documents seraient fondus en un seul schéma.

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MessagePosté le: Mer 26 Nov - 02:52 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)


Citation:
BILAN DE LA PREMIÈRE SESSION


Le Concile aborda la discussion du très important schéma sur l'Eglise à sa trente-troisième Congrégation générale, le 1er décembre, exactement une semaine avant la clôture de la première session. Le premier orateur fut le cardinal Ottaviani, qui, en sa qualité de président de la Commission de théologie, tenait à faire quelques remarques préliminaires.

Trois jours plus tôt, il avait fait observer qu'il serait impossible d'achever en une semaine la discussion d'un schéma de trente-six pages, et il avait invité les Pères conciliaires à discuter, selon l'ordre primitivement annoncé, du schéma beaucoup plus bref sur la Très Sainte Vierge Marie, qui ne comportait que six pages. On aurait pu sans peine, avait-il dit, achever la discussion de ce schéma, et il en serait heureusement résulté que les Pères conciliaires, «avec l'assistance de Notre-Dame», auraient conclu la première session «dans l'union et l'harmonie». Mais son appel avait été ignoré.

Le cardinal insista sur la valeur des membres de la Commission préconciliaire de théologie, qui avait préparé le schéma sur l'Eglise. Ces membres avaient été au nombre de 31, plus 36 consulteurs appartenant à 15 nations, la plupart professeurs d'université, ou enseignant dans de grandes institutions ecclésiastiques du monde entier. Chacun d'eux avait à son crédit plusieurs publications de grande valeur, dont certaines étaient utilisées comme manuels dans les séminaires et universités. Aussi la Commission préconciliaire de théologie s'était-elle considérée comme bien équipée du point de vue intellectuel pour s'acquitter de la lourde tâche que représentait l'élaboration d'un schéma sur l'Eglise. Elle s'était en outre souvenue de l'aspect pastoral du Concile.

Ce matin-là, quatorze Pères conciliaires vinrent au microphone. Six d'entre eux demandèrent des révisions si totales qu'elles équivalaient à un rejet absolu du texte, tel qu'il se présentait. On reprocha au schéma d'être trop théorique, d'être trop légaliste, d'identifier purement et simplement le Corps Mystique avec l'Eglise catholique, de ne parler qu'avec condescendance du laïcat, d'insister de manière excessive sur les droits et l'autorité de la hiérarchie, de manquer d'esprit charitable, missionnaire, œcuménique.

Mgr De Smedt résuma ses critiques en trois mots : le schéma était coupable de triomphalisme, de cléricalisme et de légalisme.

Le dernier orateur fut Mgr Carli, évêque de Segni. Il déclara que certains Pères conciliaires avaient poussé à l'excès leurs préoccupations œcuméniques. On ne pouvait plus, dit-il, parler de Notre-Dame ; personne ne pouvait plus être dit hérétique ; personne ne pouvait utiliser l'expression «Eglise militante» ; il ne convenait plus d'appeler l'attention sur les pouvoirs inhérents à l'Eglise catholique.

Les jours qui suivirent révélèrent de sérieux désaccords parmi les Pères conciliaires. Certains orateurs affirmaient le caractère pastoral du schéma ; d'autres le niaient. Les uns estimaient qu'il donnait assez d'importance au laïcat ; d'autres que le sujet était traité de façon trop superficielle. Le cardinal Gracias, archevêque de Bombay, demanda que la question des relations entre l'Eglise et l'Etat fût traitée avec plus de délicatesse. «Tel qu'il est, dit-il, le texte invite ouvertement les gouvernements à faire de nous des martyrs». Le cardinal Bea objecta à la façon dont était citée la Sainte Ecriture ; il souhaitait que les préoccupations pastorales ressortissent davantage du texte même, et non seulement de l'exhortation qui lui avait été ajoutée comme entre parenthèses.

Le cardinal de curie Bacci dit sa conviction que les Pères conciliaires s'accordaient quant à la substance doctrinale du document, et que le schéma se révélerait satisfaisant après que quelques corrections d'ordre rédactionnel y auraient été apportées. Mgr Barbetta, membre de la Curie romaine, s'en prit à Mgr De Smedt : le ton n'était ni triomphaliste, ni clérical, ni légaliste.

Mgr Doumith, évêque maronite de Sarba au Liban, membre de la Commission de théologie, critiqua sévèrement le chapitre sur les évêques. Tout comme une mère, dit-il, donne un jouet à son enfant en lui faisant mille recommandations pour qu'il ne le casse pas, «on nous donne, avec mille précautions, une conception de l'épiscopat». Il ne pouvait, dit-il encore, effacer de son esprit la pénible impression que, selon le schéma, les évêques n'étaient rien de plus que des fonctionnaires du Pape. La consécration épiscopale donnée à des hommes qui n'ont pas de diocèse à administrer aboutissait selon lui au fonctionnalisme et à la sécularisation de l'épiscopat. Le cardinal Alfrink fit observer, à ce propos, qu'un tiers environ des évêques étaient titulaires, et que le schéma ne faisait pas mention d'eux. (On sait que les évêques titulaires n'ont pas de diocèse).

Le premier jour du débat, le cardinal Alfrink avait réclamé une soigneuse coordination des textes, afin que toute inutile répétition fût évitée dans l'ordre du jour du Concile. Cette proposition, dont l'adoption devait altérer profondément la structure du Concile, aussi bien que la forme et le fond des schémas, reçut au cours des trois séances suivantes l'appui des cardinaux Léger, Suenens et Montini.

Le 1er décembre, le Secrétaire général avait ouvert la séance en annonçant que la santé du Saint-Père donnait des signes d'amélioration - annonce qui fut accueillie par des applaudissements nourris et prolongés. Le 5 décembre, à midi, Jean XXIII parut à sa fenêtre pour réciter l'Angelus, et de nombreux Pères quittèrent de bonne heure l'aula conciliaire pour le voir. II parla brièvement et donna sa bénédiction ; il devait dire plus tard que les robes des évêques les faisaient paraître semblables à une flamme gigantesque dans le soleil.

Ce même jour, 5 décembre, le Souverain Pontife, à l'instigation de quatre cardinaux, institua une nouvelle commission de coordination «chargée de coordonner et de diriger les travaux du Concile». Elle devait être exclusivement composée de cardinaux - les cardinaux Liénart, Dopfner, Suenens, Confalonieri, Spellman et Urbani, plus le cardinal Cicognani, président. L'alliance européenne était représentée par trois membres, qui détenaient ainsi 50 p. 100 des voix. Son influence et son prestige ne cessaient donc de croître : elle n'avait eu que 30 p. 100 des sièges au sein de la Présidence du Concile depuis le début du Concile.

Outre la création de la Commission de coordination, Jean XXIII approuva à la même date les normes qui devaient régir le Concile entre les deux premières sessions. La première de ces normes disposait que, pendant cette période, tous les schémas «seraient une fois encore examinés et améliorés» par les Commissions conciliaires. Cela impliquait, bien entendu, que seraient révisés non seulement le schéma sur l'Eglise mais aussi les constitutions dogmatiques qui avaient été attaquées par le P. Schillebeeckx et les évêques hollandais.

Toutes les normes furent lues aux Pères conciliaires à la séance du matin du 6 décembre, et les libéraux y virent une nouvelle victoire sur la Curie.

Les Pères conciliaires eurent la surprise de voir le Souverain Pontife entrer dans l'aula conciliaire le vendredi 7 décembre, dernier jour de travail de la session, à midi. Il récita avec eux l'Angelus et prononça une longue allocution. Il revint le lendemain pour prendre part aux cérémonies solennelles qui marquèrent la clôture de la première session. Il félicita les Pères de ce qu'ils avaient accompli et les invita instamment à mener à bien, en toute diligence, le travail qu'ils avaient encore à faire. «La première session, dit-il, a été comme une lente et solennelle introduction au grand œuvre du Concile». Il était également compréhensible, ajouta-t-il, qu'une assemblée aussi nombreuse ait eu besoin de «quelques jours» pour arriver à un accord sur des sujets à propos desquels, «en toute charité et à juste titre, il existait des points de vue très divergents». Mais cette manifestation de différences avait eu elle-même une place providentielle dans le triomphe de la vérité, «car elle avait montré au monde entier la sainte liberté dont les enfants de Dieu jouissent dans l'Eglise».

Le Pape souligna que les moyens de communication modernes permettaient qu'un travail intense de préparation et de révision des schémas se poursuivît pendant l'intersession. Il invita chaque évêque, «en dépit des soucis de l'administration pastorale, à continuer d'étudier et de scruter les schémas qui avaient été distribués, ainsi que tous les documents qui pourraient lui être envoyés. De cette façon, la session qui s'ouvrirait au m ois de septembre de l'année suivante ...procéderait plus sûrement, plus fermement et plus rapidement». Si les travaux préparatoires avançaient sérieusement, il y avait lieu d'espérer que le Concile œcuménique pourrait se terminer pour Noël 1963, c'est-à-dire quatre cents ans après la clôture du Concile de Trente.

Le théologien allemand Ratzinger déclara que l'absence de tout texte conciliaire approuvé à la fin de la première session constituait «le grand, l'étonnant résultat, véritablement positif, de la première session». Le fait qu'aucun texte n'ait emporté l'assentiment des Pères conciliaires était, pour lui, la preuve d'une «forte réaction contre l'esprit qui avait sous-tendu le travail préparatoire». Il y voyait «la note véritablement caractéristique, et qui ferait époque, de la première session du Concile».

Quelques jours avant la clôture, l'abbé Hans Kung, théologien suisse de la Faculté de théologie catholique de l'université de Tubingue, fut invité à prendre la parole au U. S. Bishops' Press Panel. Au cours de son exposé, il mentionna que Jean XXIII, comme on lui demandait en privé pourquoi il avait convoqué le Concile, était allé à sa fenêtre, l'avait ouverte, et avait dit : «Faisons entrer un peu d'air pur dans l'Eglise». L'abbé Kung, ne dissimulant pas sa jubilation, déclara que ce qui avait été naguère le rêve d'un groupe d'avant-garde dans l'Eglise «s'était épandu et avait, grâce au Concile, pénétré toute l'atmosphère de l'Eglise». Si pour quelque raison le Concile devait se terminer, le mouvement lancé dans l'Eglise ne s'arrêterait pas, dit-il, et un autre Concile devrait être bientôt convoqué.

Prié d'énumérer quelques-uns des résultats positifs de la première session, l'abbé Kung répondit que «beaucoup d'entre eux» avaient redouté que le Concile ne publiât officiellement de malencontreuses déclarations en matière de dogme et d'œcuménisme. Jusqu'ici, néanmoins «toute tentative de cette nature avait été rejetée». Cet esprit du Concile avait entraîné dans toute l'Eglise un changement d'atmosphère. «Aucun de ceux qui sont venus ici pour le Concile ne rentrera chez lui tel qu'il était auparavant. Personnellement, jamais je ne me serais attendu à ce que des évêques parlent de façon si osée et si explicite dans l'aula conciliaire».

L'abbé Kung voyait dans le rejet du schéma sur les sources de la Révélation «un grand pas fait dans la bonne direction. C'est bien là quelque chose qu'en Allemagne nous avions tous espéré, mais, n'étant qu'une faible minorité, nous ne songions pas que cela fût possible». Il conclut en disant : «Peut-être le résultat le plus décisif de la première session est-il le fait que les évêques ont pris conscience que ce sont eux, et non uniquement la Curie romaine, qui constituent l'Eglise».

«Ce Concile a été un grand succès», dit Mgr Méndez Arceo, évêque de Cuernavaca au Mexique, qui nota que certains Pères conciliaires s'étaient plaints qu'il y eût trop de discours et trop de répétitions au cours des séances. «Mais j'estime, ajouta-t-il, que c'était là chose nécessaire, si nous voulions tous savoir ce que pensaient les autres. La basilique de Saint-Pierre, où se tenaient nos séances, était comme une gigantesque marmite à pression, qui a transformé rapidement et profondément l'horizon des évêques du monde entier».

La réjection de schémas et la rapide évolution des points de vue constituèrent les marques distinctives de la première session du deuxième Concile du Vatican.

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MessagePosté le: Jeu 27 Nov - 08:30 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)



Citation:
LA DEUXIÈME SESSION 29 SEPTEMBRE-4 DECEMBRE 1963

LES PRÉPARATIFS DE LA DEUXIÈME SESSION


Si les paroles de l'abbé Kung étaient vraies - «aucun de ceux qui ont assisté au Concile ne rentrera chez lui tel qu'il était auparavant» elles l'étaient, plus que pour quiconque, pour les évêques de langue allemande et leurs théologiens. Venus à la première session du Concile avec l'espoir d'obtenir quelques concessions, ils s'en retournèrent conscients d'avoir remporté une victoire totale et confiants que d'innombrables autres victoires les attendaient encore.

Lorsque, vers le début de la première session, les Pères élirent 17 des 21 candidats proposés pour les Commissions conciliaires par les 200 et quelques évêques des Etats-Unis, il semblait presque que le Concile considérât ceux-ci comme des leaders. Mais à mesure que passèrent les semaines, les évêques américains parurent trop effacés et trop désunis pour assumer ce rôle : était-ce parce que leurs experts n'avaient préparé pour eux aucun programme ? Par contre, les évêques des pays rhénans n'étaient ni effacés ni désunis ; ils avaient montré à la première session combien il importait d'avoir un texte donné pour lequel se battre : le schéma sur la liturgie leur en avait donné l'occasion, et l'alliance était à même d'œuvrer efficacement parce qu'elle savait ce qu'elle voulait et ce qu'elle ne voulait pas.

La date limite à laquelle devaient être déposés les amendements au schéma sur l'Eglise avait été fixée au 28 février 1963, et les évêques de langue allemande et leurs théologiens se mirent aussitôt au travail. Ils décidèrent de se réunir tous à Munich les 5 et 6 février afin de préparer une analyse détaillée du schéma et d'esquisser des suggestions pratiques en vue de sa révision. Des représentants des autres pays de l'alliance européenne furent invités à participer à cette réunion, entre autres Mgr Van Dodewaard, évêque de Haarlem, Mgr Elchinger, coadjuteur de l'évêque de Strasbourg, et le P. Schutte, supérieur général des Missionnaires du Verbe divin, qui serait bien placé pour transmettre à la conférence des supérieurs généraux, à Rome, les vues de l'alliance. Toute cette activité organisationnelle était centrée sur le cardinal Dopfner, membre de la Commission de coordination, qui fit part à la réunion des décisions prises par cette Commission lors de sa première session, tenue au Vatican du 21 au 27 janvier. Parmi ces décisions, deux étaient particulièrement importantes : l'une était que le schéma sur la Très Sainte Vierge Marie serait traité indépendamment du schéma sur l'Eglise, l'autre que ce dernier serait réduit à quatre chapitres.

La réunion de Munich aboutit à une critique détaillée du schéma sur l'Eglise, ainsi qu'à un schéma de remplacement qui comportait 46 articles, groupés, conformément à une suggestion du cardinal Suenens, en cinq chapitres, et non en quatre comme l'avait décrété la Commission de coordination. L'analyse et le schéma de remplacement furent adressés à Jean XXIII et au cardinal Ottaviani, avec un texte d'introduction où il était précisé, d'une part, que l'analyse énumérait les motifs «pour lesquels le schéma actuel devait être soumis à une complète révision», et d'autre part que, en rédigeant le schéma de remplacement, les Pères de langue allemande avaient eu constamment à l'esprit les normes fixées par le Pape le 5 décembre 1962, à la fin de la première session, normes qui avaient insisté «tout particulièrement sur l'aspect pastoral» des décrets du Concile. L'introduction faisait en outre état de ce que les Pères conciliaires de langue allemande avaient eu présentes à l'esprit les directives de la Commission de coordination, notamment celles où il était dit «que devait apparaître le lien avec le premier Concile du Vatican, que le rôle et la primauté du Souverain Pontife devaient être rappelés mais présentés d'un point de vue œcuménique, et que la signification de la collégialité épiscopale et de l'épiscopat même devait être mise en pleine lumière».

Le 16 février, le cardinal Dopfner adressa à chacun des Pères conciliaires autrichiens et allemands un exemplaire de ces documents, avec un commentaire du schéma de remplacement et une bibliographie qui mentionnait environ trente- cinq ouvrages théologiques allemands et français. Dans la première phrase du commentaire, il était précisé que le nouveau schéma évitait certains défauts du schéma sur l'Eglise élaboré par la Commission préconciliaire de théologie, qu'il était beaucoup plus bref, et s'efforçait d'être plus pastoral de style et de correspondre à l'esprit de l'œcuménisme. «Il ne cherche nullement à taire ou à dissimuler des vérités catholiques, pas même celles que les Protestants mettent en doute ou refusent. Néanmoins, il cherche toujours à prendre en considération les objections protestantes, sans pour autant les aborder explicitement».

Les Pères conciliaires de langue allemande étaient désormais bien préparés pour le premier débat de la deuxième session, celui qui allait porter sur le schéma sur l'Eglise. De nouvelles dispositions seraient prises plus tard, lors d'une deuxième conférence qui se tiendrait à Fulda en août de la même année.

Il convient de noter que les premiers mots du schéma de remplacement, Lumen gentium, repris d'une allocution de Jean XXIII en date du 11 septembre 1962, furent par la suite adoptés comme premiers mots et comme titre de la constitution dogmatique du Concile sur l'Eglise.

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MessagePosté le: Ven 28 Nov - 11:40 (2014)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu Répondre en citant

Ralph M. Wiltgen, s. v. d.
Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu, Paris, Cèdre, 1975.
(The Rhine flows into the Tiber. Hawthorn Books, 1967. Nihil Obstat et Imprimatur de Mgr Terence J. Cooke, Évêque auxiliaire de New York)



Citation:
LE MÉCANISME DE LA COMMISSION DE LITURGIE


Dans la seconde moitié de novembre et au début de décembre 1962, vers la fin de la première session, la Commission de liturgie soumit une introduction révisée et un long premier chapitre de son schéma à l'assemblée plénière du Concile, qui se prononça par 28 votes séparés. Contrairement à l'attente générale, il y eut très peu d'opposition. Le plus grand nombre de votes négatifs enregistré fut de 150. La moyenne des votes négatifs fut de 40. Et lorsque l'ensemble du chapitre fut mis aux voix le 7 décembre, seuls 11 des 2018 Pères conciliaires votèrent contre.

Certains attribuèrent cette acceptation quasi unanime au soin qu'avait pris la Commission de liturgie de tenir compte des observations faites par les Pères au cours du débat. De plus, avant de soumettre ses projets à l'approbation du Concile, elle avait fait distribuer à tous les Pères conciliaires un rapport imprimé, complet et détaillé, où était exposé, dans cinq brochures, ce qui avait été fait et pourquoi cela avait été fait.

Stimulée par cette réaction, la Commission de liturgie révisa le texte des autres chapitres du schéma, et se réunit à Rome pour une session de travail qui s'ouvrit le 23 avril 1963. Chaque sous-commission devait faire rapport à la Commission plénière, qui examinait, ligne par ligne et mot par mot, les modifications proposées.

Je demandai à l'un des membres de la Commission de liturgie, Mgr Hallinan, archevêque d'Atlanta (Géorgie), qui se trouvait à Rome pour la réunion, s'il serait disposé à exposer, dans une conférence de presse, la méthode de travail adoptée par la Commission. Il accepta aussitôt, et sa conférence eut lieu le 7 mai à l'hôtel Columbus.

«Ce que je tiens à souligner, dit-il, c'est le soin avec lequel la Commission a pris en considération toutes les déclarations faites l'automne dernier par les Pères conciliaires. Nous les avons examinées une par une, et les avons classées, grosso modo, en quatre catégories». La première catégorie comprenait «les propositions déjà couvertes par le schéma même, ou par les amendements qui y avaient déjà été apportés». La deuxième comprenait «les propositions que la Commission liturgique avait transmises à d'autres commissions plus directement intéressées par le sujet abordé». La troisième englobait les propositions que la Commission jugeait trop détaillées et qu'elle avait estimé devoir «transmettre à une commission postconciliaire». La quatrième et dernière catégorie groupait «tous les véritables amendements au schéma sur la liturgie, qui avaient été examinés lors des réunions des sous-commissions et de la Commission».

Mgr Hallinan exposa alors le fonctionnement de la Commission liturgique et de ses sous-commissions. Dans l'aula conciliaire, le schéma sur la liturgie avait été discuté du 22 octobre au 13 novembre 1962, et pendant cette période chaque Père conciliaire avait eu la possibilité de présenter, soit oralement soit par écrit, toutes les propositions et observations qu'il souhaitait faire. «Ces matériaux emplissent une dizaine de volumes ronéotypés, comportant en tout près d'un millier de pages, dit Mgr Hallinan. A elles seules, les propositions relatives au Sacrifice de la Messe couvrent quelque 250 pages». Tout au long de la session, la Commission s'était réunie quotidiennement. Dès qu'un Père conciliaire avait pris la parole dans l'aula, le Secrétaire général transmettait le texte de son intervention à la Commission de liturgie. «Essentiellement, dit Mgr Hallinan, les propositions ont reçu l'automne dernier le même traitement qu'au cours de la présente session». Chacune des treize sous-commissions était constituée de Pères conciliaires et d'experts ; après avoir examiné les propositions qui relevaient de sa compétence, elle rédigeait les amendements correspondants et établissait un rapport expliquant les raisons de cette rédaction. «Ce rapport était alors lu en séance plénière de la Commission, et tous ses membres, ainsi que les experts, prenaient part à la discussion qui s'ensuivait». Mgr Hallinan, qui présidait la sous- commission des Sacrements, dit que la lecture de son premier rapport et sa discussion avaient duré deux jours et demi ; mais après que la sous-commission eut une nouvelle fois révisé son texte, la lecture du rapport et la discussion ne prirent qu'une demi-heure.

Au moment de la conférence de presse, la Commission liturgique avait déjà siégé deux semaines entières. «Toutes les discussions concernant les amendements proposés par les Pères conciliaires sur la Messe, les Sacrements et l'Office divin sont maintenant achevées, dit Mgr Hallinan. Cette semaine, nous votons sur la forme définitive des amendements qui doivent être soumis aux Pères conciliaires pour adoption en septembre». Une fois que les Pères auraient, à la majorité requise des deux tiers, adopté les amendements et les divers chapitres, «tout ce qui restera à faire sera de procéder à un vote final, formel, en séance publique et en présence du Saint-Père. Puis, avec l'assentiment de ce dernier, la constitution sur la Sainte Liturgie sera promulguée et aura force de loi pour la totalité de l'Eglise catholique. La Commission de liturgie du deuxième Concile du Vatican aura alors achevé sa tâche».

Mgr Hallinan affirma que «l'optimisme et la confiance qui avaient régné au cours de ces trois semaines parmi tous les membres de la Commission étaient justifiés ...En premier lieu, dit-il, nous avons reçu du cardinal Larraona (président de la Commission) l'assurance que le Saint-Père lui-même était très satisfait des travaux de la Commission de liturgie : le recevant en audience il y a trois semaines, il lui a dit sa conviction que le travail réalisé par la Commission de liturgie et les Pères conciliaires constituait un réel pas en avant vers l'aggiornamento. Cela nous est, bien entendu, un réconfort et une cause de satisfaction».

Il poursuivit en faisant allusion à «la manière très démocratique» avec laquelle le cardinal Larraona dirigeait les travaux : il avait pour politique de donner à chacun, en tout temps, toute latitude pour parler librement et exposer sa pensée, ce qui était fort efficace. Les membres de la Commission s'étaient instruits les uns les autres. «On ne peut qu'apprendre en entendant des hommes venus de milieux totalement différents - d'Afrique, de pays d'au-delà du rideau de fer, d'Amérique latine et d'ailleurs. On peut assurément conclure que cette Commission a travaillé d'une façon authentiquement conciliaire. Elle a été internationale, elle a été ouverte, elle a été libre, et elle a certainement été composée d'un groupe d'hommes dévoués».

Mgr Hallinan dit que l'optimisme des membres de la Commission de liturgie avait été également dû en grande partie à l'enthousiasme dont les Pères conciliaires eux-mêmes avaient fait preuve au cours des derniers jours de la session, lorsqu'ils s'étaient prononcés «à la quasi-unanimité en faveur du renouveau - de l'aggiornamento. Cela est maintenant acquis. On le sent dans le travail de la Commission».

Trente-cinq experts environ avaient été désignés pour assister la Commission. «Ces hommes, dit Mgr Hallinan, représentent sans doute les plus belles intelligences du monde liturgique du point de vue de la recherche, de l'âpreté au travail, du zèle, de l'expérimentation et de tout ce que l'on peut attendre d'eux. Ils viennent de continents entièrement différents. Les avoir présents ici, c'est comme avoir une bibliothèque emplie des meilleurs ouvrages liturgiques du monde entier. Avec cette différence qu'il ne s'agit pas de livres, mais d'auteurs. Bénéficier de leur concours a été un très grand privilège».

L'abbé McManus, professeur de droit canonique à la Catholic University of America et qui depuis longtemps avait participé au mouvement liturgique aux Etats-Unis, était assis aux côtés de Mgr Hallinan pendant sa conférence de presse. L'archevêque d'Atlanta le présenta aux journalistes comme «notre expert américain en la matière, l'un des plus éminents liturgistes des Etats-Unis, quelqu'un en qui les évêques et les laïcs mettent leur confiance pour la rapide expansion du mouvement en faveur du renouveau liturgique aux Etats-Unis».

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Il n'y a qu'une Église, une par l'unité de la doctrine comme par l'unité du gouvernement, c'est l'Église catholique (Léon XIII, lettre Testem benevolentiæ sur la condamnation de l'américanisme)


Dernière édition par Guillaume le Ven 5 Déc - 07:29 (2014); édité 1 fois
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 20:16 (2017)    Sujet du message: Le Rhin se jette dans le Tibre, Le Concile inconnu

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